Le mal, les âmes du Tohu et la question de la rédemption
Rav Yoël Bin-Nun et Rav Akrich analysent la violence de jeunes extrémistes à travers la pensée du Rav Kook sur les âmes du Tohu.
Rav Rony Akrich
Ensuite : Le retour d'Israël : géographie, morale, spiritualité, 6 min
Début du cours (texte)
Lire le début du cours
Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Chers téléspectateurs, bonjour. Nous sommes heureux de vous retrouver sur la chaîne de Machon Meir. Aujourd'hui, dans l'émission Tête-à-tête, avec mon ami, Rav Ben Naro. Shalom.
— Shalom, mon ami.
Nous allons essayer de nous entretenir de l'actualité, une actualité qui n'est pas des plus sereines. Je veux parler de deux affaires qui nous occupent en ce moment. La première: un nombre de jeunes garçons appartenant à une certaine mouvance religieuse sont aujourd'hui mis sous les projecteurs de la justice, car ils sont, comment dire, mis en accusation d'avoir été les fomenteurs de ce cocktail Molotov jeté sur une maison arabe il y a quelques mois, où trois personnes de la même famille sont mortes, dont un bébé. La justice israélienne est à la recherche des coupables, et je crois que nous attendons très prochainement, si ce n'est dans les heures à venir, les actes d'accusation.
Deuxièmement, une vidéo a été mise en ligne, où certains de leurs camarades, lors d'un mariage, ont eu un comportement qui laisse plus qu'à désirer, puisqu'il a provoqué la révolte de droite à gauche, et d'une extrémité à l'autre de la société israélienne. Lors de ce mariage, on brandissait des couteaux et la photo d'un bébé que l'on poignardait.
— Il est bien évident que nous n'allons pas faire de cette actualité, avec Rav Yoël, une actualité remplie d'émotions. Nous allons tous les deux, et c'est notre rôle, essayer d'analyser le sujet.
Les deux points sur lesquels nous nous sommes mis d'accord, je le dis et je l'énonce: premièrement, nous n'acceptons pas et nous condamnons tout acte criminel, quel qu'il soit et d'où qu'il vienne, concernant la personne humaine. Deuxièmement, bien évidemment, concernant l'enquête menée et la manière de la mener par les services de renseignement.
Là-dessus aussi, nous sommes d'accord, comme l'ensemble des rabbins en Israël: la torture et les sévices corporels, quels qu'ils soient, ne doivent pas faire partie de l'enquête, ou tout du moins, tel qu'on nous le fait entendre — mais nous n'avons pas de preuves essentielles. En tout cas, de manière générale, l'État de droit doit faire respecter le droit et sa loi, et ne pas défigurer le visage humain, au sens propre comme au figuré.
Alors, Rav Yoël, si on essaie d'analyser la chose sans rentrer dans l'émotionnel — j'ai dit ce que nous voulions dire tous les deux concernant l'actualité propre — je veux maintenant que nous essayions d'analyser le sens des événements tels que ceux-là, où nous avons l'impression qu'en notre propre sein, dans notre propre foyer, le mal, une manière d'être du mal, trouve à se frayer un chemin, ce qui effraie pertinemment toute la population israélienne. Comment en est-on arrivé là ? Comment est-ce véritablement possible ?
— Il faut d'abord comprendre que nous sommes dans un processus général de rédemption. Ce processus va vers ce que les sages appellent le monde de la réparation, le Tikoun. Dans ce processus, des questions s'élèvent, et certaines d'entre elles n'ont pas de réponse suffisamment profonde. Certains de nos élèves, parce qu'ils n'ont pas reçu de réponses adéquates de la part du système environnant et par rapport au temps que nous vivons, sont déçus.
Ces élèves sont déçus, et ils vont en réalité former une forme d'anarchie où toutes les valeurs sur lesquelles ils ont grandi vont être annulées, parce que, justement, cette structure telle qu'elle est jusqu'à aujourd'hui ne leur donne pas de réponse. Je veux dire par là que j'essaie de trouver des circonstances atténuantes au fond du sujet.
— Bien que, comme tu l'as dit, je condamne fermement ce genre de situation, ce genre de comportement, car ce sont des éléments qui se mettent en marge de la société israélienne, et plus que cela, en marge des vertus que nous devons aujourd'hui transmettre au monde entier.
Je vais aller un peu plus loin. Cela ne concerne pas simplement nos élèves dans la mouvance du sionisme religieux. Je me rends compte aujourd'hui que, lorsque nous essayons de nous entretenir de cette problématique concernant cette jeunesse-là, cela concerne également d'autres franges: l'extrême gauche anarchiste. Dans l'orthodoxie, nous sommes confrontés aussi à toute une frange radicale, fondamentaliste.
