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Job, l'indifférence et la chute du peuple

Le midrash fait de Job l'indifférent qui meurt pour que les espions entrent en Erets Israël.

8 min

Rav Élie Kling

Ensuite : Ticha BeAv et le signe de la terre qui refleurit, 59 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Shalom à tous. Alors, Ticha BeAv, le 9 du mois d'Av, le jour le plus noir de l'année, ce n'est pas seulement la commémoration de la destruction du Premier Temple, ni même celle du Deuxième Temple. Les deux événements tragiques se sont en effet produits à cette date-là. Ce n'est même pas non plus le début de la Première Guerre mondiale, qui a éclaté justement le 9 Av. Et ce n'est pas non plus uniquement le décret d'expulsion des Juifs d'Espagne, qui lui aussi a été dicté le 9 Av.

Et même, je vous le dis en passant, puisque les gens en parlent, Bar Kokhba, vous savez, le dernier défenseur, le héros juif qui a voulu se battre contre les Romains alors que les Romains étaient à leur apogée, en l'an 132: la chute de la dernière forteresse de Bar Kokhba, Bétar, a également eu lieu le 9 Av. Ce n'est pas un jour sympathique pour nous. Si vous avez des affaires à faire ce jour-là, un conseil: reportez-les, faites-le plus tard.

Enfin bref, tout ça pour vous dire que le premier Ticha BeAv de l'Histoire est en fait très, très ancien. La première fois que les Juifs ont pleuré toute une nuit, c'était à Ticha BeAv. Quand je dis les Juifs, ça veut dire tous les Hébreux, tout le peuple. Et c'était quand ? C'était quand les explorateurs, les douze espions que Moïse, sous la pression du peuple, a envoyés en Erets Israël avant d'entrer, donc on est juste après la sortie d'Égypte. Quand il a envoyé les explorateurs pour voir si le pays valait la peine ou pas, ils sont revenus, comme vous le savez, avec un rapport désastreux. C'est vrai que c'est un beau pays, il y a de beaux fruits, mais tout ça ne sert à rien de toute façon. On n'y arrivera jamais, les gens sont beaucoup trop forts là-bas, les villes sont fortifiées...

Et ils ont créé, comme vous le savez, la panique. Vous vous rappelez, il n'y en avait que deux qui disaient le contraire, mais deux sur douze, ce n'est pas beaucoup. Et donc le peuple a suivi le message hystérique finalement des dix autres, et ils ont pleuré, pleuré, pleuré toute la nuit. Et au petit matin, ils ont dit à Moshé, franchement, on veut retourner en Égypte, on n'a rien à faire ici, on ne va pas rentrer, en tout cas on ne rentre pas là-bas.

Ça a été le début de la fin, comme vous le savez, ça a été terrible. Eh bien, ce soir-là, le soir où ils ont tous pleuré, c'était, figurez-vous, un 9 Av. C'est le premier 9 Av, le premier Ticha BeAv de l'Histoire. Or, les explorateurs, dans leur rapport, disent cette phrase curieuse, en parlant d'Erets Israël, de la terre d'Israël: Erets ochelet yochvéha, c'est une terre qui dévore ses habitants. Une terre qui dévore ses habitants, ça ne s'invente pas. Comment ces explorateurs sont-ils arrivés à la conclusion que

la terre dévorait ses propres habitants ? Eh bien, nous dit le Talmud, c'est une question d'interprétation. Dieu voulait les aider. Vous savez, quand il y a douze grands gaillards, je suppose que ce n'était pas n'importe qui, et qu'ils étaient bien bâtis, c'étaient les chefs de chaque tribu. Imaginez douze grands gaillards qui se baladent dans un village pour espionner: ce n'est pas vraiment la discrétion assurée. Ils risquent de se faire attraper tout de suite. C'est un peu louche, tout ça. Et donc, pour éviter qu'ils ne se

fassent attraper, qu'est-ce qu'a fait le bon Dieu ?

Très gentiment, il a fait en sorte que, quand ils arrivaient dans un village, le moukhtar du village mourait: de maladie, de vieillesse, accidentellement, et tout le monde allait à l'enterrement. On enterrait les morts à l'extérieur de la ville, donc la ville était déserte. Ce qui fait que nos espions pouvaient se livrer à leur travail d'espionnage sans risquer de se faire avoir, vous voyez ? Normalement, ils auraient dû en tirer comme conclusion que le bon Dieu est vraiment très gentil avec nous. Eh bien, pas du tout. Puisqu'à chaque village il y avait un enterrement, il y avait des funérailles locales, ou il y a des

Et puis, si vous voulez interpréter les choses positivement, vous pouvez aussi.

L'objectivité n'est pas de ce monde. Les faits, la réalité, elle est ce qu'elle est, et tout le reste, c'est une question d'interprétation. Suivant que vous lisiez l'Humanité ou le Figaro, vous verrez que le même fait divers ou le même événement peut être lu, interprété, analysé de manière complètement différente et opposée, parce que c'est comme ça, la vie.

Et ce que je voulais vous dire, c'est qu'il y a une deuxième explication dans cette même page de Talmud. Pourquoi sont-ils arrivés à la conclusion que c'est une terre qui dévore ses habitants ? La deuxième explication, ce n'est pas du tout qu'il y avait un mort à chaque fois. Il y avait un seul mort, mais ce n'étaient pas des funérailles à l'échelle locale, c'étaient des funérailles nationales. Parce que le type qui est mort, c'est un bonhomme qui était connu énormément. Il s'appelait Iyov en hébreu, en

français on l'appelle Job. Vous savez, le fameux Job, qui a un livre de la Bible qui lui est consacré: cet homme était un type pieux, un bonhomme respectueux de toutes les lois, qui était riche, qui avait une belle famille, etc. Et à qui il arrive tous les malheurs du monde. On se demande bien pourquoi. Et tout le livre est consacré, si vous voulez, à ce problème que n'importe quel

Homme religieux se pose, évidemment. N'importe quel croyant se pose la question: comment se fait-il qu'il y ait du mal dans le monde, des gens qui semblent des gens bien, à qui il arrive des choses incroyables, et des gens qui ne sont pas les plus représentatifs de la respectabilité, si vous voulez, de la société, et qui, eux, réussissent haut la main ? Ce problème, on l'appelle en hébreu tsadik véra lo: il est tsadik, et pourtant il lui arrive des malheurs. Comment le judaïsme voit-il les choses ? Il y a tout un livre qui est consacré à ça, sur le mal dans le monde.

Le héros malheureux de tout ça, il s'appelle Job. D'après ce midrash, lorsque les douze explorateurs sont arrivés dans le pays, Job est mort à ce moment-là. Tout le monde est allé à son enterrement, et donc ils ont pu prendre les notes qu'ils avaient envie de prendre, et ils ont pu y voir ce qu'ils voulaient. C'est un petit peu une variante de la première explication. Mais celle-ci me paraît plus intéressante, parce que qu'est-ce que Job va avoir dans cette affaire-là ? Pourquoi faudrait-il que Job meure ?

Pour que les Hébreux puissent rentrer en Erets Israël. Qu'est-ce qu'il représente, ce Job ? Il représente pas mal de choses. Et l'une des choses qu'il représente, c'est une sorte d'indifférence vis-à-vis de la souffrance des autres. Ça peut sembler paradoxal, mais Job était un type très bien, qui faisait plein de choses très bien. …

Cours de la chaîne YouTube du Rav Élie Kling

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