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Yosef, le supplément d'âme hébreu et la confiance en Hachem

Pourquoi Yosef refuse la femme de Poutifar, et ce que signifie être un Ivri, un hébreu.

12 min

Rav Rony Akrich

Ensuite : Yossef et Yehouda, de la destruction à la construction, 7 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Je reviens à Yosef, puisque maintenant nous avons conscience de détenir un certain nombre d'éléments qui nous permettent d'autant mieux d'apprécier l'événementialité de la conduite de l'homme. Et regardez, Yosef a été vendu en Égypte. Il se retrouve, comment dire, comme homme de maison chez Poutifar. Et ne voyez-vous pas que, agissant pour le mieux dans la fonction qui est la sienne, c'est-à-dire serviteur, homme de maison dans cette maison de haute noblesse, puisqu'on imagine que le sieur Poutifar fut une personnalité éminente de l'oligarchie égyptienne ? Eh bien, ne voyez-vous pas que, pendant que son Altesse Poutifar vaque à ses propres occupations, Madame Poutifar essaie de tenter Yosef ?

Non, pas le diable, non. Elle essaie de tenter Yosef par le diable qui vibre en elle. Et si tout à l'heure nous parlions de Yehouda et de Tamar, la naissance de Peret, c'est-à-dire de cette ontologie de l'histoire qui va pouvoir donner et faire valoir le devenir des Hébreux, et surtout le processus de ce projet divin à travers les Hébreux, il y a là, comment dire, la mise en demeure de Yosef de répondre aux aspirations sexuelles de Mme Poutifar. Eh bien, il y a comme une volonté insidieuse, pernicieuse, de vouloir défaire le sieur Yosef de ses fondements, de ses sous-bassements, c'est-à-dire de ses propres racines.

Et ce n'est pas pour rien que nos sages diront qu'au moment où il se retrouva dans cette situation, apparut dans le reflet d'un vitrage le visage de son père. Car si le fils ne sait pas qu'il est le fils du père, sans Saint-Esprit, je m'en excuse, mais si le fils ne sait pas qu'il est le fils du père, il n'y a rien de solide. Oui, ça ne vous dit rien en français, mais en hébreu: si le ben – ce n'est pas qu'il est le ben du av, du père –, il y a peu de chances que cette lignée soit solide, c'est-à-dire éven, éven en hébreu. Cette éven qui servit de pierre angulaire à la création du monde, éven ha-chtiya, capable de venir et d'abreuver le monde de par sa position inébranlable.

Eh bien, le visage de son père qui se reflétait faisait, dans la rencontre du père et du fils, se révéler cette pierre omniprésente dans leur histoire. Yosef se sauvera. Il ne tombera pas dans les méandres amoureux que lui proposait la femme de Poutifar. Il y avait là, dans cette attitude, quelque chose sans aucun parallèle avec celle de Yehouda et de Tamar, où l'on pourrait dire que c'est une histoire familiale entre les Hébreux. Alors que là, il s'agit de Poutifar l'Égyptienne venant et essayant d'ébranler les fondements, les racines éthiques et morales de Yosef. Vous vous rappelez, je l'avais déjà dit: c'est celui qui se propose comme étant l'homme du supplément d'âme.

Son refus lui coûtera très cher, vous le savez. Il va être accusé, à tort bien entendu, d'avoir voulu profiter de la situation et surtout de Mme la névrosée, femme de Poutifar. Alors il sera jeté en prison, avec d'autres ministres qui, dans une situation de crise économique probante, avaient fait que Pharaon s'était séparé de ses ministres économiques et sociaux. Et voilà que Yosef se retrouve avec ces deux personnages. L'histoire est connue: leur rêve, comment Yosef va être capable d'entendre, à travers le rêve de ses ministres, en fin de compte, quel va être leur devenir véritablement. L'un s'en sortira, l'autre aura la tête tranchée sur les guillotines de Luxor.

Il tient à un moment donné ce propos, lorsqu'il réussit à faire entendre les secrets du rêve, vis-à-vis de celui auquel il est assuré de survivre: « Ne m'oublie pas, ne m'oublie pas. » Et là, dans ce propos, il y a quelque chose de l'identité humaine qu'il est important de révéler. Est-ce que c'est en l'homme que nous espérons ? Est-ce que c'est dans le donateur que nous espérons ? Est-ce que c'est dans l'humain que nous mettons, je dirais d'une manière très plébéienne, l'ensemble de nos billes dans le même sac de l'histoire ?

Et il y a ici, par les commentateurs qui révèlent cela, une volonté d'intelligence, disons, de nous faire entendre que l'homme, avant de se mettre entre les mains de l'homme, doit se remettre entre les mains de l'Éternel. Car concernant, bien entendu, cette histoire particulièrement et l'ensemble des histoires dramatiques de l'homme. Mais d'un autre côté, je ne veux pas que les choses soient mal comprises: bien sûr qu'entre l'homme et l'homme il doit y avoir une relation d'entendement, de compréhension, de fraternité, pour pouvoir retrouver l'Éternel au sommet de ce triangle-là. Dans notre cas précis, il n'est pas question de se refuser à la fraternité, mais de faire appel ici à une confiance exacerbée, comme quoi l'homme pourrait être celui par qui surviendrait la délivrance. En aucun cas.

Et d'ailleurs, Yosef va se retrouver encore pour un long moment avant de devoir être délivré, délivré des douleurs, des souffrances de la nuit dans laquelle il est. Mais il ne perd pas la émouna, parce qu'il voit bien que les hommes ne sont pas ceux qu'il attendait, en tout cas pas celui-ci. Pas celui-là, parce que l'autre est mort aussi. Mais en tout état de cause, il y a chez Yosef une émouna inébranlable, qui reste omniprésente, avec un moment d'échappatoire où il a voulu rencontrer cet homme pour que celui-ci puisse le sortir des griffes de ces nuits obscures de la prison.

Alors oui, il sera sorti de cette prison, parce que l'homme en question, lorsque Pharaon va avoir lui aussi des rêves prémonitoires concernant le devenir de cet empire hégémonique qu'était l'Égypte d'antan, au moment où une économie en plein désarroi se fait jour en Égypte, le ministre en question rappellera au Pharaon qu'il y a un homme qui est en cellule, mais pas n'importe quel homme. Vous savez qui est cet homme ? Cet homme, c'est Yosef Haïvri, le supplément d'âme hébreu.

Le supplément d'âme hébreu est celui que, si vous arrivez à accepter qu'il faille le sortir des griffes de la nuit obscure dans laquelle il a été jeté, et que nous lui permettions de réapparaître, c'est-à-dire de se faire jour, de se faire jour au supplément d'âme, à celui qui est l'hébreu. Je vous rappelle, je l'ai dit, je le répète et je le réitère: l'hébreu, c'est ivri. Ivri, c'est la racine, c'est-à-dire ever, le côté ou le passage. C'est-à-dire le passé, le traversé et le fœtus. C'est parce que nous avons tiré les leçons du passé que nous sommes capables de traverser, de transcender vers un devenir. Et nous pouvons même renaître de nos cendres.

Yosef est ivri, Abraham est ivri; le père de toutes les nations était un Hébreu, le supplément d'âme est un Hébreu. Est-ce qu'il ne faudrait pas entendre ici qu'il y aurait une conjugaison de l'histoire qui passerait inévitablement par l'homme hébreu, ou l'homme, ici porteur d'un nom particulier, aurait une adresse particulière ? Et que la rencontre de cet homme avec cette adresse, de l'homme d'Israël avec cette terre qui lui fut promise, est capable de permettre à l'humanité d'entendre le …

Cours de Machon Meir

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