Le Rav Arieh Levin, père des condamnés à mort
Le portrait du Rav Levin dans la prison de Jérusalem, auprès des condamnés à mort du temps du Mandat britannique.
Rav Rony Akrich
Ensuite : Le Tanakh, livre de chevet d'Israël et de l'humanité, 6 min
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Chers téléspectateurs, shalom, heureux de vous retrouver. Si vous voulez, aujourd'hui, un nouveau livre: celui de Simcha Raz, auteur israélien célèbre, qui écrit sur les grandes figures rabbiniques contemporaines. Aujourd'hui, j'ai choisi le portrait qu'il trace, dans plusieurs chapitres, du Rav Arieh Levin, qu'on appelait, à l'époque pré-indépendance de l'État d'Israël, le Rav des condamnés à mort.
Alors, si vous le voulez bien, je vous emmène auprès de cet homme lorsqu'il se rend à la prison du Migrach à Roussim, à Jérusalem, et voyons ensemble cette éminence, ce maître à penser. Que fut le Rav Arieh Levin ? Le dernier vœu des condamnés à la pendaison était toujours le même.
À l'ombre de la mort, ils demandaient que le Rav soit autorisé à passer avec eux les derniers instants. Le Rav disait que les grands d'Israël ne comprenaient pas la grandeur de ces martyrs, condamnés à mort pour l'amour de leur peuple. Et lorsque leurs forces le trahissaient, lorsqu'ils s'effondraient en larmes dans leurs entretiens, c'étaient eux, les prisonniers, qui devaient le réconforter.
Ce n'était pas par conviction politique ni par appartenance à un quelconque parti qu'ils étaient pris d'affection pour les combattants d'Israël et pour les membres de la clandestinité. Bien au contraire. Dans son testament, il a défendu à ses enfants d'appartenir à des partis politiques, car ceux-ci ne font que diviser le peuple d'Israël. Au lieu d'aimer l'ensemble du peuple, on est amené à concentrer son amour sur l'une ou l'autre des factions.
Il m'a lui-même dit qu'il se sentait proche des prisonniers de Etsel ou du Léhi, si célèbres, car ils étaient traqués. N'est-il pas écrit dans l'Ecclésiaste que Dieu recherche le persécuté ? C'est ce qui l'émouvait: leur abnégation, le fait qu'ils étaient prêts à tous les sacrifices et qu'ils s'étaient offerts volontairement et avec joie pour notre peuple et pour notre terre.
Ils avaient l'habitude de dire: « Que suis-je donc pour que vous me fassiez tant d'honneur ? »
Vous m'avez donné mille fois plus que je ne vous ai donné. J'ai eu le grand privilège d'être proche des condamnés à mort, alors que même les anges ne peuvent être dans l'entourage de ces martyrs auréolés de lumière divine. Vous avez traversé l'enfer, vous êtes des hommes merveilleux. Que suis-je ? Qui suis-je, moi, à côté de vous ?
Le professeur Yosef Nedava a écrit dans sa biographie des condamnés à mort ce qui suit.
Le Chabbat était un jour de fête pour tous les détenus juifs de la prison de Jérusalem. C'était le jour où le Rav venait les voir, et tout le monde attendait sa venue avec impatience. Il leur apportait toute sa vitalité, et bien qu'il ne parlât pas beaucoup, son cœur réconfortait et donnait des forces à ceux qui étaient affaiblis, et sa présence suffisait pour qu'on se sentît imprégné de la émouna en Dieu.
Il disait souvent: « La délivrance divine est rapide comme l'éclair. » À force de répéter cette phrase, avec confiance, avec sincérité, il communiquait sa flamme à tout son entourage. Les détenus ont plus d'une fois discuté entre eux de ce qui faisait le charme du Rav. Qu'est-ce qui faisait donc qu'on l'aimait dès qu'on le rencontrait ? Quelle était la source de l'affection profonde qui les unissait à lui ?
Pourquoi était-il pour tous le père des prisonniers ? Et comment réussissait-il à leur communiquer la confiance, le courage et l'endurance dans cette prison qui étouffait le corps et l'esprit ? On sentait tout de suite le rayonnement de son visage et cette lumière qui éveille la émouna. On reconnaissait en lui la joie de vivre, la confiance indéfectible dans le monde créé par Dieu, et une profonde espérance dans l'avenir de l'homme.
Il est bon que les trente-six justes inconnus se cachent derrière le mythe de l'anonymat. De cette manière, au cours de leur passage sur cette terre, ils ne sont pas soumis au jugement des humains. Pourtant, ils ont les pieds sur terre.
On voit bien qu'il connaît la réalité quotidienne, mais cela ne diminue en rien le respect qu'on a pour lui. Bien au contraire, celui-ci n'en est que renforcé. La reconnaissance que les prisonniers exprimaient envers lui touchait toujours le Rav. Il était particulièrement ému de l'affection qu'il recevait des condamnés à mort en retour de la sienne.
Voici comment l'écrivain Haïma Tzatz décrit les rencontres des condamnés à mort avec le Rav Arieh. À ce moment, les portes du couloir s'ouvrirent et le rabbin apparut.
« Rabbi ! » s'écria Ménachem en bondissant à sa rencontre. « Rabbi, enfin vous voilà ! »
Le rabbin demeura debout à l'entrée de la cellule. Il portait sa lévite noire qui lui descendait jusqu'aux chevilles et un chapeau noir au bord rabattu.
Sa barbe blanche ressemblait à l'écume d'une eau tourbillonnante. Son visage et son attitude avaient quelque chose de reposant, de sain, de mélancolique aussi. Quelque chose du Chabbat qui précède l'anniversaire de la destruction du Temple. Il apportait des nouvelles de leur famille et disait ce que chacun de leurs parents l'avait chargé de transmettre. Suivant son habitude, il parla peu. Mais chaque mot sorti de sa bouche était comme une justification, une excuse, un apaisement.
Entre-temps, il y eut une pause lourde de silence. Eliyahu posa de nombreuses questions au rabbin, et celui-ci lui répondit. Comment vont le père, la mère, les enfants ? Ont-ils de quoi vivre ? Quelles nouvelles à la synagogue ? Etc.
Mais Ménachem considérait ce rabbin qui l'étonnait, qui le préoccupait. Peut-être n'est-il pas de ce temps ? Son visage a l'air d'avoir accumulé toute la floraison des générations lointaines. Sa voix est comme un sourd écho, une vibration antique. Son silence est lourd et s'harmonise avec ce vêtement long et noir, la blancheur de sa barbe abondante, le silence de celui
qui connaît la mère vérité, que son souvenir soit béni. Et à très bientôt, chers amis. Shalom depuis Jérusalem.
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