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Yossef et Yehouda, de la destruction à la construction

Comment la fraternité brisée se répare, de la vente de Yossef à l'arbre unique d'Israël selon Yehezkel.

7 min

Rav Rony Akrich

Ensuite : Yaakov n'est pas mort : les victimes et la vie d'Israël, 6 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Chers téléspectateurs, shalom, heureux de vous retrouver depuis Jérusalem sur la chaîne de Machon Meir. Nous allons essayer de nous entretenir, dans les quelques minutes qui nous sont octroyées, de cette relation entre Yosef et Yehouda. J'ai appelé cela une sorte de jeu de construction. Oui, au départ, il y a un jeu de destruction, lorsque Yehouda, avec ses frères, fait coalition afin de se débarrasser de Yosef.

Après le silence indifférent, qui sera particulièrement celui de Yehouda, parce que Chimon et Lévi veulent le tuer, Yehouda dit, en fin de compte: non, nous allons le vendre, nous séparer de lui en le vendant et non en le tuant. Question bien entendu importante: qui est le pire ? Celui qui veut le tuer, ou celui qui le vend ? J'ai la faiblesse de penser, de croire que le pire est ici, Yehouda. Car si les autres veulent tuer Yosef, c'est parce qu'ils le considèrent comme un concurrent, alors que Yehouda, lui, fait le choix de vendre.

Yosef, aux Égyptiens, fait preuve ici d'une indifférence des plus totales, et l'indifférence, ici, est beaucoup plus mortelle, mortifère, que celle de tuer véritablement Yosef.

Le dialogue, dans cette fin du livre de Béréchit, va s'engager de nouveau. Pourquoi Yehouda, dans la paracha de Vayigach par exemple, où il va vers Yosef, prêt au combat, prêt au dialogue aussi ? C'est bien entendu aussi après cette fameuse histoire avec sa bru, avec laquelle il aura eu des relations qui donneront naissance à une descendance à l'origine de la lignée de David, mais surtout ce que s'abrut Tamar.

Elle lui dira et lui fera reconnaître, bien évidemment, qu'on ne peut pas être indifférent ni à son frère, ni à sa bru, ni à l'enfant qu'elle porte, bien entendu. Alors, dans cette rencontre, où Yehouda rétablit le dialogue, en fin de compte, et Yosef, bien entendu aussi, il y a une alliance renouvelée.

Une alliance renouvelée, précisons-le, dans la relation entre Yosef et Yehouda, sans que l'un ou l'autre ne perde de sa spécificité, de sa particularité. Comment préserver l'unité ? Et bien sûr, faire très attention au dualisme, ce qui voudrait dire, comme auparavant, que Yosef représente un danger, parce que sa nature identitaire est à même d'empêcher la pleine révélation des autres, et Yehouda pensait exactement de la même manière. Il y a donc le danger de la dualité, mais ce qu'il faut, envers et contre tout, c'est préserver cette unité.

Oui, Yehouda rétablira le dialogue lorsqu'il se rend auprès de Yosef, prêt au combat, même contre Yosef.

Mais le geste que fera Yosef, enfin, plutôt la parole qui sera celle de Yosef, est absolument extraordinaire, puisqu'elle vient déclarer à ces hommes, qui avaient brisé la fraternité, qu'il est leur frère. De la même manière qu'il les recherchait, le voilà qu'il les retrouve et les considère encore et toujours, malgré les péripéties qui ont accompagné son exil à lui. Yosef, il est clair qu'il continue à définir le relationnel entre lui et ses frères comme étant celui de la fraternité.

Dans la paracha de Vayigach, il y avait une haftara absolument très intéressante, celle de Yehezkel, qui, d'une manière métaphorique, nous parle de l'arbre de Yehouda et de l'arbre de Yosef. Alors, bien entendu, Onkelos traduit cet arbre à sa manière. Vous savez qu'Onkelos était un Romain converti au judaïsme, qui deviendra, avec Rachi, le commentateur du texte biblique et prophétique. Eh bien, Onkelos parlera d'un tableau sur lequel nous pouvons inscrire, sur lequel nous pouvons écrire l'histoire, bien entendu.

Et donc l'arbre de Yehouda et l'arbre de Yosef, dont Yehezkel nous entretient, se réuniront comme un seul et même arbre. Lequel ? Celui d'Israël.

Cette possibilité que le tableau d'Onkelos vienne exprimer, transcrire l'image que veut nous donner le prophète Yehezkel, est absolument extraordinaire, car sur ce tableau, où les particularités ne sont pas oubliées, il y a cette capacité à pouvoir se réunir et se retrouver.

Un exemple: chez nous, dans le couple, lorsque les êtres s'aiment, lorsque « je-tu »…

« Je » ne veut pas tuer « tu », et « tu » ne veut pas tuer « je ». Pourquoi ? Parce que « je » et « tu » aspirent à devenir « nous ». Cela s'appelle la première personne du pluriel. Mais c'est une première personne du pluriel parce que dans ce pluriel, il y a bien sûr le couple, mais où le couple n'a surtout pas annihilé ni le « je », ni le « tu », bien entendu.

Le tronc de l'arbre, encore une image, et il reste qu'elle, de cette métaphore de l'arbre: le tronc est enraciné sur terre, et les branches sont dirigées vers le ciel. Ah, bien sûr, une symbolique entre deux mondes: entre le monde de l'immanence terrestre et le monde de la transcendance divine. Le rapport entre ces deux mondes peut paraître dualiste, entre le ciel d'un côté et la terre de l'autre.

Il est clair que le corps et l'esprit ne peuvent rester seuls, chacun face à lui-même; ils n'ont aucun devenir. Ce n'est qu'ensemble, chez l'individu que nous sommes, qu'ils ont un devenir. Eh bien, le corps et l'esprit se réalisent et se créent.

Alors, nous nous rappelons bien sûr le témoignage de la relation de ces deux sœurs, Rachel et Léa, de cet amour dans l'amitié entre Yonatan et David. Yonatan, qui est le descendant de la royauté de Chaoul, peut bien évidemment vouloir affirmer qu'il est le prince consort, et véritablement il accepte ici de sortir pour laisser place à David. Quel amour, quelle amitié, cette capacité à entendre que, dans les différences qui sont les nôtres, nous sommes capables de révéler, bien entendu, cette unité.

La messianité de Yosef et la messianité de David sont deux époques qui nous amèneront vers le messianisme, c'est-à-dire la rédemption de l'humanité. Yosef, ce sera l'État, et David sera le Mikdach. Nous aurons besoin de l'un et de l'autre, grâce à un seul ingrédient, celui de l'amour entre les uns et les autres.

À très bientôt.

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