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Maïmonide, le juge intérieur et la morale du Traité des huit chapitres

Pourquoi le traité Avot est placé dans Nézikin, et comment l'homme doit diriger ses forces intérieures.

21 min

Rav Oury Cherki

Ensuite : Maïmonide : quelles parties de l'âme sont libres, 20 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Chalom, nous continuons aujourd'hui l'étude du Chmonè Pérakim, le traité des huit chapitres de Maïmonide. Nous sommes encore dans l'introduction. Je voudrais rappeler ce que nous avons vu la dernière fois, ce que dit Maïmonide. Nous avons expliqué dans l'introduction de notre ouvrage, c'est-à-dire l'introduction de la Michna, pourquoi l'auteur de la Michna, Rabbi Yehouda HaNassi, a mis le traité d'Avot dans cet ordre-là. Il s'agit ici de la partie de la Michna qu'on appelle Nézikin, les dommages, qui traite de ce qui se juge au tribunal. Par exemple, si j'ai cassé le pare-brise de mon prochain avec ma voiture, eh bien c'est jugé selon les lois du traité de Nézikin. Et ce qui est surprenant, c'est que Massekhet Avot, qui parle de morale, se trouve dans le traité de Nézikin, qui est la quatrième partie de la Michna sur les six parties, alors que naturellement on devrait mettre Massekhet Avot au début de la Michna.

Et pourquoi ? Parce que, comme on l'a déjà expliqué la dernière fois, la morale, c'est la condition de la Torah. Ce n'est pas la Torah qui va nous donner la moralité. C'est quand on s'est acquitté du devoir moral que l'on peut étudier la Torah. La Torah ne vient pas nous rendre meilleurs sur le plan moral. La Torah vient nous enseigner d'autres choses. Qu'est-ce qu'elle vient nous enseigner ? Peut-être disons-le au passage: la Torah vient nous enseigner la sainteté, en hébreu kedoucha. Je vais être très rapide et ne pas développer cela pour l'instant: quand on parle de kedoucha, il s'agit d'une relation directe et immédiate entre le Créateur et la créature. Cette situation, qu'on appelle la sainteté, n'est possible qu'une fois qu'on s'est d'abord acquitté du devoir moral.

Or, la morale, c'est universel. Le monde entier est appelé à être moral. Le monde entier n'est pas appelé à observer la Torah. La Torah est donnée au peuple d'Israël, elle n'est pas donnée aux nations. Et pourtant, il y a une exigence de la part des nations de s'acquitter de la morale. Cela prouve, s'il était nécessaire de le prouver, que ce n'est pas la Torah qui nous donne la morale, c'est la morale qui nous donne la possibilité d'étudier la Torah. D'ailleurs, il y a à cela une

traduction au niveau de la halakha. Jusqu'à l'âge de treize ans pour les garçons et de douze ans pour les filles, la Torah a dispensé les enfants d'Israël de l'accomplissement des mitsvot. Treize ans sans accomplissement des mitsvot. Tout ce que l'on enseigne aux enfants à accomplir les mitsvot, c'est pour se préparer à l'âge de la bar mitsva, l'âge à partir duquel on est sous le coup de la mitsva. Bar mitsva, c'est-à-dire « fils du commandement ». Mais auparavant, qu'est-ce qu'on fait pendant treize ans ?

Quel est le projet de la Torah pour un enfant jusqu'à l'âge de treize ans ? C'est justement d'acquérir des valeurs morales, ce qu'on appelle les midot, le derekh éretz. Donc si Massekhet Avot nous parle d'un contenu qui relève du derekh éretz, qui relève de la morale, le traité d'Avot devrait être au début de la Michna et non pas au milieu. C'est la question qui se pose, et à laquelle Maïmonide a répondu dans son introduction à la Michna.

Je reprends ici ce que dit Maïmonide. Quelle a été la réponse qu'il donne là-bas ? Vous voyez bien que Maïmonide ne revient pas sur son explication, donc je vais être obligé de vous la citer de mémoire. Maïmonide dit quelque chose d'extrêmement surprenant au premier abord. Le traité de Nézikin concerne essentiellement les juges au tribunal. Or, si un juge n'est pas moral, le dommage qui en résultera sera très grand, parce que le juge est responsable de toute la société. Il faut donc en particulier que les juges s'acquittent des devoirs de Massekhet Avot plus que tout homme sur terre. C'est la raison pour laquelle le traité d'Avot se trouve dans la partie Nézikin, qui est consacrée au juge.

Vous comprenez que cette réponse semble a priori très insatisfaisante. On pourrait dire: mais est-ce que tout homme ne doit pas être moral ? Par exemple, est-ce que je peux faire un sacrifice dans le Temple si je ne suis pas moral ? On devrait alors mettre Avot dans le traité de Kodachim, qui traite des sacrifices. Ou bien, un agriculteur qui doit prélever la térouma et les maasserot, et tous ces dons-là, ne doit-il pas être moral, pour qu'on puisse lui faire confiance, qu'il n'ait pas souillé la tévoul par exemple ? Dans ce cas-là, il faudrait mettre Avot dans la partie Zéraïm, celle de l'agriculture. Même s'il est vrai que les juges doivent être moraux, finalement, tout particulier, tout individu, chacun d'entre nous doit être moral. Dans ce cas-là, pourquoi ne pas mettre Avot au début ? La réponse donnée par Maïmonide semble a priori insatisfaisante.

Mais comme c'est Maïmonide, nous n'allons pas mépriser son explication. Nous allons essayer de comprendre quelle est la profondeur qui se cache dans cet enseignement. La réponse est très simple. Maïmonide nous apprend quelque chose de très important: être moral, c'est être juge. Ah bon ? C'est très simple. Un juge, quand il juge, quand c'est un vrai juge, un bon juge, n'est pas investi, pour parler émotionnellement, dans le cas qu'il traite. Imaginez, par exemple, un juge qui décide que telle personne qui s'est présentée au tribunal mérite une

prime d'un million d'euros, et que telle autre personne, jugée au tribunal, est condamnée à mort. Le superficiel, le commun du peuple, risque de penser que le juge aime la première personne et qu'il a de la haine pour la deuxième. En vérité, si le juge est un vrai juge, ça n'a rien à voir. Il est tout à fait possible que le juge éprouve de l'aversion pour la première personne, mais c'est la loi qui dit qu'il faut lui donner un million d'euros. Et peut-être qu'au contraire la personne

condamnée à mort est une personne qui mérite de la miséricorde. Le juge a peut-être de la compassion pour lui, peut-être de la sympathie, mais il le condamne à mort parce que c'est la loi.

C'est-à-dire qu'il y a des considérations qui sont au-delà des sentiments que ressent le juge, et ces sentiments-là doivent être mis de côté, parce que le jugement doit rester pur de toute émotion. Il en est de même quand on veut acquérir ce qu'on appelle des bonnes midot, des vertus. On doit être capable de se juger soi-même à la manière d'un juge.

Je voudrais, pour exprimer cela, ramener un enseignement de Rabbi Yehouda HaLevi, dans son livre le Kuzari, dans lequel il répond, dans la troisième partie, à une question posée par le roi des Khazars. Le roi des Khazars, ou des Kouzarim, demande à son ami, le rav, le Haver. Ce n'est pas l'ouvrage de Maïmonide, c'est dans le Kuzari. Il lui dit: explique-moi, quel est un homme de vertu chez les Juifs ? « Ma maaseh ha-chassid etzlakhem ». Ça veut dire: un chassid, un homme vertueux. Qu'est-ce que c'est ? Le Haver, l'ami du roi, répond: c'est …

Cours de Machon Meir

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