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Le demi-shekel de Kitissa : le tout et la particule

Pourquoi le demi-shekel fonde l'unité du peuple, entre modestie, égalité et rencontre avec l'autre.

14 min

Rav Rony Akrich

Ensuite : Moïse, les cornes de Michel-Ange et le rayonnement du visage, 6 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

## Le demi-shekel

Boker tov, en direct de Jérusalem, dans l'enceinte du Machon Meir, avec mon ami Rony Akrish. Salam. Alors Rony, cette semaine la paracha, c'est Ki Tissa. Elle m'a toujours interpellé, parce que ça parle vraiment de calcul. Mais on n'est quand même pas des débutants en calcul, en mathématiques. Même mon enfant de 4 ans saurait compter: 1, 2, 3, 4. Non, on nous fait compter avec un demi-shekel, comme si on disait un demi-euro, un demi-dollar.

Tu peux nous expliquer cette notion de demi-shekel ? Je crois qu'elle est significative, symbolique, étant donné que, dans le partage de l'unité monétaire, le shekel en un demi-cycle, c'est vouloir nous faire entendre de prime abord que je ne peux être entier que dans la rencontre avec mon alter, avec l'autre. Peut-être là nous dirons l'alter égo, c'est-à-dire celui qui est comme moi.

C'est en fin de compte ce décompte des demi-cycles: vouloir faire entendre aux enfants d'Israël qu'il n'y a pas de complétude possible, si ce n'est dans la rencontre avec l'autre. Ça fait un peu lévinassien dans le propos, mais c'est exactement cela. On ne peut se résoudre à servir dans le don, tel que la monnaie, si ce n'est que dans ce don il y a cet aspect moral, je dirais, de l'acceptation de l'autre différent, mais qui n'en est pas moins ma moitié, dirais-je, et pas seulement entre masculin et féminin.

Mais, qui plus est, dans l'ordre éthique, c'est-à-dire que dans la pratique de cette morale, de devoir ramener ce demi-cycle, dans cette participation commune, il y a une réalité de l'affirmation de l'unité du peuple d'Israël. On veut transmettre que l'important dans le peuple juif, c'est d'être modeste comme Moshe. C'est de la modestie, de la anava, ce demi.

— Oui, tu as raison, parce qu'il est également dit que le demi-cycle était redevable par le riche comme par le pauvre. Concernant ce demi-cycle en particulier, nous ne parlons pas des dons, qui doivent être individuels, où chacun donne selon ses moyens. Mais le fait, et tu as raison de dire qu'il soit riche ou qu'il soit pauvre, c'est bien révélé encore une fois, au-delà de ce que nous avons dit précédemment, un autre aspect de la moralité sociale à laquelle nous devons appartenir. Modestie et égalité.

Oui, modestie, c'est humilité. Humilité et égalité, absolument. Et alors, toute cette notion de cette paracha, c'est beaucoup l'individu. On parle beaucoup d'individus, et on parle aussi de l'ensemble, le prat et le clal. Qu'est-ce que tu peux nous en dire ?

Il y a déjà chez nos sages de nous dire que l'on ne peut étudier que si nous sommes capables de comprendre la particule vis-à-vis de l'ensemble, et de comprendre l'ensemble vis-à-vis de la particule. C'est-à-dire que dans chaque particule, il y a tout ou partie de l'ensemble, et dans l'ensemble, tout ou partie des particules.

— Tu vas me répéter ça de l'autre côté ?

— Non, ça veut dire que lorsque je parle du peuple d'Israël, je dois entendre toutes les composantes singulières qui composent le peuple d'Israël. Mais quand je parle de l'individu d'Israël... Abraham Azoulay. Eh bien, j'entends que dans Abraham, il y a non seulement la singularité d'Abraham en tant qu'individu, mais il n'en est pas moins un élément essentiel, tout ou partie de cet ensemble. C'est-à-dire que l'homme est dans son propre monde, non seulement le microcosme, mais qu'il possède en lui la dimension macrocosmique. Il y a le tout et l'individuel dans le tout, mais il y a le tout et l'individuel dans l'individu aussi.

Alors cette notion d'ensemble, comme tu dis, on la vit aussi dans cette paracha avec le Veau d'or, cette période qui nous fait encore trembler à chaque fois qu'on entend ce Veau d'or. C'est tout cet ensemble du peuple qui vit un moment assez tragique. Mais est-ce que les moments tragiques de crise, qu'on appelle en hébreu majbér, n'amènent pas aussi des choses positives ?

Je rappellerai le propos de Manitou, qui était absolument extraordinaire et qui faisait la différence entre le drame et la tragédie. Tu employais un moment tragique, lui aurait dit un moment dramatique. Pour la simple raison que la tragédie, elle est comme celle qui était grecque: c'est-à-dire que la tragédie est un drame qui se finit mal, alors que le drame est une tragédie qui se finit bien.

— En quoi le drame est-il une tragédie qui se finit bien ?

C'est-à-dire, comme tu l'as précisé maintenant, que le drame, malgré qu'il soit un drame, est une tragédie, comme nous l'avons dit, mais qui se finira bien. Dans le drame, il y a les éléments nécessaires, potentiels, à un retour sur soi, à un remaniement, à une révolution possible. Alors que dans la tragédie, il y a un drame qui se finit mal, c'est-à-dire que la tragédie en tant que telle a une finitude, celle d'approcher le néant. Alors que dans le drame, il y a le tikoun, on va dire. Le tikoun, c'est-à-dire la possibilité de rester des hommes, porte-parole de l'Éternel, c'est-à-dire créateur aussi.

Et finalement, c'est grâce à Moshe qu'on arrive à ce tikoun, puisqu'il est quand même rapproché de Dieu pour s'interposer, pour ne pas qu'il y ait ce fameux drame.

— Bien entendu. C'est-à-dire que pour ne pas que l'histoire se termine comme une tragédie, Moshe intervient. Il y a là un fait important à rappeler, puisque tu parlais tout à l'heure du demi-cycle, et ensuite du prat et du clal. L'intervention de Moshe ne se fait pas en tant qu'individu Moshe, mais comme celui qui, en son sein, recelait l'ensemble d'Israël. Et donc, lorsqu'il parle, il parle au nom de tout Israël.

Finalement, ce sont des individus qui font avancer le clal. Grâce à un individu qui avance un peu, tout le clal suit. Parce que c'est difficile de faire bouger un ensemble, n'est-ce pas ? Et nous en sommes témoins aussi dans l'actualité, qui est quotidienne à la nôtre. Lorsque nous parlons simplement de ce que nous sommes en train de vivre aujourd'hui, comme effet de cette causalité qu'a été la création de l'État d'Israël, par exemple.

Penses-tu un seul instant qu'il y avait là un mouvement populaire ? Pas du tout. Il y avait un mouvement d'une poignée humaine, d'individus qui se sont engagés corps et âme, au-delà même de toute certitude qu'ils parviendraient à être témoins de ce qu'ils engageaient. C'est un peu la métaphore de ce général romain qui voit le vieillard judéen planter un caroubier et qui lui dit: « Pauvre idiot ! Penses-tu que tu pourras jouir du fruit d'un arbre qui ne donnera ses fruits que dans 70 ans ? »

Il lui répond: « Mon seigneur ! Aurais-je pu penser que je plante un caroubier pour jouir de son fruit dans l'ici et dans le maintenant ? C'est bien parce que je pense à mes enfants, à mes petits-enfants, qui eux jouiront du fruit de ma propre plantation. » Alors oui, ce sont les individus qui sont à l'origine des fruits qui seront appréciés par l'ensemble. Ça, c'est la façon positive.

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