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Quand l'enfant chute : la crise comme renaissance

Comment accompagner un enfant en difficulté : la chute comme point de départ, à la lumière de la pensée juive.

17 min

Dr. Michael Aboulafia

Ensuite : L'éducation face à l'internet et aux écrans, 4 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Comment peut-on aider un enfant qui traverse une crise ? En hébreu, on appelle cela un Machber. Comment faire pour aider un enfant dont on sent qu'il passe une période difficile, qu'il est un peu sans défense, un peu livré à lui-même dans la jungle, et qu'il n'a pas véritablement de défense ? Il existe un principe de la émouna juive, de la pensée de la émouna juive, qui s'appelle…

Parce que j'ai chuté, je vais pouvoir me relever. C'est-à-dire que la véritable pensée juive ne voit pas la chute comme une fin, mais comme un commencement. Il n'existe pas en hébreu un mot qui parle de chute sans parler de renouveau. Par exemple, le mot qui veut dire « chuter », nefila, vient du mot mapela. La chute nous génère, nous fait refonctionner.

Le mot Machber en hébreu, qui veut dire crise, est un mot qui signifie accoucher. La femme est assise sur le Machber, elle est en train d'accoucher. C'est donc un renouvellement, une renaissance. Le nisayon, l'épreuve en hébreu, vient du mot Nes, miracle: m'élever au-dessus de ma nature. Tout ce qui vient me faire chuter vers le bas est là pour me faire remonter vers le haut.

Et c'est donc ce qui va nous permettre de nous relier à cet enfant qui vit un état de crise, un état dans lequel il sent qu'il n'est pas vraiment dans sa vie. On va d'abord apprendre avec lui à regarder dans le problème, dans la crise, pour essayer de comprendre ce que cette crise vient te dire. Qu'est-ce que cette crise vient te faire grandir ?

Qu'est-ce qu'elle vient t'enseigner ? Qu'est-ce que tu veux apprendre d'elle ? C'est un principe important lorsqu'on regarde par exemple l'histoire juive. Quelle est notre capacité de faire Yom HaShoah, le jour de l'Holocauste, de la Shoah, et de pouvoir apprendre de ce qui s'est passé dans l'histoire pour aujourd'hui ? Quelqu'un qui écoute les informations, par exemple, va apprendre des mauvaises choses qui se passent pour se réparer. C'est un principe important que nous enseignent les Sages dans la Massekhet Sota.

Ils écrivent pourquoi, après la Massekhet Sota, vient la Massekhet Nazir. La Sota, c'est cette femme qui s'est cachée avec un homme, et l'on ne sait pas ce qui s'est passé entre eux. Ensuite vient une Massekhet qui s'appelle Nazir, ce même pur, cette même personne qui vient se purifier, se détacher de la réalité, pour vivre dans une sorte de spiritualité très, très élevée. Et ils écrivent:

Celui qui voit cette réalité, qui est une réalité manquante de la Isha Sota, de cette même femme, aura une volonté de se détacher du vin. C'est-à-dire qu'en fait, j'ai une relation interactive, intersubjective, entre moi et ma propre réalité. Par exemple, dans la Haggadat Pessa'h, on parle des quatre fils de Pessa'h. Contre ces quatre enfants-là, l'Agada parle, et puis il y a le cinquième fils qui n'est pas arrivé à la nuit du Séder. Il n'était pas là. Il était peut-être en dehors d'Erets Israël. Peut-être se trouvait-il dans une réalité complètement différente.

Comment puis-je atteindre cet enfant dont je sens qu'il est en train de chuter, qu'il est en train de se séparer de lui-même, qu'il n'est même pas relié ici, à la table familiale ? Je dois comprendre que cette chute de l'enfant me réveille à une dimension que je n'ai pas encore créée. Cet échec dans l'éducation vient me reconstruire. Il y a une dimension que cet enfant n'a pas su acquérir dans notre éducation.

Et considérer chaque crise comme un moment de renouvellement: c'est ce qu'expliquent les kabbalistes, les Mekoubalim, lorsqu'ils parlent de la brisure des vases. Ils expliquent que la crise, c'est toujours qu'il y a trop de contenu et pas suffisamment de contenant, et donc le verre, le vase, va se casser. Il y a trop de pensée, trop de volonté, trop de sentiments, trop de rêves, mais pas suffisamment de force.

Et donc, toute notre vie, on parle de chevira vetikoun, de brisure des vases et de réparation des vases. Il y a deux principes très importants dans notre vie, deux principes dans lesquels il est dit que D.ieu a voulu deux choses. Il a voulu d'abord te créer, créer chaque personne, birtsono pachout, dans sa volonté de te créer.

Il a aussi eu une volonté: qu'à chaque endroit où il y a une brisure, il y ait des lumières qui s'appellent Orot Ben. Orot Ben, cela s'appelle un réveil du bas, un pleur, un cri qui vient de cette même brisure. Et sa volonté était qu'à ce même endroit se réveille ce qu'on appelle Orot Ma. Orot Ma, ce sont ces mêmes lumières qui viennent du haut, qui sont des lumières de recréativité, de réveil.

Ma, en hébreu, qu'est-ce que c'est ? C'est une question. Il se réveille donc un questionnement. Mais ma, c'est aussi la valeur numérique de Adam, de l'homme: tu redeviens là un homme. Quand tu pleures, par exemple parce que quelqu'un a perdu un proche parent, tu vis une situation où il y a trop de force dans le vase, mais le vase ne va pas tenir, donc tu pleures.

Et dans la loi juive, dans la halakha, on va l'aider à pleurer pendant sept jours. Pourquoi ? Parce que cette capacité de rencontrer la douleur va le réveiller à ce qu'on appelle Orot Ma, donc des lumières de renouvellement. Et il va se retrouver le huitième jour avec une capacité, une volonté de vivre une autre vie, d'apprendre de ce qui s'est passé et de devenir quelqu'un de différent.

Il ne s'agit pas d'avoir peur de la chute. On comprend que la chute est un langage qui nous permet parfois de créer des kelim, des forces intérieures. C'est un peu le but de l'éducation, finalement: on éduque nos enfants à être des enfants plus forts. L'enfant qui est en dehors d'Erets Israël peut être plus faible, parce qu'il est déconnecté de cette capacité de voir comment, dans la chute, je vais pouvoir me relever, comment, dans ma brisure, je vais pouvoir me reconstruire.

Pourquoi ? Parce que la force qui agit dans ce phénomène de brisure et de reconstruction est une force qui s'appelle la force du Mededamé. Cette même force va me permettre d'être une autre personne, de me renouveler, d'être une personne meilleure, une personne beaucoup plus forte, beaucoup plus créative. Cette capacité d'être plus créatif, c'est la capacité de me voir de l'intérieur quand je chute, de me permettre de chuter, de ne pas avoir peur de chuter, de ne pas avoir peur de sentir parfois que je perds un peu la maîtrise quand je chute.

Cette capacité-là est ici, et il ne manque presque rien. Parce que j'ai chuté, je me suis relevé. Si je ne m'étais pas laissé tomber, je n'aurais pas pu me relever. La capacité que j'ai eue, à l'âge d'un an, de marcher, c'est parce que je suis tombé plusieurs fois. Et cette chute dont je me suis relevé a créé des muscles, de nouveaux muscles. La pensée moderne nous apprend à ne pas chuter; elle rêve, alors que …

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