Le Tanakh, seule source : la thèse de Rony Akrich
Rony Akrich plaide pour l'étude directe des 24 livres bibliques, contre la seule lecture talmudique.
Orot veKelim
Ensuite : Éducation, Torah et langue araméenne selon le Rav Kook, 1 h 01
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On est tout ouïe pour entendre une excellente conférence sur le Tanakh. On commence ? Oui, on peut commencer. Alors, je m'appelle Rony Akrich, j'enseigne l'historiographie biblique et la philosophie de l'histoire du Tanakh.
Je suis aussi le fondateur de l'université populaire gratuite à Jérusalem. Voilà, le reste est sur Internet, donc on ne va pas s'étendre. Si vous avez des questions à poser, on les garde. J'essaierai d'être plus concis et de garder quelques minutes pour des questions. Mon sujet est le Tanakh. Oui, tout simplement pour une raison qui est sans équivoque, à savoir que le peuple du livre est rarement, très rarement, connaisseur de son propre livre.
Il y a là quelque chose d'absolument antinomique entre le fait que nous soyons le peuple du livre et que le livre dont je parle, c'est-à-dire la Bible, composée de 24 livres, de 929 chapitres et de près de 1386 pages, soit, comment dirais-je, si ignorée de la plupart d'entre nous. C'est de cela dont je veux vous entretenir.
Nous savons, à notre époque, qu'il existe différentes approches quant à l'importance de l'étude biblique. Pourtant, accomplir le commandement qui nous invite à l'étude du texte, qu'il soit thoranique, prophétique ou hagiographique, ce Verbe qui nous demande d'être à l'écoute de lui-même, continue d'être essentiel, comme je vous le disais il y a un instant. Il va se dévoiler en nous à travers les multiples formes de la révélation divine, d'où la nécessité d'aborder l'ensemble de cette littérature-là.
C'est là le fondement de l'école que j'appellerais l'école de l'hébraïsme, et entendez par là une volonté préméditée de ne pas l'appeler l'école du judaïsme, mais l'école de l'hébraïsme, surtout dans cette époque où nous sommes de retour. Il ne faut surtout pas réduire l'étude, et c'est la raison pour laquelle je parle.
Il ne faut pas réduire l'étude à des dimensions seulement pratiques, à un culte uniquement dogmatique. Il est nécessaire à chacun de nous d'appréhender l'ensemble des matières de la connaissance, et de ne point se suffire des débats et autres questions restées sans réponse entre eux dans le Talmud, par exemple, Rava et Abbaïe, qui sont parmi les plus célèbres.
Les grands érudits et sages d'Israël à travers toutes les générations restèrent très compétents, il faut le savoir, dans leur approche des profondeurs de la Bible qui, rappelons-le, demeure envers et contre tous les aléas de l'histoire, voulus ou non voulus, la source première et unique à laquelle tous les autres textes peuvent et doivent se référer.
Excusez-moi un instant, j'éteins ce téléphone. Dans les générations passées, dirais-je, beaucoup parmi les grands d'Israël appelaient les fidèles à consacrer du temps aux fameux 24 livres dont je vous disais un mot précédemment, 24 livres que j'appellerais scripturaires, le Tanakh. Ces écrits, ces 929 chapitres, faisaient intégralement partie de leur programme d'études. Ils leur permettaient une rencontre sans ambiguïté avec, nous dirons, les croyances, les idées et le mouvement perpétuel de l'homme.
Or, parmi les maîtres restés célèbres, et je ne peux pas être là exhaustif, le Rambam, Maïmonide, Yehouda Halevi, le Ramban, Nahmanide... Non, on ne va pas tous les citer, il y en a tellement. Mais c'est surtout, bien entendu, la période qui marque cela, je dirais, de la manière la plus probante et la plus foncière: c'est le à Tolède, c'est l'âge d'or espagnol, comme nous le savons.
