Qu'est-ce que la tefila ? La définition du Mabit
Le Rav Cherki explique que la prière est avant tout une demande adressée à Dieu pour combler un manque.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Pourquoi la Tefila se fait debout et dans le jugement, 56 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Nous allons étudier le thème de la prière, en hébreu la tefilah. C'est un des sujets les plus difficiles. Je vous ai déjà dit ce matin qu'il y avait trois niveaux d'études. Il y a d'abord l'étude la plus simple, c'est le Talmud, étant donné que la logique interne du Talmud est pratiquement la même que la nôtre. Par contre, le Tanakh devient déjà beaucoup plus difficile, puisqu'il reflète un monde qui n'est pas le nôtre, et encore plus difficile la prière, parce que la prière est censée établir un contact immédiat, sans intermédiaire, entre l'homme et Dieu. Ce n'est pas évident.
Pour comprendre le sujet, nous allons d'abord devoir donner une définition de la prière. De même que, quand nous avons étudié la Torah ce matin, je vous ai cassé les pieds en vous demandant ce que c'est que la Torah, nous allons faire à peu près la même chose maintenant pour savoir ce que c'est que la prière. Pour ce faire, j'ai pris avec moi un ustensile très utile, un stylo. J'ai ici un petit morceau de papier, peut-être que ça suffira, je pense que non. Voilà, c'est bon si tu veux bien.
Je vais essayer d'arranger un dédommagement au secrétariat du Maroc. Alors, vous êtes invités, chers amis, à me donner une définition de la prière. Allez-y. Ça va ? Qu'est-ce qu'il y a ? Alors, c'est quoi la prière ? Vas-y. C'est quoi la prière ? Et demande à Dieu.
— Oui ? Entre demande et remerciement. Remerciement à Dieu.
— Une parole adressée à Dieu.
— Oui. Moyen de communication avec Dieu.
— Allez, vas-y, parle. Demander que la volonté d'Hachem s'accomplisse.
— Oui. Et puis la force de faire ce qu'il demande.
— Oui. Ah tiens, tu as une idée ? Ouverture de l'homme au flux divin.
— Oui. Korbanot, selon l'époque.
— Oui ? C'est quoi ? Se connecter à Dieu. Un moyen de satisfaire notre néchama.
— Oui ? Il y avait encore quelqu'un là qui voulait essayer ? Vous avez remarqué quelque chose ? C'est que je vous ai demandé une définition d'une chose qui est à peu près courante, la prière. Et je reçois tout ça. Et aucune de ces définitions ne correspond à l'autre, n'est-ce pas ? Comment ? Elles ont un point commun, c'est quoi ?
— Qu'elles sont fausses.
— Elles sont partielles, en vérité. Bon. Alors je vais vous donner la définition qui est donnée par Rabbi Moshe Mitrani.
Rabbi Moshe Mitrani, le Mabit, vous l'avez appelé Mabit ? Il est un collaborateur de Rabbi Yossef Karo, l'auteur du Choulhan Aroukh, dans son tribunal pendant quarante ans. Donc ce n'est pas n'importe qui, c'est un des grands maîtres d'Israël: Rabbi Moshe Mitrani, appelé le Mabit, Moshe ben Yossef Trani. Rabbi Moshe Mitrani a écrit beaucoup de livres, et un de ces livres s'appelle Beth Elohim, la maison de Dieu.
La première partie s'appelle Chaar HaTefila, le portail de la prière. D'accord ? Et comme il est bien ordonné, Rabbi Moshe Mitrani consacre le premier chapitre à définir ce que c'est que la tefila. La définition que donne le Mabit, c'est une demande adressée par l'homme à Dieu, pour lui pourvoir un manque qui n'est pas en ses mains d'accomplir, de remplir.
Maintenant, si je raccourcis un peu tout ce qu'a dit Rabbi Moshe Mitrani, la prière est une demande. Ça ressemble un peu à la définition « demande que la volonté d'Hachem s'accomplisse », au niveau en tout cas de la demande. Donc, quand les hachamim parlent de prière dans la Michna ou dans le Talmud, il s'agit exclusivement de la demande. Il ne s'agit pas de louanges, il ne s'agit pas de remerciements, il ne s'agit pas d'études, il ne s'agit pas de méditation ou de concentration. Tout ça, ce sont des choses qui apparaissent dans le rituel de prière, le sidour.
Mais la définition de la prière en tant que telle, c'est le fait que je demande à Dieu quelque chose qui me manque et que je ne veux pas acquérir tout seul. Voilà. C'est pourquoi le texte appelé tefila dans la Michna, dans 98 % des cas, s'appelle l'Amida. D'accord ? L'Amida est le texte dans lequel nous demandons quelque chose. Évidemment, vous allez me dire: oui, mais il y a dans l'Amida également des louanges, il y a également des remerciements. C'est vrai.
Mais la Guemara explique qu'il n'est pas digne de demander si on n'a pas d'abord loué, et il n'est pas digne de recevoir et de ne pas remercier. Donc, si dans l'Amida, dans le Chmoné Essré, vous avez des louanges et vous avez des remerciements, c'est parce que c'est utile pour la demande. Mais la nature même de la prière, c'est la demande. Est-ce bien clair ?
— Oui.
Et donc, quand il est écrit « louange et demande à Dieu », c'est partiel: seule la demande est la prière. « Demande et remerciement à Dieu », c'est également partiel. « Paroles adressées à Dieu », c'est vrai, mais il y a beaucoup de paroles qui sont adressées à Dieu, par exemple les louanges et les remerciements, qui ne font pas partie de la prière.
Quant à « moyen de communication avec Dieu »: il y en a plein, des moyens de communication. D'abord, vous avez les mitsvot, vous avez l'étude de la Torah, vous avez la morale, vous avez la prophétie, vous avez également la vie terrestre dans son ensemble. Donc les moyens de communier avec Dieu sont nombreux, on ne peut pas réduire ça à la prière. Pour ce qui est de « demande que la volonté d'Hachem s'accomplisse », pas mal. Simplement, selon la définition du Mabit, c'est la demande que ma volonté s'accomplisse, ma volonté à moi, mais elle s'accomplira dans la mesure où elle est en correspondance avec la volonté de Dieu.
— Oui, mais c'est moi qui le veux.
Maintenant, un mélange de techouva, de demande, de donner la force de faire ce qu'il demande. Alors, demande, d'accord. Techouva, non, ça n'a rien à voir. La techouva est un processus qui n'a rien à voir avec la prière. C'est un processus de changement de volonté.
« Ouverture de l'homme au flux divin », pas mal, mais il y a beaucoup de choses qui sont l'ouverture au flux divin. On pourrait même dire que cette ouverture est la condition de la prière: pour pouvoir prier, je dois m'ouvrir. Maintenant, « se connecter à Dieu », ça, on a déjà dit, effectivement.
« Un moyen de satisfaire notre néchama », oui, c'est vrai, mais ça veut dire que la prière est un moyen de satisfaire la néchama. Mais qu'est-ce que c'est que la prière ? Il n'y a pas de définition pour l'instant. Et « remplacement actuel des korbanot, selon l'époque »: en admettant que ce soit vrai que la prière remplace les korbanot, ça ne nous explique pas encore ce qu'est la prière.
Voilà, donc, avec toute la sympathie que j'ai pour... Oui ?
— Je dois m'ouvrir.
Cours de Machon Meir
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