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Moïse, les cornes de Michel-Ange et le rayonnement du visage

Pourquoi la Vulgate a lu « keren » comme corne, et ce que le voile de Moïse révèle de la parole divine.

6 min

Rav Rony Akrich

Ensuite : Chabbat, Vayakel et la faute du Veau d'or, 18 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Chers téléspectateurs, heureux de vous retrouver sur la chaîne de Machon Meir, en ce matin pluvieux sur la terre d'Israël. Je vais vous parler de quelque chose qui va certainement vous étonner. Je vais vous parler de Michel-Ange. Vous savez bien, Michel-Ange, le sculpteur, bien entendu. Sculpteur de la Renaissance, dont les œuvres font partie intégrante de ce que l'on appelle la basilique Saint-Pierre de Rome.

Pourquoi est-ce que je m'intéresse à la basilique Saint-Pierre de Rome et à Michel-Ange ? Tout simplement parce que Michel-Ange va sculpter une œuvre qui reste mémorable jusqu'à aujourd'hui, le Moïse de Michel-Ange. Moïse, là-bas, est robuste, fort, chevelu, etc. Un homme dont on sent l'expérience de sujet de l'histoire et non pas d'objet. Mais quelque chose de particulier va marquer la sculpture de Michel-Ange: le fait qu'il a deux cornes sur la tête, sur sa chevelure, deux cornes, vous m'entendez bien.

Alors, juste vous rappeler, bien entendu, que la Bible dont s'est inspiré Michel-Ange à la Renaissance n'est pas la Bible hébraïque, traduite et commentée en hébreu. Ce que pouvait faire Michel-Ange, bien entendu, c'est la lire en latin. Cette Bible avait été traduite au IVe siècle de l'ère vulgaire par un monsieur qui s'appelle Jérôme de Stridon, et que l'on appelle plus vulgairement la Vulgate. Il y eut les Septante, traduction par les Grecs, et il y eut ensuite la Vulgate, dont va se servir Michel-Ange pour entendre et comprendre le sens des versets.

Là, le verset va, si vous le voulez bien, être fourvoyé, tout simplement parce que Keren or al panav, cette lumière qui se réfléchit sur le visage humain, lumière divine, éclair divin, eh bien, keren est aussi en hébreu une polysémie qui veut dire non seulement ce rayonnement-là, mais qui se traduit aussi, dans cette formule, par la corne.

Apparemment, Jérôme de Stridon, au IVe siècle, avait entendu que Moché était redescendu du Sinaï avec des cornes sur son visage ou sur sa tête, si vous le voulez bien. J'ai trouvé, dans mes recherches sur ce sujet, un commentaire d'Avram Ibn Ezra qui rappelle un de ces fondamentalistes d'époque. Pas fondamentaliste tel que nous l'entendons aujourd'hui, mais fondamentaliste étant donné qu'il est, à notre avis, le premier critique biblique. Comment s'appelle-t-il ? Il s'appelle Hiwi al-Balkhi, et Hiwi al-Balkhi a vécu au IXe siècle en Afghanistan. Lui, bien entendu, dans cette critique biblique, bien avant la traduction de la Vulgate, a voulu exprimer que Moché cachait son visage à l'approche des enfants d'Israël qui venaient à sa rencontre, parce qu'il avait honte des cornes qu'il portait. Vous voyez qu'il y a là, bien entendu, une traduction dévoyée, si ce n'est fourvoyante, du propos biblique.

Et donc la volonté, dit El-Balkhi, est de ne pas choquer Israël au-delà de cette première rencontre. Moché redescend du Sinaï pour la deuxième fois, raison pour laquelle je dis « redescend du Sinaï » avec d'autres tables et secondes. Il y a ici, bien entendu, à comprendre que le keren or al panav dont nous parlons, cette lumière, ce rayonnement sur le visage, n'est rayonnement que parce qu'il est la conséquence de la rencontre entre le visage humain et l'infini divin.

Il y a, à mon avis, ici une incandescence du visage, une sorte de révélation, si vous le voulez, de l'infini dans le fini mortel qu'est l'homme. C'est la raison pour laquelle je me rappelle que mon ami et alter ego, le Rav Benaroche, rappelait dernièrement le masque, bien entendu, et bien si moché, mais un masque, ce n'est pas parce qu'il a honte de son visage, comme le masque de fer, fils ou petit-fils de Louis XIV, qui sera emprisonné à la Bastille, bien entendu.

Le masque que met Moché ici est foncièrement destiné à permettre à ceux qui vont l'accueillir, à ceux qui vont l'écouter, s'entretenir avec lui, de mettre un temps et un espace entre le divin, qui dans son infinie divinité est presque insupportable, et l'humain. On se rappelle au moment des Dix Commandements, où le peuple demande à Moché de faire cesser la voix, et que lui parle. Créer cette séparation entre le divin si rayonnant et l'humain qui est Moché, c'est afin que la parole puisse être, dans cette terminologie du fini, de la finitude, et qu'ainsi elle puisse être entendue.

Voilà ce que m'a inspiré le Moché de Michel-Ange à la basilique Saint-Pierre de Rome. Chalom, chalom, et à très bientôt depuis Jérusalem pour la chaîne de Machon Meir.

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