La Tefilah et la première bénédiction de la Amida
Pourquoi la prière commence par Baroukh, source de bénédiction, et ce que signifie Atta, « toi », adressé à Hachem.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Gadol, Gibor, Nora : les attributs de Hachem, 55 min
Début du cours (texte)
Lire le début du cours
Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
## La source de bénédiction
Donc nous allons aujourd'hui étudier la prière. La Tefila commence par le mot Baroukh, qui veut dire source de bénédiction, contrairement à l'idée que Dieu pourrait recevoir quelque chose. Il n'est donc pas béni, il est une source de bénédiction. Et donc la Tefila est une ouverture à ce flux de bénédiction.
— Lorsque nous commençons la prière, on ne reçoit pas, entre guillemets, le flux de bénédiction.
C'est vrai, mais on s'ouvre à ça. Pour demander quelque chose, il faut avoir la main ouverte. Si tu as la main fermée, tu peux demander, tu ne recevras pas. D'abord, il ne faudrait pas louer. C'est ce qu'on fait, on loue le Créateur. Ça veut dire quoi, louer ? Définir. Louer, ça veut dire définir, comme on l'a vu la dernière fois, à propos du mot Tehilla.
— Ce ne serait pas, justement, en quelque sorte, lui qui s'ouvre à nous ?
Non, il n'a pas besoin de s'ouvrir. Son flux est permanent. D'accord ? Donc Baroukh. Maintenant, que veut dire le mot Ata ? Tu n'as qu'à voir dans le Sidour. Est-ce que tu sais comment c'est écrit dans le Sidour ? C'est le deuxième mot de la première bénédiction de la Amida. On a dit Baroukh, et après on arrive à Ata.
— Atta veut dire toi. Comment est-ce qu'on peut dire à Dieu toi ?
Parce que quand je dis à quelqu'un toi, je le définis. Or, Dieu est infini. Donc, lui pourrait me dire « toi », mais pourquoi moi je peux lui dire « toi » ? Il y a quelque chose qui cloche. Il faut donc analyser ce que veut dire le mot Ata quand il est attribué au Saint béni soit-Il. C'est possible, bien que ce mot n'ait pas encore été prononcé. Il faut donc, quand je dis Ata, que je sache déjà ce que ça veut dire à ce moment-là, n'est-ce pas ?
Le mot Ata s'écrit alef, tav, hé. Il est ponctué comment ? Un patah sous le alef, un dagesh dans le tav et un kamatz sous le tav. C'est vrai qu'il manque une lettre. Il faut savoir quelles lettres manquent. C'est vrai que dans les langues sémitiques, il y a anta en arabe, qui veut dire « toi », ou inti, qui veut dire « toi » au féminin.
Donc on pourrait comprendre que le mot Ata: il y a un dagesh dans le tav pour remplacer le noun, qui est tombé. Ça veut dire que c'est comme ani, anta, c'est-à-dire « mon âne » et « ton âne ». D'accord ? C'est-à-dire, quand je dis « moi » en hébreu, ani. Ani ça veut dire « mon âne », n'est-ce pas ?
— Non, âne ne veut pas dire un endroit, il veut dire ma direction, c'est-à-dire ma volonté, en vérité. Je suis défini par ma volonté, et donc c'est ani. Et si je parle à quelqu'un d'autre, c'est sa volonté à lui, anta. Mais non, c'est vrai que l'hébreu a contracté ce noun et a remplacé le noun par un dagesh dans le tav.
Maintenant, je voudrais quand même revenir au mot Ata. Si je fais abstraction du noun…
— Heta-he ?
Tav, aleph, pas aleph, tav, hé. La cellule à tav. D'accord ? Tav, c'est une cellule. Oui.
— Non. Tav, c'est une cellule, ça s'écrit tav aleph. La cellule hé, tav aleph. Là, c'est aleph tav hé. C'est le contraire. D'accord ? Mais pour les mots croisés complexes, effectivement, ça peut être utile. Cellule à l'envers, ça donne Ata. Oui ? Ata, ça ne serait pas également…
Et Hachem, si on le décompose un peu ? Comment ? Et. Et. Oui. D'un côté on prend et, de l'autre le hé. Et alors le hé, c'est quoi ? Et Hachem… Non, c'est simplement une convention en hébreu moderne: écrire hé avec un tip'ha, une apostrophe, pour dire Hachem. Ça n'a rien à voir.
— Ah, ok. D'accord. Bon, donc si vous me laissez quand même expliquer ce que je veux dire.
Le mot Ata vient d'un verbe. Il y a un verbe qui est la racine du mot Ata. C'est le verbe labo, qui veut dire « venir ». Par exemple, dans le livre de Devarim, dans la paracha de Ve-zot ha-Bracha, il est dit: Hachem miSinaï ba, « Dieu est venu du Sinaï », ve-Ata mirevavot kodesh, « Il est arrivé depuis les myriades saintes ». Donc Ata, il est venu.
