Abraham, la guerre des quatre rois et le compromis
Pourquoi Abraham préfère le compromis au jugement, et ce que Lot a payé pour s'être séparé de lui.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Abraham craint-il d'avoir perdu son mérite, 54 min
Début du cours (texte)
Lire le début du cours
Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Il n'y a pas de dispute entre toi et moi, entre mes bergers et tes bergers, car nous sommes frères, c'est-à-dire des proches. Or, si nous sommes frères et que nous nous disputons, cela finit par un assassinat, comme dans le cas de Caïn et Hével. La raison est très simple: deux frères sont en rivalité sur le même destin.
Donc, s'ils sont en conflit, cela finit mal. En revanche, une dispute entre des éloignés, des lointains, n'a pas des conséquences aussi graves. Les trois possibilités qui se présentent devant Abraham, nous l'avons vu, étaient soit la guerre, soit la justice, soit le compromis. Et nous avons vu qu'Abraham a été élu. La guerre est exclue, nous l'avons compris.
Il reste donc soit le tribunal, soit le compromis à l'amiable. Et nous avons vu que la raison de l'élection d'Abraham, dans le chapitre Lékh Lékha, au verset Vayétse, était de faire l'unité des valeurs entre Tsedaka et Michpat. Je reviens sur des choses que nous avons étudiées, n'est-ce pas ? Entre Tsedaka et Michpat. Chacun doit donc compléter ce pour quoi il n'a pas d'aptitude. L'aptitude naturelle d'Abraham, c'est la tsedaka, la charité.
Le michpat, le jugement, Abraham s'y connaît moins. Étant donné qu'il a une tendance naturelle à la tsedaka, il aurait dû préférer le michpat, n'est-ce pas ? Or ce qui se passe, c'est qu'Abraham considère qu'il faut faire ici un compromis. Le verset dit: « Halo kol haaretz lefanekha », « Voici que toute la terre est devant toi, tout le pays est devant toi. » Où s'est passée cette scène ? Dans la plaine ?
Oui, bien sûr, en Erets Israël. Mais où en Erets Israël ? Vous vous rappelez qu'il était revenu après sa sortie d'Égypte à l'endroit entre Beth-El et Haï. Qu'est-ce qu'il y a entre Beth-El et Haï ? Une montagne. De cette montagne, on voit très loin, n'est-ce pas ? C'est la montagne de Baal-Hatsor, d'où l'on voit le Hermon au nord, le plateau du Néguev au sud, la Méditerranée à l'ouest et le désert d'Arabie à l'est.
Donc, quand il dit « kol haaretz lefanekha », « tout le pays est devant toi », c'est physique. Souvent, quand nous étudions des textes de la Torah et que l'on oublie la géographie dans laquelle cela s'est passé, on a des difficultés à comprendre. Mais dès que l'on vient en Erets Israël, les textes redeviennent vivants dans la géographie. D'accord ? C'est là que, comme disait Lévinas, cesse la métaphore. On ne parle plus en des termes abstraits, on parle en des termes concrets. Quoi ? Si l'on est au sommet, ce n'est pas difficile de se tourner de tous les côtés.
Et ce qu'il lui dit, c'est qu'Abraham propose la division. Pour éviter le conflit, il va couper le pays en deux parties. Il a choisi le compromis. Cela veut dire – et c'est l'argument repris par certains penseurs – que l'héritage d'Abraham serait le compromis territorial dès qu'il y a un conflit sur la terre, n'est-ce pas ? C'est la position de la gauche en Israël, qui dit qu'il faut séparer le territoire en deux, et qui se réfère entre autres à Abraham, pour faire la paix.
— Je n'ai pas compris. Est-ce que Dieu a donné ce territoire à Lot ?
Très bonne question. Non. Le problème est: quel serait le droit d'Abraham de renoncer à une partie du pays que Dieu lui a donné ? On va y répondre par la suite.
Là, tu commences déjà la réponse: Abraham non plus n'a pas pris possession de la terre. En fait, c'est du théorique. Et si l'on veut voir un peu ce qui se passe: à qui Dieu a-t-il promis la terre ? À la descendance d'Abraham, et non pas à Abraham. Cela veut dire qu'Abraham se dit: « Bon, ce n'est pas encore à moi. » Donc on va s'établir là où on veut. Mais cela veut dire que, quand même, Lot, en faisant paître ses troupeaux, va finalement prendre possession du territoire. C'est-à-dire qu'en s'implantant, en colonisant, il y a également, à un moment, une souveraineté.
Qu'est-ce qui autorise Abraham à le faire ? C'est très simple: étant donné que la terre ne lui est pas encore donnée, il a le droit de la donner. Contrairement à l'idée habituelle selon laquelle ce qui m'appartient, je peux le donner, c'est exactement le contraire que dit la Torah. Si cela ne t'appartient pas, tu peux le donner. En revanche, si Dieu t'a donné quelque chose, tu n'as pas le droit d'y renoncer, c'est intégralement à toi. Par exemple, la vie: Dieu m'a donné la vie, je n'ai pas le droit d'y renoncer. Je n'ai pas le droit de me suicider. Par contre, si la vie ne m'était pas due, je pourrais très bien la donner. D'accord ?
