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Moïse, Myriam et les sages-femmes : la résistance en Égypte

Comment les sages-femmes, Myriam et Moïse résistent à Pharaon, et ce que signifie la fraternité (arva).

20 min

Rav Rony Akrich

Ensuite : Le nom de Moshé et le buisson ardent, 7 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Bonjour, chers téléspectateurs. Nous sommes heureux de nous retrouver ensemble, encore une fois, autour de cette épopée, de cette tribulation tanakhique, c'est-à-dire de cette épopée biblique. Nous avions parlé la dernière fois de Yosef. Depuis que Yosef avait disparu, les Hébreux se retrouvaient dans une situation des plus précaires, car le nouveau Pharaon allait faire de cette peuplade, de cet agglomérat humain, une population asservie, parce qu'il le craignait. Il craignait surtout la naissance d'une cinquième colonne qui viendrait remettre en cause la légitimité du pouvoir pharaonique. Alors il va transformer l'Égypte pour les Hébreux en véritable camp de concentration. Les Hébreux vont devenir esclaves, les Hébreux vont devenir des numéros, c'est-à-dire qu'ils n'ont plus de nom. Ils ne sont plus qu'une quantité négligeable, ils n'ont plus la qualité nominale.

Et dans cette Égypte-là, des personnages vont vouloir résister. Le premier exemple de cette résistance, c'est lorsque le nouveau Pharaon, lui qui ne connaît pas Yosef, va décréter, comme ces lois qui, des milliers d'années plus tard, seront décrétées à l'encontre des Juifs, de tuer tous les enfants mâles. Celles qui sont chargées de ce labeur, ce seront les sages-femmes. Ces sages-femmes ont l'ordre, lorsqu'elles voient un enfant mâle, d'en finir avec lui. Ainsi est l'ordonnance, le « Nuremberg » de l'époque.

Et pourtant, ces sages-femmes vont refuser, sciemment, comme de vraies résistantes, de ne pas tuer les enfants mâles. Lorsqu'elles seront convoquées au palais, dans les couloirs du pouvoir, lorsqu'elles arrivent auprès de Pharaon, elles ont déjà réfléchi à la réponse à donner. Elles trouvent des moyens de faire passer des vessies pour des lanternes. Véritablement résistantes. Rien ne les y obligeait. Comme vous le savez, la plupart de ces hommes et de ces femmes, face à l'adversité, comme nous l'avons connue il y a quelques dizaines d'années, sont restés silencieux, et personne ne peut dire aujourd'hui si ces silences ne furent pas collaborateurs. En tout cas, elles ne se taisent pas, elles agissent, et dans leur agissement, elles empêchent que ces enfants puissent mourir.

L'un d'entre eux, qui naîtra sans leur présence, sera sauvé. Sauvé par une mère qui se veut actrice de son histoire, bien entendu, non pas actrice d'un théâtre quelconque, mais où la fille elle-même va agir. Ce qui s'est passé, c'est que cette fille avait entendu son père dire, au vu et au su des événements dramatiques, tragiques: « Quel avenir avons-nous ? Comment faire des enfants ? Il est préférable de divorcer de nos femmes et de ne plus engendrer, car nous n'avons rien à proposer à la génération qui viendrait. » Amram divorça de Yokhévèd.

Leur fille, Myriam, va se placer sur la scène de l'histoire comme l'une des plus grandes résistantes, ce qui n'enlève rien à celle des sages-femmes. Jeune adolescente, elle va venir se présenter devant son père et lui dire: « Père, comment osez-vous ? Pharaon a décrété la mort des premiers-nés mâles. En divorçant de notre mère, vous décrétez la mort non seulement des enfants mâles, mais aussi des filles d'Israël. Comment pouvez-vous ? » Par le verbe qui était le sien, elle ne s'en laisse pas compter et remet en question son propre père, qui se laissera convaincre par de tels propos, si honorables, si respectueux. Et les hommes reprendront leur femme et continueront d'engendrer cette nouvelle génération, qui naîtra en Égypte.

