Le Rambam et les cinq parties de l'âme : ce qui relève de la liberté
Pourquoi seules trois des cinq facultés de l'âme engagent la morale, selon le chapitre 2 du Shemoneh Prakim.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Les trois dernières forces de l'âme selon le Rambam, 55 min
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## Introduction aux cinq parties de l'âme
Shalom. Nous continuons notre étude du deuxième chapitre des Chemonah Perakim de Rambam, c'est-à-dire du traité des huit chapitres, et nous sommes arrivés à la fin du deuxième chapitre. Je vais vous lire ici les dernières lignes. Vous vous rappelez très bien que, d'après Rambam, d'après Maïmonide, l'activité de l'âme humaine se divise en cinq sortes d'activités, qu'on appelle en hébreu zan, margich, médamé, mithorère et sikhli.
Zan, cela veut dire tout ce qui est l'activité physique, la physiologie humaine. Margich, cela veut dire les sens. Médamé, c'est l'imaginatif, ce qui veut dire à la fois la mémoire et l'imagination. Mithorère, ce sont les sentiments. Et sikhli, il s'agit de la faculté intellectuelle.
C'est très intéressant, mais qu'est-ce que cela nous dit sur le plan moral ? Rambam nous a expliqué au début du deuxième chapitre que, pour que la morale soit possible, il faut supposer tout d'abord que l'homme est libre. C'est-à-dire que je ne suis responsable que des choses pour lesquelles j'ai de la liberté, la liberté de choisir entre le bien et le mal. Mais si je suis contraint par ma nature de faire du bien ou de faire du mal, je ne suis ni responsable, ni louable, ni condamnable.
C'est-à-dire qu'on ne peut pas, par exemple, accuser un volcan en éruption d'être méchant. On ne peut pas louer la pluie de faire pousser le blé. La pluie, comme le volcan, agissent par voie de nature. Il y a également dans chaque homme des fonctions qui lui sont naturelles. Par exemple, la digestion: on ne peut pas reprocher à quelqu'un d'avoir digéré ou de ne pas avoir digéré un aliment. C'est quelque chose auquel il est contraint.
Par contre, on peut lui reprocher d'avoir introduit tel aliment dans son tube digestif ou de ne pas l'avoir introduit. Par exemple, l'interdiction faite par la kashrout de manger certains aliments dépend de la liberté humaine. Il y a des parties de notre être qui sont libres, il y a des parties qui ne le sont pas, et la nature ne concerne que les parties libres.
Alors, dans ces cinq parties du nefesh, ces cinq parties de l'âme, quelles sont celles qui sont libres dans leur activité, et donc sujettes à la morale, à l'impératif moral, et quelles sont celles de notre être qui sont contraintes et qui ne sont donc pas soumises à l'impératif moral ? Rambam nous a expliqué que, sur les cinq parties, il y en a trois qui sont libres et deux qui relèvent de la nature.
Les trois libres, nous l'avons vu, sont: le margich, c'est-à-dire les sens. Je peux employer mes sens librement, je peux ouvrir les yeux ou les fermer. Je peux entendre ou ne pas entendre, goûter ou ne pas goûter, respirer ou ne pas respirer, toucher ou ne pas toucher. Donc, au niveau du margich, je suis libre.
Il en est de même du mithorère. Le mithorère, c'est toute la vie intérieure des sentiments, ce qu'on appelle les midot. Cela peut être la joie ou la tristesse, la colère ou la tranquillité, l'orgueil ou l'humilité; tout cela fait partie du mithorère, et tout cela est libre. L'amour et la haine, tout cela est libre. Je peux décider d'aimer, je peux décider de ne pas aimer, ou même de haïr; cela est entièrement libre.
Et il en est de même pour le sikhli, l'activité intellectuelle. Nous avons développé très longuement ce sujet. L'activité intellectuelle est entièrement libre. Elle aussi dépend exclusivement de mon choix: je peux orienter ma pensée, ma réflexion, de telle sorte que j'arrive à telle conclusion ou que je n'y arrive pas. Cela veut donc dire qu'il y a trois parties qui sont concernées par la morale.
Il y en a deux, sur les cinq, qui sont entièrement sous l'empire de la nature, et donc pour lesquelles il n'y a ni commandement dans la Torah ni impératif moral. Il s'agit du médamé et du zan. Le médamé, l'imaginatif, et le zan, l'appétitif, ou en tout cas toutes les fonctions corporelles. Je ne suis pas responsable de la rapidité de la circulation de mon sang, ni des rêves que je fais pendant la nuit.
Je suis responsable de ce avec quoi j'ai alimenté mon subconscient pendant la journée. Mais quand je dors, il n'y a pas de halakha, il n'y a pas de règle dans la Torah qui me dit de quoi j'ai le droit de rêver et de quoi je n'ai pas le droit de rêver. Tout cela est entièrement indépendant de l'enjeu moral. C'est ce que dit ici Maïmonide, et je lis maintenant le texte.
Mais la partie appétitive et la partie imaginative... Il n'y a ici ni qualité ni défaut. On dira simplement qu'il s'alimente, que sa partie appétitive est en bon état, ou en mauvais état. Comme on dit de telle personne: sa digestion est bonne, ou sa digestion...
... ou bien il a l'imagination détériorée, ou il a une bonne imagination. Il n'y a ici ni qualité ni défaut. C'est ce que nous voulions vous exposer dans ce chapitre.
Pour bien résumer, une des conditions fondamentales de la vie morale, c'est la liberté. S'il n'y a pas de liberté de choisir entre le bien et le mal, il n'y a pas de moralité. Il y a donc une partie de notre être qui est sous l'empire de la nature, le zan et le médamé, l'appétitif et l'imaginatif. Nous ne sommes pas responsables de ce qui se passe là, mais nous sommes responsables de toutes les autres parties, c'est-à-dire de ce avec quoi nous alimentons ces parties-là.
C'est donc la partie intellectuelle et la partie émotive et sensitive qui est le lieu des midot, et dont traite le traité d'Avot, auquel Maïmonide donne cette introduction, qu'on appelle le chemin des Perakim. Puisque c'est ainsi, nous allons tout de suite et d'emblée entrer dans le troisième chapitre.
Nous avons dit que la morale, c'est choisir entre le bien et le mal. D'accord. Mais qu'est-ce qui m'assure que telle chose est le bien et que telle autre est le mal ? Il faut une définition, il faut un critère à partir duquel je pourrais savoir: le bien, c'est jusque-là, et le mal, c'est à partir de là.
Alors, vous allez me dire: c'est très simple, ce que la Torah a dit être le bien est le bien, et ce que la Torah a dit être le mal est le mal. Mais c'est extrêmement insuffisant comme réponse, pour une raison très simple: pour comprendre ce que dit la Torah, il faut déjà avoir une connaissance préalable de ce qu'est le bien et de ce qu'est le mal. Or, cette connaissance ne nous vient pas de la Torah; elle vient auparavant.
En effet, dans le traité de Kiddouchin, nos sages nous ont dit, à propos de la Torah, qu'elle est comme un baume, un sam. Sam veut dire un baume, mais cela peut aussi vouloir dire un poison, en tout cas toutes les mixtures qui ne sont pas les aliments habituels. Et la Torah est un baume parfait. Le Talmud nous dit: …
Cours de Machon Meir
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