La prière intermédiaire de la Amida : demandes personnelles et prière d'Israël
Pourquoi la prière de chacun s'insère dans celle du peuple, et la différence des versions sépharade et ashkénaze.
Rav Oury Cherki
Ensuite : La Techouva dans la Amida : la reconnaissance, Modim, 52 min
Début du cours (texte)
Lire le début du cours
Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Ça veut dire quoi qu'il y ait un Dieu qui entend les prières et les suppliques, qu'Il soit intéressé à répondre aux prières et aux suppliques ? Parce que la question qu'on avait déjà vue plusieurs fois, la question philosophique sur la prière: pourquoi est-ce que Dieu aurait besoin de ma prière pour m'exaucer ? Il sait très bien ce qu'il me manque. Oui, mais Il veut que ça passe par ma prière. « Et de devant Ta face, notre Roi, ne nous renvoie pas vides. »
— Continuer à prier, oui, effectivement. C'est-à-dire qu'on est toujours éloigné, mais on n'en est pas toujours conscient. Quand quelqu'un dit « je ne manque de rien », d'une certaine manière, c'est une forme d'hérésie. Maintenant, on rajoute également dans ces prières tout ce qu'on veut, rentrer dans le détail. Par exemple:
Que je réussisse demain matin mon examen du permis de conduire. D'accord ? Ce n'est pas inclus dans les prières d'avant, donc c'est inclus ici.
Maintenant, petite remarque grammaticale. Oumilifanèkha Malkénou, de devant Ta face, notre Roi. Reikam, ça veut dire vide. Al tachivénou, ne nous renvoie pas. Si on disait tachivénou au lieu de al tachivénou, c'est une erreur.
Tachivénou, ça veut dire « ramène-nous ». Et tachivénou, ça veut dire « tu nous renvoies, tu nous ramènes ». Honénou, à nouveau, ici vous avez un kamatz katan: ne dites pas chanénou, comme j'entends parfois certains chazanim dire. Honénou va'anénou: prends-nous en grâce et réponds-nous. Ouchma téfilaténou: et entends notre prière.
Il y a différentes versions, mais pour ce qui est de l'avant-fin de la bénédiction, il y a une différence entre plusieurs rites. Chez les séfarades, nos frères séfarades disent: Kiyata chomea téfilat kol pé, car Tu entends, ou Tu reçois, la prière de toute bouche.
Dans la version de nos frères ashkénazes, on dit: Chomea Téfilat Amkha Israël, car Tu entends la prière de Ton peuple Israël. Chez les hassidim, on a mélangé les deux. Parce que les imprimeurs des sidourim ont vu qu'il y avait deux versions: ils en ont mis une entre parenthèses et l'autre sans parenthèses. Et sont venus des imprimeurs plus tardifs qui ont supprimé les parenthèses. Ce qui a donné une version nouvelle, qui n'a jamais existé auparavant.
— C'est un peu lourd, oui, bien sûr, c'est lourd.
Bon. On pourrait penser que la version ashkénaze est particulariste, qu'elle demande que Dieu exauce les prières d'Israël, tandis que la version séfarade serait humaniste et libérale, puisqu'elle dit téfilat kol pé, la prière de toute bouche.
En fait, ça n'a rien à voir. Très simplement, parce que c'est quoi, Israël ? C'est la bouche du monde. C'est-à-dire qu'à travers les prières d'Israël, il y a une possibilité de dialogue entre la créature et le Créateur. Donc, en fait, nos frères ashkénazes et nos frères séfarades disent la même chose.
— Oui ?
— Ah, très bien.
À partir du moment où j'ai demandé toutes les demandes du Clal Israël, alors je suis assuré que ma demande personnelle ne déséquilibre pas les prières d'Israël. Tant que je... Si je venais seulement demander pour mon examen du permis de conduire, alors, évidemment, ça risque d'être dévoyé, ça peut ne pas correspondre au bien d'Israël. Mais à partir du moment où je me suis redressé, grâce à toutes ces prières-là, ma demande va s'insérer dans le cas d'Israël.
C'est pour ça, d'ailleurs, quand on prie pour un malade, on dit: « Prie pour un tel, fils d'une telle, [...] dans l'ensemble des malades de Ton peuple d'Israël. » Ça veut dire que nous demandons que la guérison que nous demandons pour telle personne ne vienne pas à l'encontre du bien-être de tous les malades d'Israël.
— Non, ça fait partie de la formulation positive. Avec le reste des enfants d'Israël.
— Quoi ? Bon, d'accord. Oui, ça va.
Et c'est comme ça que finissent les bénédictions intermédiaires. Donc, nous en avons vu jusqu'à présent 16: 3 d'introduction et 13 de demandes. Et maintenant nous arrivons aux 3 dernières, pour que ça fasse 19. D'accord ?
Les 3 dernières bénédictions sont appelées Hoda'a, des remerciements. Le problème, c'est que ça n'a pas l'air vrai. La première des trois a l'air d'être une demande. La deuxième des trois, Modim, ça, d'accord, c'est une reconnaissance. Sim Chalom, on demande la paix, ça redevient une demande. Donc ça a l'air d'être faux, ce qu'on dit.