Chez Yokhévèd et Amram naît Moshé, celui qu'on va mettre dans le Nil pour le sauver, dans un petit panier de jonc, et il sera sauvé. Sauvé comme tant d'autres qui le seront par ces sages-femmes qui acceptent la résistance, par cette Myriam qui se veut résistante, par sa mère qui s'engage pleinement. Et vous savez bien plus que cela: Myriam ne s'arrêtera pas au fait que Moshé doit être sauvé des eaux, des eaux dans lesquelles on noyait les premiers-nés. Elle met ce panier d'osier et de jonc sur l'eau et le voit voguer sur le Nil, et la main de l'Éternel n'en est point absente, puisque les courants de ce fleuve font des vagues qui, peu à peu, l'emmènent vers le palais de Pharaon, où se baignait la princesse Bithia avec ses dames de cour, ses demoiselles de cour.

Et voilà Moshé qui se retrouve entre les mains de la princesse. Mais tout ne s'arrête pas là: Myriam intervient encore une fois. Comment cette jeune adolescente, une Hébreue rendue au rang de chiffre, quantité négligeable, pouvait-elle oser, avec outrecuidance, se présenter devant la princesse et lui dire: « Ô princesse, ne serait-ce pas là un enfant des Hébreux ? Voulez-vous que j'aille vous chercher une de ses femmes, afin qu'elle l'allaite jusqu'au temps du sevrage, pour qu'elle puisse vous le rendre après cela ? » Et la princesse condescend, sans nul doute. La résistance paye. Parce qu'elle appelle au respect, à l'honneur, à des valeurs qui ne sont pas négligeables quand on a perdu son nom et qu'on n'est plus qu'une quantité.

Et voilà cet enfant, pardon, qui grandit dans un palais qui lui est totalement étranger. Après son sevrage, il grandit jusqu'à devenir un jeune homme robuste, bien éduqué, une espèce d'être princier, empli de noblesse, mais qui n'en a pas moins conscience qu'il appartient non pas au palais, mais à ces Hébreux qui plient sous le poids du joug de la matière.

Quand son père, enfin, son grand-père virtuel, non pas biologique, lui propose de recevoir un poste en Égypte... Ne voyez-vous pas que demande la direction des camps, les camps de concentration ? Il veut voir ce qu'il en retourne véritablement de ce qui se passe à l'intérieur. Et puis, alors qu'il sort dans les sables des rues de Thèbes, ou de Louxor, ou de Memphis, la première chose qu'il rencontre, c'est de voir des Hébreux qui se disputent entre eux. Rendez-vous compte que cet homme a grandi dans un milieu

qui lui est totalement étranger, où il ne peut avoir conscience de cette identité morale de l'Hébreu, en dehors du fait, je vous l'accorde, qu'il s'est allaité au sein de sa véritable mère biologique. Nous disons que, d'une certaine manière, ce lait absorbé ne pouvait certainement pas diluer l'âme identitaire que portait cet enfant. C'est la seule raison pour laquelle nous acceptons de dire que Moshé a été ému par le statut de ces hommes et de ces femmes.

Je voudrais vous lire un passage où il est dit ainsi: lorsqu'ils voyaient leur souffrance, c'est dans le Midrash Rabba pour ceux que ça intéresse, lorsqu'ils voyaient leur souffrance, ils pleuraient, ils disaient: « Si seulement je pouvais mourir pour vous. » Qui dit « si seulement je pouvais mourir pour toi » ? Quand on aime, aimer, ce n'est pas une déclaration hollywoodienne. C'est une déclaration qui vient faire valoir que ta peine sera ma peine et que tes joies seront mes joies. Je souffre ta souffrance et je me réjouis de tes propres joies.

Voici que Moshé dit: « Si seulement je pouvais mourir pour vous. Il n'existe pas de travail plus pénible que celui de la glaise. » Et alors il allait parmi eux aider chacun à porter son fardeau, car il voyait les hommes faire …

Cours de Machon Meir

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