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Yosef en Égypte : l'identité morale face à la tentation

Comment Yosef, face à la femme de Poutiphar, retrouve le visage de son père et choisit la vertu plutôt que le devoir.

20 min

Rav Rony Akrich

Ensuite : Yosef, le supplément d'âme hébreu et la confiance en Hachem, 12 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Shalom à nos chers téléspectateurs, nous sommes contents de nous retrouver. Continuons notre épopée publique aujourd'hui avec un autre personnage, celui de Yosef. Nous avons terminé le livre de la Genèse, ce que nous appelons le livre de Béréchit. Nous avons traversé toute l'époque patriarcale et matriarcale. Et voici que l'événement hébraïque va changer de géographie. Il va se situer en Égypte.

Le personnage ici proéminent est Yosef. À peine arrivé en Égypte, Yosef va devoir se mesurer à une société qui lui est totalement étrangère. Totalement étrangère, parce que la dimension morale, ou l'identité morale de cette Égypte, a consacré son existence à d'autres projets que celui que Yosef a en tête. Les rêves qui furent ceux de Yosef venaient annoncer les présages de cette histoire des Hébreux en devenir.

Bien sûr, Abraham avait reçu cette promesse, en tout cas cette prophétie, que ses descendants seraient esclaves durant un certain nombre d'années dans un pays qui leur est étranger. Mais Yosef, dans ses songes, ne sont pas ici simplement les émois de l'âme que l'on pourrait définir à la manière freudienne, comme des pulsions refoulées ou autre chose. Ce sont bien des songes prophétiques, c'est-à-dire la manière qu'a l'Éternel de faire savoir, de faire connaître à celui qui deviendrait son messager, ou en tout cas le porteur du message qui est le sien. Porteur du message, mais aussi porteur du projet qui est le sien, et qui doit, tel que l'avait annoncé l'Éternel à Abraham, traverser l'épopée égyptienne.

Alors Yosef, à peine arrivé, se trouve, comme je vous l'ai dit, confronté à une société qu'il ne peut connaître. Car dans la dimension morale des Hébreux, il y avait une recherche continuelle, perpétuelle, pour que la personnalité hébraïque soit référente, d'abord et avant tout, de cette identité morale. D'ailleurs, quand Abraham décidera d'envoyer Eliezer à la recherche d'une femme dans la famille qui est encore en Aram, ce n'est pas parce que les Araméens ne sont pas idolâtres, car les Cananéens le sont aussi. La seule différence entre les deux, c'est que les Cananéens seraient des idolâtres immoraux, alors que les Araméens seraient des idolâtres beaucoup plus moraux. On voit donc nécessairement combien Abraham est attaché, non pas par le lien du sang, mais surtout par la pensée profonde que, dans cette famille, il existe quelque chose qui, comme un fil d'Ariane, se perpétue, se transmet, et que cette identité morale est fondamentalement ce qui existe.

Lorsque Yosef arrive en Égypte, nous connaissons pratiquement tous cette histoire, mais il est bon de la rappeler. Lorsque Yosef se retrouve dans la maison de Poutiphar, il est confronté, comme je l'ai dit, à la femme de Poutiphar. Ici, bien entendu, les aspects sociaux et moraux sont différents. Il est provoqué par cette femme, qui veut l'attirer de la manière la plus crue qui soit dans son lit. Elle voudrait le dévêtir et l'entraîner, plutôt le fourvoyer, dans un monde qui n'est pas le sien. Et c'est à ce moment-là, nous le savons, qu'il aperçoit dans l'entrecarreau de la fenêtre de la maison le visage, le portrait de son père. Comme si, d'une certaine manière, on voulait lui dire que ce lien inexorable, du fils au père, crée toute sa solidité.

