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L'unité de l'âme humaine selon Maïmonide

Pourquoi l'âme est une malgré ses fonctions multiples, et ce que cela implique pour la responsabilité morale.

20 min

Rav Oury Cherki

Ensuite : Les cinq parties de l'âme selon le Rambam, 18 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Shalom. Aujourd'hui, nous avons un grand plaisir: nous commençons le premier chapitre des Shemoneh Prakim. Jusqu'à présent, nous étions dans les introductions que Maïmonide donne aux Shemoneh Prakim. Maintenant, nous entrons dans le premier chapitre.

Les Shemoneh Prakim, les huit chapitres, se divisent en deux parties, cinq et trois, c'est-à-dire les cinq premiers chapitres et les trois derniers, chapitres six, sept et huit. Quelle est la différence entre les cinq premiers et les trois derniers ?

Les cinq premiers constituent un ensemble, c'est-à-dire tout ce qu'il est nécessaire de savoir pour se comporter d'une manière morale, choisir le bien et refuser le mal. Les trois derniers chapitres traitent de questions annexes. Elles sont importantes, ce sont des questions qu'on se pose souvent, mais elles ne sont pas indispensables pour fonder la morale. Les cinq premiers, c'est très important.

De quoi parlent les cinq premiers ? Tout d'abord, les deux premiers chapitres, et un peu le troisième, nous disent ce qu'il faut savoir sur l'âme humaine pour que la morale soit possible. Le premier chapitre parle du fait que l'âme humaine est une, qu'elle forme un seul ensemble. Le deuxième chapitre nous parle de la liberté humaine. C'est très important.

Si on oublie que l'âme est une, la morale n'est pas possible. Par exemple, si on me demande: pourquoi t'es-tu mis en colère ? La colère est un vilain défaut. Je répondrai: mais pas du tout, nenni, ce n'est pas moi qui me suis mis en colère, c'est mon âme coléreuse, mon âme colérique qui s'est mise en colère. Mon âme intellectuelle, elle, est restée dans la toute limpidité.

Je suis donc deux personnes. J'ai en moi une personne qui se met en colère, il y a une personne en moi qui est généreuse, il y a une autre personne en moi qui est douée de penser, et une autre encore qui est douée de volonté. On peut ainsi subdiviser l'âme humaine, de sorte qu'il n'y a plus de responsabilité. Et c'est pour que la responsabilité morale soit possible que Maïmonide dit: sache que l'âme est une.

Imaginez par exemple pour la colère, mais on peut dire la même chose pour ce qui est de l'alimentation. Vous savez qu'il y a des lois alimentaires selon la Torah. On n'a pas le droit de manger n'importe quoi, tout simplement parce qu'on est ce que l'on mange. Si je mange quelque chose, ce quelque chose fait partie de ma personne. Ma personne, c'est aussi ma pensée, c'est aussi ma conception du monde. Il y a donc une conséquence, même au niveau rituel, au fait que l'âme de l'homme est une.

Le premier chapitre, qui nous parle de l'unité de l'âme, explique la responsabilité qui découle de cette unité. Le deuxième chapitre nous parle de la liberté. Si je ne suis pas libre de faire ce que je fais, je ne suis pas responsable. Il est donc très important de savoir que je suis libre, à quel point je suis libre, et dans quelle partie de ma personne je suis libre, pour savoir où se fait le travail moral.

Nous allons donc passer d'emblée au premier chapitre, qui porte le sous-titre Benefesh ha-adam ve-hochoteha, « De l'âme humaine et de ses forces ». Da shenefesh ha-adam ahad: « Il faut que tu saches, » dit Maïmonide, « que l'âme de l'homme est unique, ».

Et qu'elle a différentes actions, divisées. On nomme ces différentes actions du nom de nefashot, des âmes. C'est-à-dire: je suis une seule âme, j'agis dans différents domaines, et chaque domaine est appelé, par extension, du nom d'âme. Mais en vérité, il n'y en a qu'une seule.

Par exemple, lorsque je mange, on parlera d'âme nutritive. Mais en vérité, il n'y a pas d'âme nutritive. Il y a une seule âme, qui est la même âme qui pense. Il n'y a donc pas non plus d'âme intellectuelle à part: il y a une seule âme, qui parfois pense, mais qui est aussi la même âme qui mange. Ce sont différentes actions d'une seule et même unité. Je suis donc un être unique, pas de schizophrénie, pas de dédoublement de la personnalité. Je ne suis qu'une seule et même personne. Parfois, cette seule et même personne s'occupe de penser, parfois elle s'occupe de manger, mais c'est la même.

Je reprends ici le texte: différentes actions, nefashot, du nom de nefashot, des âmes. C'est pour cela qu'on considère, mais ce n'est pas la vérité, que l'homme possède plusieurs nefashot, plusieurs âmes, comme l'ont compté les médecins.

Le maître de tous les médecins — il s'agit ici de Galien, un médecin grec qui s'occupait de l'empereur romain Marc Aurèle, et qui est l'un des plus grands médecins de l'Antiquité, dont les écrits étaient étudiés au Moyen Âge — le maître de tous les médecins, Pétirhat Sifo, a mis dans l'introduction de son livre que les âmes sont au nombre de trois: l'âme naturelle, l'âme vivante ou animale, et l'âme pensante. Vous avez donc ici cette division.

Elle est comme si l'homme était fait de trois âmes superposées l'une à l'autre. Maïmonide nous dit que c'est utile de se servir de cette division pour des raisons pratiques, mais en vérité, il faut savoir que c'est la même âme. Vous avez donc ici trois désignations de l'âme: l'âme naturelle, l'âme animale, et l'âme pensante. Pour bien s'y retrouver, sachez que ces trois âmes ont différents noms.

Par exemple, dans la littérature hébraïque rabbinique, je vais vous les donner. La première âme, celle qu'on appelle tiv'it, on l'appelle aussi l'âme végétale, tsomahat. C'est cette partie de l'âme qui est commune aussi bien aux hommes qu'aux chats et qu'à la laitue, à sa croissance. La laitue peut être remplacée par la carotte, d'ailleurs, parce que le topinambour a lui aussi son âme végétale, sa fonction végétale.

La laitue n'est amenée que comme exemple. Le chat, la girafe, le zèbre, l'éléphant ou le lézard ont un supplément de capacité que n'ont pas les laitues. Les laitues ne sont pas capables de se nourrir, d'aller chercher leur nourriture ailleurs: elles se nourrissent de l'endroit où elles sont plantées. Quand elles sont détachées du sol, elles ne se nourrissent plus. Tandis que le chat, lui, sait se nourrir, sait aller chercher sa nourriture. Il la va chercher dans les poubelles. Certains disent qu'il fait la chasse aux souris. Nous savons avec certitude qu'il trouve sa nourriture dans les poubelles; certains disent, et il y a des témoignages à ce sujet, que les chats sont également capables de chasser les souris, mais cela reste encore à prouver.

Vous avez aussi des fonctions supplémentaires. Cette âme qu'on appelle l'âme animale, que l'on trouve chez les chats, les zèbres et les lézards, est appelée en hébreu Nefesh Chiyunit, ou parfois Nefesh Behemit, parce qu'il y a deux mots en hébreu pour dire animal, Chaya et Behema. Donc parfois on dit Nefesh Chiyunit, parfois Nefesh Behemit.

Et puis vous avez la troisième fonction, celle qui est propre aux hommes: la pensée. On appelle donc cette âme de l'homme l'âme pensante. On l'appelle parfois Nefesh Nafshit, parfois Nefesh Hoga, Nefesh Diberit ou …

Cours de Machon Meir

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