— Pourquoi c'est bizarre ?
Au contraire. Si c'est quelque chose qui m'appartient en absolu, je n'ai pas le droit de le donner. C'est comme si je renonçais à moi-même. Si quelque chose m'est donné par Dieu, c'est-à-dire par celui qui m'a créé, cela fait partie intégrante de mon être. En revanche, si c'est quelque chose qui ne m'appartient pas, je peux dire: prends-en position, de toute façon ce n'est pas à moi.
— Ça veut donc dire que les enfants d'Abraham devront faire la guerre aux enfants de Lot ?
Très bonne question. Donc le conflit n'est que repoussé. Abraham se dit: ce qui sera dans l'avenir, on verra bien. Pour l'instant, j'ai réglé le problème dans l'immédiat. C'est ce qu'on appelle chalom 'archav, c'est-à-dire la paix immédiate, et les conséquences, on verra bien. On peut dire que c'est ça, la position d'Abraham. Oui ? Qu'est-ce qu'il y a ?
Je ne sais pas ce qu'il se passe aujourd'hui. J'étudie la Torah tout le temps, donc je ne sais pas ce qui se passe dans l'actualité. Je ne lis pas les journaux. Alors, voyons maintenant ce que dit la Torah.
Comment commence le passage ? Verset youd. Lot leva les yeux, il regarda au loin et vit toute la plaine du Jourdain. Elle était entièrement irriguée, avant que Dieu ne détruise Sodome et Gomorrhe, comme le jardin de Dieu, comme le pays d'Égypte, en direction de Tsoar. Lot choisit pour lui toute la plaine du Jourdain. Lot partit vers l'orient. Ils se séparèrent l'un de l'autre. Avram résida dans le pays de Kénaan. C'est quoi, le Kénaan ? C'est du Jourdain à la mer.
L'autre s'installa dans les villes de la plaine, c'est-à-dire en Transjordanie. Il mit ses tentes jusqu'à Sedom. Les hommes de Sedom étaient méchants et pécheurs envers Dieu, beaucoup. Jusque-là, on a compris: Abraham sépare le pays en deux, le but étant d'éviter le conflit.
Qui n'a pas été consulté dans cette histoire ? Hachem n'a pas été consulté. Abraham mène donc sa politique sans demander l'avis d'en haut. Or Dieu avait dit à Abraham, après que Lot l'eut quitté – et là on va enfin voir la réaction: qu'en pense le Bon Dieu, lui ? De l'endroit où tu es maintenant – c'est quel endroit …
Cours de Machon Meir
Dans la même série
Étude de Béréchit, de la Création à la famille de Rivka.
- 7
Noah, grâce et mérite de l'êtrePourquoi la Torah dit à la fois que Noah trouva grâce et qu'il était juste, et ce que signifie la ségoula. - 8
Bereshit 10:21 : des familles aux nations, la chuteLe verset où les descendants de Shem passent de « familles » à « nations », et ce que cela révèle de la violence. - 9
Abraham quitte la maison de Terah pour KenaanLe Rav Cherki montre comment l'appel à quitter l'exil fait passer Abraham de la religion à la politique. - 10
Abraham à Chekhem et son séjour en ÉgyptePourquoi Abraham traverse le pays, l'origine de la ville de Chekhem et la stratégie de Sarah en Égypte. - 11
Abraham, la guerre des quatre rois et le compromisPourquoi Abraham préfère le compromis au jugement, et ce que Lot a payé pour s'être séparé de lui. - 12
Abraham craint-il d'avoir perdu son méritePourquoi Dieu rassure Abraham après la guerre des rois, et ce que signifie le projet national face au projet universel. - 13
Sarah stérile : quand l'idéal se heurte au réelLe verset 1 de Lekh Lekha ; pourquoi la stérilité est attribuée à Abraham, et la servante Agar comme solution humaine. - 14
Abraham, la circoncision et l'alliance avec HachemPourquoi Hachem se révèle comme El Shaddaï, et ce que la circoncision change dans la relation de l'homme à sa Nechama. - 15
Lot, Sodome et la rigueur du jugement divinLe cours relit Genèse 18-19 : Abraham face au tribunal de Sodome, la voie du din et du hessed, et le sauvetage de Lot. - 16
Abimélec et Avraham : le tsadik relatif et la ville de TsoharPourquoi Lot peut sauver Tsohar là où Avraham n'a pu sauver Sodome, et ce que la notion de tsadik révèle.
— un nom de Rav à ajouter, un problème de son ou d'image ?
Une question sur ce cours ?
La réponse s'appuie d'abord sur ce cours, puis sur les autres cours des Rabbanim, avec le passage exact à écouter.
Commentaires et questions au Rav