Vous savez bien que le père et le fils sont av et ben en hébreu, et qu'ils forment la even, c'est-à-dire la pierre angulaire, la pierre qui sert de fondement essentiel. Mais surtout, à travers sa solidité, en voyant le visage de son père, il se remet en question. Il se remet en question, bien entendu, sur l'événement dont il est l'acteur à ce moment-là: doit-il se laisser aller, se laisser emporter, ou bien refuser ? Son identité morale d'hébreu, en tout cas puisqu'il se présente comme cela et qu'on le présente ish ivri, l'obligera, l'amènera, non pas par devoir, mais par vertu, à se refuser. En conséquence de quoi il sait très bien à quoi s'attendre. Il sait qu'en se refusant à cette femme, qui, comme un véritable démon, va entraîner Yosef à sa perte, selon elle bien entendu, il sera jeté dans les geôles de l'Égypte antique.

Les rêves qui accompagneront ceux de Pharaon, nous n'entrerons pas dans le détail, puisque ce n'est pas véritablement notre sujet. Mais les rêves que fera Pharaon sont prémonitoires de la situation socio-économique et politique de l'Égypte antique, surtout socio-économique. Ils vont, en fin de compte, renverser la vapeur de l'histoire de l'Égypte, mais aussi celle de Yosef, puisque celui-ci sera appelé pour faire entendre le message qui se cache derrière le rêve de Pharaon. Lorsque ce message sera émis, et qu'il concernera, comme nous l'avons dit il y a un instant, la dimension socio-économique dans laquelle se trouve l'Égypte de l'époque, Yosef va être élevé au rang de prince, si ce n'est de premier ministre, dans cette Égypte pharaonique.

Là aussi, il est confronté, sans ambages, à une société qui a fait un choix absolument étonnant. Ce choix, c'est celui de choyer véritablement la matière, bien plus que l'homme. Les pharaons feront en sorte que la matière devienne le sujet de l'homme, et que l'homme reste l'objet de cette matière. D'où l'insignifiance de l'homme, l'insignifiance des hommes, et surtout, bien entendu, ce que nous verrons un peu plus tard: l'insignifiance d'une humanité qu'on peut transformer en esclave, c'est-à-dire en objet totalement insignifiant.

Yosef est reconnu parce que, d'abord, il sait se faire reconnaître. Sa manière de réagir n'est pas celle d'une cartomancienne ou de je ne sais quel autre prédicateur. Il est l'homme qui s'annonce auprès de Pharaon comme étant celui capable d'expliquer le songe et les rêves de Pharaon, parce qu'il est le serviteur de l'Éternel. En tant que serviteur de l'Éternel, il n'en est que le messager, le vecteur, le médiateur, pour faire entendre raison à Pharaon. Dans cette première raison, il s'agit de faire comprendre à Pharaon que les années qui s'annoncent, si elles s'annoncent comme des années de bienfaisance, n'en seront pas moins suivies d'années de disette, dont on pourra s'en sortir grâce aux sept années de bienfaisance.

Mais tout cela, je ne le sais que parce que je suis le serviteur de l'Éternel, seulement parce que je suis le moyen par lequel l'Égypte servira à creuser la naissance de ce qui devra devenir, dans le projet de l'Éternel, la nation d'Israël. C'est en cela qu'il se fait reconnaître. Nous le voyons continuellement dans le texte, je l'ai précisé: ish ivri.

Rappelons que ish en hébreu est un titre de noblesse. On ne dit pas ish à n'importe qui pour dire « c'est un homme »; on dirait adam. Mais si nous disons ish, nous parlons de la personnalité, dans toute la noblesse d'être de cette personnalité. Et lorsque nous rajoutons à côté la dimension de ivri, c'est-à-dire la dimension de l'hébreu, il est bien entendu nécessaire de rappeler ce que veut dire ivri. Je le rappelle, nous le rappellerons très souvent: ivri vient de la racine ayin-vet-resh, ever, avar, ovar. Ever, c'est passé; avar, c'est traversé; ovar, c'est le fait. C'est comme si on nous disait qu'à travers la polysémie de cette racine, on voulait nous faire entendre combien le …

Cours de Machon Meir

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