— Et M.... n'est pas content, oui ?
— Non, dans Sim Chalom. Quoi, Sim Chalom ? N'importe quoi.
N'importe quoi. Je veux bien répondre à des questions sérieuses, mais pas... Hein ?
Bon. En fait, ça veut dire que c'est vrai que nous demandons quelque chose, mais l'essentiel de ce que nous demandons est déjà donné. C'est-à-dire que, alors que par exemple, quand on demande la guérison, eh bien, beaucoup de gens sont malades, mais quand on demande le retour de la Chekhina, on va voir qu'en fait on demande quelque chose qui existe déjà, mais ce n'est pas évident à l'œil immédiat.
Alors on va lire d'abord le texte. Je lis ici dans la version séfarade; la version ashkénaze est à peu près identique. Ce n'est pas exactement la même, mais c'est à peu près identique. C'est-à-dire: « Sois agréé par Ton peuple Israël, et sois attentif à leurs prières. Ramène le service dans Ton saint sanctuaire, dans le sanctuaire de Ta demeure. »
— Quoi ? Je n'ai rien compris. Qu'est-ce qu'on a dit une première fois ?
Oui, on a demandé la reconstruction du Temple. C'est vrai. Mais là, on demande autre chose: le retour du culte. Ce n'est pas la même chose. On peut construire le Beth Amikdash, et après, il faut amener les sacrifices. Ce sont deux choses différentes. Il y a une mitsva de construire le Beth Amikdash, et il y a une mitsva de faire des sacrifices. Ce n'est pas la même mitsva.
— Oui, c'est vrai.
Non, on avait vu qu'en hébreu ancien, le mot ratson, le verbe ratsa, ne signifie pas « vouloir », mais que ça veut dire que ce soit agréable. C'est par exemple quand on veut se réconcilier avec quelqu'un: on appelle ça ritsouy, en hébreu moderne aussi.
C'est la raison pour laquelle Rachi, dans son commentaire de la Torah, dit: Kol leshon ratson shebamikra, à chaque fois qu'il est dit le mot ratson dans la Bible, c'est apishmint belaz, n'est-ce pas ? C'est la forme dont se sert Rachi pour dire apaisement. Apaisement, en anglais ça sort mieux: appeasement. D'accord ?
Où est-ce qu'on en était ? Oui, donc Veha'ech avodat, ramène le culte. Il y avait, à l'époque du mandat britannique, un débat à propos de la possibilité de reconstruire le Temple. Étant donné qu'il y a un mandat britannique qui est là pour fonder un foyer national juif, on s'est dit: tiens, c'est peut-être le moment de reconstruire le Temple. Il y a un petit problème avec une coupole qui prend la place, mais disons qu'il en a été question.
Cours de Machon Meir
Dans la même série
Comprendre la prière : le Chéma et les bénédictions de la Amida, une à une.
- 9
Akhlanou avinou : pourquoi « Avinou » et « Malkénou » dans la AmidaLa bénédiction du pardon : pourquoi Avinou pour la faute par négligence, Malkénou pour la révolte. - 10
Le signe de la Gueoula dans la Guémara de SanhédrinPourquoi le Rav Salant et les sages du XIXe siècle voyaient dans la fertilité de la terre d'Israël un signe de l'approche de la fin. - 11
Ramène nos juges : la 11e bénédiction de la AmidaPourquoi le retour des bons juges conditionne la joie, puis la prophétie, selon Maïmonide. - 12
La prière pour Jérusalem et le Machia'h ben YossefPourquoi Jérusalem dans la Amida, et ce que signifie « préparer le trône de David » : le Machia'h ben Yossef. - 13
La prière intermédiaire de la Amida : demandes personnelles et prière d'IsraëlPourquoi la prière de chacun s'insère dans celle du peuple, et la différence des versions sépharade et ashkénaze. - 14
La Techouva dans la Amida : la reconnaissance, ModimPourquoi « Modim » signifie à la fois reconnaître et remercier, et ce que cela fonde. - 15
La birkat kohanim et le modim des rabbananPourquoi louer Hachem pour le mal comme pour le bien, et pourquoi chacun remercie lui-même. - 16
Le Chéma Israël : comprendre la phrase et son originePourquoi la phrase fut prononcée au lit de mort de Yaakov, et ce que signifient Hachem et Elohim. - 17
Aimer Hachem : désintéressement et étude du ChémaPourquoi le Chéma formule l'amour de Dieu sans mitsva, et ce que dit l'histoire de Rabbi Zoucha. - 18
Le Chéma, deuxième paragraphe : téphiline et mezouzotLe rav Cherki explique le verset Véhayou et pourquoi la Torah demande les téphilines et les mezouzot en galout.
— un nom de Rav à ajouter, un problème de son ou d'image ?
Une question sur ce cours ?
La réponse s'appuie d'abord sur ce cours, puis sur les autres cours des Rabbanim, avec le passage exact à écouter.
Commentaires et questions au Rav