Le bien et le mal selon Maïmonide, chapitre 3
Comment distinguer le bien du mal, et pourquoi l'accumulation de l'expérience morale ne suffit pas.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Le bien, le mal et le médecin de l'âme selon Maïmonide, 17 min
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Shalom. Nous continuons notre étude approfondie des Chemoné Pérakim du Rambam, le livre fondamental de la morale d'Israël, fondé sur les enseignements de la morale collective, qui est universelle. Nous poursuivons l'étude du troisième chapitre. Comme vous vous en souvenez, dans ce chapitre Maïmonide traite d'un problème très important: qu'est-ce que le bien et qu'est-ce que le mal ? Comment définir le bien et le mal sur le plan moral, c'est-à-dire quel genre d'activité de mon être est louable et laquelle est condamnable ? C'est ce que nous avons commencé à comprendre. Nous avons parlé de la santé du corps et de la maladie du corps, de la santé de l'âme et de la maladie de l'âme. La maladie de l'âme, c'est lorsque l'âme est portée, par sa texture intérieure, par sa structure intérieure, à faire le mal. Et lorsqu'on est porté naturellement à faire le bien, c'est qu'on est en bonne santé du point de vue de l'âme.
La santé et la maladie du corps sont étudiées par la médecine. Il existe une autre médecine, la médecine de l'âme, qui demande une spécialisation dans les problèmes de la moralité. Nous avons donc ici, tout d'abord, une certaine description de la manière dont cela se passe.
De même que ceux qui sont malades dans leur corps s'imaginent, à cause de la détérioration de leur sens, que ce qui est amer est doux, et que ce qui est doux est amer, et s'imaginent que ce qui est convenable est inconvenable,
et au contraire trouvent du plaisir à des choses qui ne donnent aucun plaisir aux hommes en bonne santé, et qui peuvent même amener de la souffrance, comme la consommation de la poussière et du charbon. Je ne sais pas si Maïmonide n'avait pas pensé à quelque chose qui ressemble à la cigarette. Celui qui aime la cigarette aime en fait consommer quelque chose de brûlé. Il aime la cendre. On peut dire que c'est quelque chose d'anormal. Quelqu'un qui n'a pas sa cigarette se trouve en état de souffrance. En revanche, quelqu'un qui est en bonne santé, qui n'a pas l'habitude de fumer, quand on lui donne une cigarette, ça le dégoûte.
Cela veut dire qu'il y a ici un changement. Ou bien aimer les choses extrêmement acides, ou même avariées, et de toutes ces sortes d'aliments que les hommes en bonne santé ne désirent pas, mais rejettent au contraire. On peut penser également à la drogue, qui est désirée par les malades et repoussée par les hommes sains.
Il en est de même pour ceux qui sont malades dans leur nefesh, dans leur âme. Qui sont ces gens-là ? Ce sont les méchants, ceux qui ont des défauts. Ils s'imaginent que ce qui est mal est le bien, et que ce qui est bien est le mal.
Par exemple, de nos jours, on voit au niveau de la licence sexuelle que les dépravés considèrent comme un bien ce que nous savons être un mal. L'homme mauvais désire toujours des choses extrêmes, qui sont en vérité du mal.
Il y a ici tout un problème qui complique beaucoup le critère. Si tout le monde savait que le bien est le bien et que le mal est le mal, il n'y aurait pas de problème, il serait beaucoup plus facile de lutter. De même que dans la maladie corporelle on diagnostique tout de suite quand il y a maladie et quand il y a bonne santé, sur le plan moral il y a des hommes qui considèrent que le bien est le mal et que le mal est le bien. D'où la difficulté de s'exprimer.
On peut dire qu'il existe ce qu'on appelle une convention universelle. Tout le monde est d'accord, par exemple, pour dire que l'assassinat est un mal. Oui, d'accord, mais on n'est pas toujours d'accord sur la définition exacte du meurtre. L'avortement est-il un assassinat ou non ? L'euthanasie: à partir de quel moment considère-t-on que quelqu'un est véritablement mort ou non ? Peut-on donc faire don de ses organes à quelqu'un qui en a besoin ou non ? Il y a donc beaucoup de problèmes de définition exacte de la vie et de la mort, et cela a des conséquences morales.
C'est vrai, mais tout le monde est d'accord pour dire que tuer est un mal, même si l'histoire nous donne parfois des exemples qui ne vont pas exactement dans ce sens. Un auteur romain a dit que les juifs sont absolument incroyables: ils s'imaginent que c'est un meurtre de tuer un nourrisson. Cela veut dire qu'à Rome, par exemple, pour mettre à l'épreuve la force d'un enfant venant de naître, on le jetait dans le fleuve pour voir s'il allait survivre ou non, et ce n'était pas considéré comme un assassinat. De nos jours, c'est considéré comme un assassinat, mais l'avortement n'est pas considéré comme tel. Vous voyez bien qu'il y a ici un problème de définition.
Mais la valeur en soi est considérée comme engageante, bien qu'il y ait parfois ce qu'on appelle des reculs, des régressions. Par exemple, alors que l'homosexualité était considérée universellement comme une abomination, elle commence, malheureusement, de nos jours, à recevoir une certaine légitimité du point de vue de la Torah. Il y a ici une régression évidente par rapport à un idéal moral. Il y aurait beaucoup de choses à dire à ce sujet.
En fait, on peut se demander ce qui, finalement, définit le bien et le mal. Nous avons à cela une réponse moyenne et insatisfaisante, mais qui constitue quand même un début de réponse: c'est l'accumulation de l'expérience morale dans l'histoire. De génération en génération, les hommes ont fini par élaborer des valeurs morales. Par exemple, l'anthropophagie, le cannibalisme, est aujourd'hui réprouvé universellement, ou presque, sur la Terre entière: manger de la chair humaine est considéré comme immoral. Il est tout à fait probable que dans la haute préhistoire il n'en allait pas ainsi. L'homme ne considérait pas cela comme répréhensible; au contraire, s'alimenter du cerveau de son ennemi était considéré comme une prérogative du vainqueur, c'était normal. Il est donc vrai que des choses ont évolué.
De même pour le respect des parents. Le respect des parents, des anciens, de la génération précédente, est aujourd'hui considéré comme une valeur universelle. Nous avons des preuves historiques que ce n'était pas toujours le cas. Un exemple très clair, ce sont les inscriptions du roi indien Ashoka. Ashoka était un homme très puissant, un grand roi qui régnait sur pratiquement toute l'Inde actuelle, sur l'Afghanistan et le Pakistan, à l'exception de la partie sud de la péninsule indienne.
Ashoka est celui qui a introduit le bouddhisme comme religion d'État en Inde. Pour mener sa petite révolution spirituelle, il a fait graver des inscriptions sur des stèles disséminées dans son empire. Jusqu'à ce jour, il reste des stèles d'Ashoka, vieilles de 2250 ans, un peu partout en Inde, en Afghanistan et au Pakistan, principe essentiel de son enseignement. La liste est faite de cette manière: jusqu'à présent, nous faisions cela; à partir de maintenant, nous allons faire comme cela. Par exemple: jusqu'à présent, nous mangions de la viande; …
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