En fin de compte, je viens de tracer un triangle sociétal, où je me rends compte qu'il va de l'extrême gauche à l'extrême du religieux, de l'orthodoxie ou même de la émouna politique. Nous sommes face à ces dangers. Comment se fait-il que ces mouvances radicales et fondamentalistes soient capables de surgir et de se faire entendre ?
Dans l'analyse qui est la nôtre, telle que le Rav l'explique, par exemple, dans Orot ou dans Orot HaKodesh, y a-t-il un sujet pour lequel le mal ne serait pas si mal que ça ?
— Tu as bien fait de le mentionner, car il s'agit ici d'un secret: le secret des neshamot. Ce sont des âmes qui viennent d'un monde qu'on appelle le monde du Tohu. Le Rav Kook nous dit, dans Orot, qu'il existe des âmes qui sont en réalité des âmes de l'anarchie. Pourquoi sont-elles arrivées dans ce monde ? Tout simplement parce qu'elles sont plus élevées que les âmes « normales », classiques. Et ça, il faut l'expliquer, et maintenant il faut l'expliquer. Cela veut dire que ce sont des âmes qui exigent.
Une Torah nouvelle, une Torah différente, une Torah profonde, une Torah qui ne peut plus être la Torah des halakhot seulement, mais une Torah qui va gérer en réalité l'ensemble de la profondeur de ce monde dans son entité. Les uns sont à l'extrême gauche, les autres à l'extrême droite, mais en réalité ils se rejoignent. Ce sont des âmes tellement élevées qu'elles ne se contentent plus des réponses qu'elles ont reçues jusqu'à maintenant.
Moi, en réalité, je mets le projecteur sur les enseignants. Les enseignants ont un devoir dans notre génération: donner des réponses solides et profondes, de l'éthique, de l'identité d'Israël, avant d'entrer dans les détails de la loi, de la halakha.
Je vais utiliser les termes du Rav lui-même. Écoute bien ce que le Rav Kook nous dit: les âmes du monde du Tohu sont plus élevées que les âmes du monde de la réparation. Elles sont tellement plus grandes que leurs ustensiles, c'est-à-dire leur fabrication, j'allais dire, ne supportent plus les réponses qu'on leur donne jusqu'à maintenant. Elles veulent une grande lumière.
Tout ce qui est limité, tout ce qui est confiné, tout ce qui est petit, tout ce qui est étroit, tout ce qui est sclérosé, n'est plus acceptable pour ces neshamot. Et il faut trouver des réponses. Dans la génération du Tohu, que nous traduirons par les générations ou les âmes du néant, par rapport au Tikoun — c'est-à-dire que, d'un côté, il y aurait une différence vis-à-vis de ce qui existe, et dans le néant, il y aurait une indifférence.
Il faut, à mon avis, essayer de faire la différence pour que les choses soient plus compréhensibles. Entre le mal métaphysique, c'est-à-dire celui qui, chez l'Éternel, ne s'apparente pas au mal mais à un bien, et le mal de la méchanceté. Je veux dire que lorsque le volcan se met en marche, je ne peux pas dire que la …
Cours de Machon Meir
Dans la même série
114 cours de Rony Akrich, en direct du Machon Meir (Jérusalem). Thèmes : Pensée juive, Histoire d'Israël, Rav Kook, Émouna, Sortie d'Égypte.
- 1
Le mal, les âmes du Tohu et la question de la rédemptionRav Yoël Bin-Nun et Rav Akrich analysent la violence de jeunes extrémistes à travers la pensée du Rav Kook sur les âmes du Tohu. - 2
Le retour d'Israël : géographie, morale, spiritualitéLes quatre niveaux du retour, l'exil comme éducation et la patience comme espérance du peuple d'Israël. - 3
Les Kohanim, hommes de bonté et de générositéPourquoi la prêtrise repose sur le chesed, et pourquoi le vêtement ne fait pas le Kohen. - 4
Le silence de Dieu, poème de Benjamin FondanUn poème écrit par un Juif français mort à Birkenau, lu à Yom HaChoah sur l'absence de Dieu. - 5
Jérémie appelé dès l'enfance, selon André NeherUne vocation annoncée au berceau, lue comme une blessure qui devient mission, à l'approche du 17 Tamouz. - 6
Les chérubins de l'Arche et le dualisme de la créationPourquoi deux chérubins, et ce que leurs visages tournés l'un vers l'autre révèlent de l'harmonie divine.
— un nom de Rav à ajouter, un problème de son ou d'image ?
Une question sur ce cours ?
La réponse s'appuie d'abord sur ce cours, puis sur les autres cours des Rabbanim, avec le passage exact à écouter.
Commentaires et questions au Rav