C'est vrai qu'en hébreu, pour dire « venir », on dit ba, n'est-ce pas ? Lavo. Mais en hébreu plutôt poétique, on dit Ata, alef, tav, hé. Il y a, en parallèle à cela, en araméen, le mot Ata, qui s'écrit alef, tav, alef, qui veut dire « venir ». D'accord ?
— Mais pourquoi avoir supprimé le noun ?
Alors, je viens de l'expliquer. Non, non, non, pas du tout. J'ai expliqué de manière absolument géniale. Tu aurais dû faire attention à ce que je dis. Ata, ça veut dire « venir ». C'est-à-dire, quand je dis Ata, dans le subconscient hébraïque, ça cesse d'être anta pour devenir celui qui vient à moi. C'est-à-dire, ma rencontre avec un autre n'est pas quelque chose qui sort de moi vers l'autre. C'est l'autre dont je prends conscience qu'il vient à moi.
Ce qui explique d'ailleurs pourquoi le mot Ata, qui est masculin, est écrit avec un tav-hé… Parce que par rapport au fait que l'autre vient à moi, je suis féminin, je suis récepteur. Tandis que quand je parle à un être féminin, c'est moi qui viens à elle, donc elle s'appelle at. Donc Ata, si je résume pour l'instant, Baroukh Ata, ça veut dire « source de bénédiction qui vient à moi ».
Oui. Si c'est ça que ça veut dire, comme en français, quand je dis « tu », c'est-à-dire c'est moi qui m'adresse à toi. Mais dans la conscience hébraïque, c'est le contraire. Quand je dis « tu », c'est parce que tu es venu à moi. D'accord ? Et donc, en hébreu, c'est légitime: je peux dire que l'Infini se manifeste en tant que source de bénédiction qui arrive jusqu'à moi.
Oui, exactement. Baroukh Ata. Ce qu'il fallait démontrer. C'est un art qu'il fallait déplumer. D'accord, bon. Donc, vous êtes à bout de vannes, alors vous les réexploitez. Bon, les recycler. Donc, Baroukh Ata Hachem.
On ne prononce pas son nom, on dit Adonaï pour ne pas dire Yod Hé Vav Hé. Mais en fait, l'intention, c'est Hachem, Yod Hé Vav Hé. Qu'est-ce que signifie ce nom-là ? En général, on dit que c'est l'attribut de miséricorde. La miséricorde est adressée à quelqu'un à qui il manque quelque chose. S'il ne manque rien, pas de miséricorde. Mais s'il manque, il y a lieu de miséricorder.
Baroukh Ata Hachem, source de bénédiction, qui vient à moi en tant que miséricorde. Baroukh Ata Hachem, source de bénédiction, qui vient à moi en tant que miséricorde. C'est clair ?
— Ce n'est pas aussi caractéristique, quand on a ce nom-là, d'être maître de toutes les forces ? C'est pas naturel ?
Cours de Machon Meir
Dans la même série
Comprendre la prière : le Chéma et les bénédictions de la Amida, une à une.
- 1
Qu'est-ce que la tefila ? La définition du MabitLe Rav Cherki explique que la prière est avant tout une demande adressée à Dieu pour combler un manque. - 2
Pourquoi la Tefila se fait debout et dans le jugementLa Mishna Berakhot : la prière ne se fait qu'à certaines conditions, et l'expression « covedroche » expliquée par Rachi. - 3
Le rire, troisième degré au-delà de la joieLe rire dépasse le sason et la simha : il naît d'un débordement, de ce qui sort de la norme, et rejoint la crainte et la joie de la tefilah. - 4
La Tefila et la Michna face au christianismePourquoi la prière commence par « Hachem sefata tiftah » : le psaume 51 de David et la question de la téchouva. - 5
La Tefilah et la première bénédiction de la AmidaPourquoi la prière commence par Baroukh, source de bénédiction, et ce que signifie Atta, « toi », adressé à Hachem. - 6
Gadol, Gibor, Nora : les attributs de HachemLe sens de Gadol, Gibor et Nora, et pourquoi Hachem est à la fois infini et retiré. - 7
La deuxième bénédiction de l'Amida : Mehayé HaMétimPourquoi la prière rattache la résurrection au retour d'Israël, à partir d'Ézéchiel 37. - 8
Les bénédictions 4 et 5 de la Amida : demander la connaissancePourquoi la quatrième bénédiction commence par une demande, et pourquoi elle débute par « Atah honen » avant de demander. - 9
Akhlanou avinou : pourquoi « Avinou » et « Malkénou » dans la AmidaLa bénédiction du pardon : pourquoi Avinou pour la faute par négligence, Malkénou pour la révolte. - 10
Le signe de la Gueoula dans la Guémara de SanhédrinPourquoi le Rav Salant et les sages du XIXe siècle voyaient dans la fertilité de la terre d'Israël un signe de l'approche de la fin.
— un nom de Rav à ajouter, un problème de son ou d'image ?
Une question sur ce cours ?
La réponse s'appuie d'abord sur ce cours, puis sur les autres cours des Rabbanim, avec le passage exact à écouter.
Commentaires et questions au Rav