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Moché et la faute des explorateurs selon Abravanel

Pourquoi Moché n'entre pas en Erets Israël : l'exégèse d'Abravanel sur l'envoi des explorateurs.

46 min

Rav Élie Kling

Ensuite : Ticha BeAv : la destruction, la responsabilité et l'ouverture aux autres, 1 h 43

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Ce n'est pas du tout ce que j'avais prévu au départ, mais pendant Chabbat Ligotok, j'ai lu un commentaire d'Abravanel que je connaissais, sans jamais l'avoir réellement lu. Ce commentaire m'a fait beaucoup réfléchir, et je me suis dit qu'on allait partager ça.

Le contexte, c'est la paracha, la fameuse paracha des explorateurs. Comme vous le savez, cette paracha est enseignée à deux reprises dans la Torah: une fois en direct, une fois en différé. En direct, c'est dans la paracha de Chela'h Lekha, dans le livre de Bamidbar. En différé, c'est ce qu'on a lu hier, dans la paracha de Devarim, où Moshé, trente-huit ans après les faits, rappelle ce qui s'est passé, mais à sa façon.

La vérité, quand on compare les deux récits qui sont censés raconter la même chose, on s'aperçoit qu'il y a de grandes différences. Il y a des éléments qui se trouvent dans Bamidbar et pas dans Devarim, et c'est un peu normal: au bout de trente-huit ans, Moshé ne raconte pas tout, il fait un discours. Si vous comptez les versets, vous verrez qu'environ un tiers de la paracha de Devarim est consacré aux explorateurs, par rapport à la paracha de Chela'h Lekha. C'est évidemment beaucoup plus court, donc il y a des détails qui ne sont pas donnés. Par exemple, la liste des noms des explorateurs n'apparaît pas dans Devarim, elle figure dans Chela'h Lekha.

Mais ce n'est pas seulement qu'il y a des choses dans Bamidbar qui ne se trouvent pas dans Devarim. Il y a aussi des choses dans Devarim qui ne se trouvent pas dans Bamidbar, et ça, c'est plus curieux. Puisque le récit est condensé, on devrait y trouver moins de choses, et pourtant il y a des détails importants qu'on apprend dans Devarim et qu'on ne connaissait pas dans Bamidbar. Et ce qui est plus compliqué, et plus dérangeant, c'est que parfois on a l'impression d'avoir affaire à des contradictions.

Nous avons trois quarts d'heure devant nous, donc pas le temps de faire une étude comparative complète des deux textes. Je voudrais me concentrer sur deux points précis, qui sont les différences entre ce qui est raconté dans Bamidbar et ce qui est raconté, trente-huit ans plus tard, dans Devarim.

Le premier point: dans Bamidbar, dans la paracha de Chela'h Lekha, la question est de savoir qui prend l'initiative d'envoyer les explorateurs. À la lecture de Bamidbar, la chose semble claire. C'est d'ailleurs pour cela que la paracha s'appelle Chela'h Lekha, qui est un impératif: « Envoie-toi », ou « envoie pour toi ».

Et d'où vient cette initiative ? De Dieu lui-même. Le premier verset de la paracha dit: « Hachem parla à Moshé en disant: envoie pour toi des hommes. » Mais Dieu ne se contente pas d'envoyer des hommes, il précise le but de la mission: lataour, « explorer ». Rappelez-vous bien de cette expression. Aujourd'hui, on a fait à partir de cette racine le mot tayar, qui veut dire « touriste ». Tour et touriste viennent de la même racine. Dieu demande donc de chercher des gens pour faire ce tourisme dans la terre de Canaan.

Il ajoute: ish 'had, ish 'had, lemat'é avotav tichl'hou, « un homme, un homme, par tribu de leurs pères vous enverrez », kol nassi bahem, « chacun un chef parmi eux ». Il ne s'agit pas de n'importe qui: Moshé prend les représentants les plus élevés des différentes tribus. Il en faut douze. Et c'est donc au nom de Dieu que Moshé choisit les douze personnes. Tous, dit le texte, sont des gens très bien, des grands responsables du peuple d'Israël. Voilà ce qui est dit dans Bamidbar, au moment où les choses se passent.

Trente-huit ans après, au moment où Moshé fait le point et raconte à nouveau l'histoire, les choses sont complètement différentes. Dans Devarim, le texte dit: « Vous vous êtes tous approchés de moi, et vous avez dit: envoyons des hommes devant nous. » C'est le peuple qui demande. Moshé dit: « Cela m'a paru une bonne idée. » Le terme utilisé ici n'est pas lataour, mais lachpor, « explorer le pays ». Moshé dit: « Je prends douze hommes parmi vous, un homme par tribu. » Et il n'est pas écrit là-bas que ces personnes devaient être des gens formidables. Il est simplement écrit qu'il faut prendre douze personnes, une par tribu.

Donc la première différence, qui est essentielle: qui prend l'initiative ? Est-ce Dieu, comme c'est écrit dans Bamidbar, ou le peuple, comme c'est écrit dans Devarim ?

Il y a un autre point sur lequel je voudrais m'arrêter, et il est très étonnant. Une fois que Moshé a raconté son histoire, il nous dit quelle est la conséquence dramatique: à cause de cela, vous allez être obligés de tourner dans le désert pendant quarante ans. Là-dessus, si quelqu'un peut nous donner les versets du chapitre 1 de Devarim, verset 35, 36, 37, ce serait bien. Je n'ai que ceux-là pour l'instant.

On parle ici de la ksera, c'est-à-dire du décret divin suite à la faute des explorateurs. Moshé dit: « Dieu s'est mis en colère, Il a juré, Il a pris une décision irrévocable. » Le texte dit: « Aucun homme de cette génération, cette mauvaise génération, ne verra la bonne terre que j'ai juré de donner à vos pères. » Aucun de ceux qui sont sortis d'Égypte ne pourra rentrer là-bas, à part Kalev ben Yefounné. Kalev, vous vous rappelez, c'est l'un des deux explorateurs avec Yehochoua, celui qui n'a pas fait partie de ceux qui démoralisaient le peuple. Kalev a dit: « Il faut y aller, ça vaut la peine. » Lui pourra donc rentrer.

Et là, c'est le truc incroyable. Moshé continue et dit: « Contre moi aussi, Dieu s'est mis en colère à cause d'eux. » Il dit: « Toi aussi tu n'entreras pas là-bas. Yehochoua bin Noun, c'est lui qui entrera, c'est lui qui prendra possession du pays pour le peuple. » Et il reprend ensuite le récit de l'exploration. Au milieu du récit des explorateurs, quand il parle de la punition, de la grande ksera, tout d'un coup, il parle de son propre problème.

Or tout le monde sait que la raison pour laquelle Moshé n'entre pas en Erets Israël n'a rien à voir avec les explorateurs. Moshé, évidemment, n'a pas participé à la faute des explorateurs. Cela n'a donc rien à voir. C'est à cause d'une autre faute, qui est arrivée quelques mois avant ce discours, à la fin des quarante ans. Tout le monde connaît l'histoire: il a frappé le rocher alors qu'il n'y avait pas d'eau, à la mort de Miriam, au lieu de lui parler. C'est sans doute ça le problème, même si certains pensent que c'est un autre problème. En tout cas, c'est autour de cet épisode, à Mériba, que Moshé se voit dire: « Toi, tu n'entreras pas en Israël. »

Donc il est très curieux qu'au moment où l'on parle de la faute des explorateurs et de la punition, Moshé dise …

Cours de la chaîne YouTube du Rav Élie Kling

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