Mais aujourd'hui, en ce temps de renaissance nationale, la Torah qui se fait jour déborde bien au-delà des quatre coudées de la seule législation individuelle où certains voudraient la maintenir. Il est, à mon humble avis, grand temps de lui redonner ses vrais titres de noblesse, de lui redorer son blason, et ce, grâce à un enseignement, une étude rétablissant l'ensemble de ses livres, dont les cinq livres de la Torah, en lieu et place qu'il n'aurait jamais dû quitter depuis un peu plus de 60 ans.
Aujourd'hui, oui, plus de 60 ans, c'est peu dire, j'ai dû me tromper en parlant. Plus de 70 ans. L'histoire de la nation d'Israël vit des transformations intenses. Le judaïsme se retrouve pour la première fois confronté, cette fois-ci c'est avec intention, le judaïsme. Car nous sommes encore et toujours dans ce judaïsme dont le concept est inhérent au concept nominal juif, et non pas israélien. Mais ce sera peut-être l'occasion de vous reparler une autre fois, et je ne vais pas m'étaler là-dessus. Sachez que les choses sont ambiguës et qu'il y a besoin de véritablement essayer d'entendre et de comprendre ce qui différencie l'hébreu, Israël et le juif. Point barre.
Et nous nous retrouvons donc dans cet état qui est le nôtre, confrontés à des questions qui relèvent directement de cette nouvelle ancienne, comme le disait Herzl dans Altneuland, le vieux-nouveau pays. Nation, oui, nous fûmes une nation, mais nous sommes une nouvelle nation qui est confrontée à des problèmes militaires, sociaux, économiques, politiques et bien sûr religieux.
C'est ainsi que la Torah commence enfin à se révéler et à se faire entendre, le projet de l'idéal divin. Entendez bien ce dont il est question, car les 929 chapitres nous présentent non seulement les cinq premiers livres que nous appelons la Torah, dictée à Moshé, le cinquième écrit par Moshé. Il est clair qu'il y a là un projet divin que dans l'un de mes livres j'ai appelé l'identité morale de l'être hébreu. Il n'y a pas de lumière aux nations si ce n'est que l'hébreu a été capable, et a même de retrouver l'essentiel de son être premier, c'est-à-dire celui porteur de l'identité morale de l'hébreu qu'il est.
Mais là aussi, c'est un autre sujet, donc je donne simplement quelques orientations. Et je disais donc un projet divin qui concerne, et là c'est important, le texte biblique qui ne s'adresse jamais véritablement, foncièrement, à l'individu. Il s'adresse en premier lieu, d'ailleurs, à la première mitsva, celle de la néoménie, du Roch Hodech, dans la paracha de Bo, du livre de Chémot, l'Exode, la première mitsva qui concerne le peuple d'Israël. Bien sûr, lorsque le peuple arrivera en terre de Canaan, il deviendra la nation, et il sera bien avant nos philosophes d'après le siècle des Lumières, celui à même de faire valoir le sens de l'État-nation.
Donc, à mon humble avis et au vu et su de la composition des textes, des chapitres, des livres, l'ensemble de l'étude et de l'enseignement qui est le nôtre doit aborder toutes les matières de l'être hébreu: la pensée, l'éthique, la morale, pas seulement les idées, les croyances, et bien sûr le livre-source, le Tanakh. Tout ceci est un composite qui appartient à cette totalité plurielle, absolument cardinale, essentielle à l'entendement de ce que le projet divin voudrait bien dire, la force des écrits bibliques.
Ce composite, à mon humble avis, mais je redis à chaque fois mon humble avis, parce que c'est moi qui vous parle, bien entendu, n'acceptera plus de se laisser réduire au carcan étroit du culte et de la dévotion. Bien au contraire, il aspire avec eux à gravir les hauteurs du projet divin et à permettre à la nation d'Israël d'illuminer une humanité en attente. Et ce ne sont point quelques élucubrations, mais bien l'essentiel du sujet …
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