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La souffrance d'Israël en Égypte et le cri qui monte vers Dieu

Pourquoi la mort de Pharaon ouvre l'espace du cri intérieur, et ce que le peuple doit à l'étranger, la veuve et l'orphelin.

19 min

Rav Rony Akrich

Ensuite : La faute d'Adam N'EST PAS À CAUSE d'un SERPENT, 1 min

Début du cours (texte)

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Rony Acriche: Boker tov à vous, chers téléspectateurs, toujours dans cette émission En tête à tête, avec mon ami le Rav Yoël Benaroche. Boker tov, Yoël.

Rav Yoël Benaroche: Bonjour, monsieur Rony Acriche.

Rony Acriche: Nous allons nous entretenir, bien sûr, en cette veille de fête de Pessah, de la fête en elle-même, mais surtout de ce qu'elle vient nous dire, ou nous faire entendre. Yoël, j'ai l'impression, quand je lis ce verset, que d'un côté les enfants d'Israël souffrent énormément, et que, en conséquence de cette souffrance, s'élève un cri, un hurlement. Mais j'ai aussi la nette impression que l'Éternel ne prend conscience, entre guillemets, de la souffrance, de la douleur inhérente à l'esclavage des enfants d'Israël, qu'après que ce cri a été entendu. Pourrions-nous dire, foncièrement, que le cri des enfants d'Israël, émis dans la douleur et dans la souffrance, s'adresse à Dieu ? Ou est-ce le cri de la souffrance et de la douleur ?

Rav Yoël Benaroche: Il y a ici une double information. D'abord, le Pharaon meurt. C'est-à-dire qu'il y a comme un arrêt, un espace donné pour pouvoir intervenir. C'est comme si Dieu laissait la place à l'homme pour intégrer son sentiment. Tant que le Pharaon est vivant, les enfants d'Israël n'ont pas le temps même de réfléchir à leur souffrance. Dès que le Pharaon meurt, quitte ce monde, en tout cas ce premier Pharaon en question, il n'y a qu'un espace donné à l'homme pour pouvoir élaborer son identité propre. Et c'est à ce moment-là que son cri, ce n'est pas une prière. En réalité c'est la plus forte des prières, parce que c'est une zéraka, ce n'est même pas une tzéraka, c'est une zéraka. C'est-à-dire, j'allais dire, un cri animal, que les enfants d'Israël poussent à l'intérieur d'eux-mêmes. Et ce cri est tellement profond qu'il atteint le degré de Elohim.

Rony Acriche: Au moment de la mort de Pharaon, on est comme dans un moment creux, entre l'espoir et le désespoir des enfants d'Israël, ce qui fait que le cri est peut-être d'autant plus profond.

Rav Yoël Benaroche: Tout à fait. Ce vide laisse en fait un espace d'intervention pour l'homme. Tant que les choses continuent, et je pense qu'il y a une information très importante pour commencer à comprendre la douleur dans laquelle l'homme se trouve, il faut qu'il prenne le temps, l'espace, un recul par rapport à la situation donnée. Ça, c'est la mort du Pharaon. Si le Pharaon n'était pas mort, on aurait pu continuer l'esclavage presque sans s'en rendre compte. Et ça, c'est très grave. La mort de Pharaon leur fait ressentir d'autant mieux que la coupe est pleine, en quelque sorte.

Rony Acriche: Tout à fait. Et je dirais même que, dans l'impression du verset, en tout cas ce qu'il me laisse comme impression, il y a aussi une question qui va bien au-delà de l'Égypte: ai-je besoin, pardon, d'être un homme de la émouna pour que mon cri soit entendu ? Ou bien, peu importe, est-ce que Dieu n'entend que le cri de la émouna, ou est-ce qu'il entend tous les cris ?

Rav Yoël Benaroche: Je pense que le cri n'a pas réellement un sens, même pour ceux qui le poussent, ce cri. Au moment où il pousse ce cri, c'est un cri de l'intérieur. Je ne sais même pas s'il était audible aux hommes. J'ai l'impression qu'il y a ici un cri de l'intériorité: la partie essentielle de l'homme, la partie de son essence, c'est elle qui pousse ce cri. C'est elle qui dit: je n'en peux plus, je suis dans un contexte qui m'étouffe, je ne peux plus vivre de cette manière. C'est un cri que nous pouvons pousser, chacun de nous, dans n'importe quelle situation de la vie. Ce n'est pas un cri audible aux autres, et peut-être même pas à soi-même. C'est un cri de l'intérieur, un élan de la néchama qui reprend conscience de son élément vital et qui ne peut plus vivre en dehors de son identité véritable.

Rony Acriche: Alors le verset nous dit justement que, quand l'homme pousse ce cri de l'intérieur, qui n'est pas audible, Dieu, lui, l'entend comme si c'était un cri audible.

Rav Yoël Benaroche: C'est-à-dire que le cri de la néchama, qui est silencieux en fait, est audible pour Kadosh Baroukh Hou. On pourrait donc ne pas l'appeler cri, mais l'appeler plutôt souffrance, douleur. C'est ce ressenti intérieur. D'ailleurs, c'est dit en hébreu: ça s'appelle une Anakha. Une Anakha, c'est ce qu'on appelle en langage ashkénaze un Krecht, c'est-à-dire ce cri. Et le verbe la-da'at, ici, vient parler d'une conjugaison, comme d'une conjugalité entre l'Éternel et ceux qui sont dans cette souffrance et cette douleur. C'est à ce moment-là que c'est ce qu'il a entendu.

Rony Acriche: Ma question portait sur ce que je viens de dire. J'avais remarqué, dans un pet rouge du Ramban à ce propos, une phrase du Rambam que j'ai notée: étant donné que l'Éternel est miséricordieux, le ressenti de l'homme dans la souffrance, dans cette douleur, est automatiquement, indubitablement, entendu par l'Éternel. Et à ce propos, je trouve qu'il est de bon aloi de rappeler un passage concernant cette sortie d'Égypte, concernant la souffrance et la douleur de ceux qui souffrent: « Faites attention à votre comportement vis-à-vis de ceux qui sont les étrangers, la veuve et l'orphelin », c'est-à-dire ne les faites pas souffrir, ne les endolorissez pas. Si jamais vous les faisiez souffrir, celui qui est dans le statut d'étranger, de veuve et d'orphelin, c'est-à-dire ceux qui sont, disons-le clairement, sans défense...

Rav Yoël Benaroche: Oui, mais je voudrais revenir sur ce que tu as dit tout à l'heure. C'est vrai que la souffrance est entendue par Kadosh Baroukh Hou, mais cela s'appuie sur ce que tu as commencé à dévoiler. Je ne sais pas si nos téléspectateurs ont compris le sens profond. Kadosh Baroukh Hou ne dit pas seulement « je comprends, je sais combien il souffre ». En hébreu, le mot la-da'at, c'est: je m'identifie à sa douleur. Il y a ici quelque chose de très puissant, comme si l'Éternel lui-même souffrait de la souffrance des enfants. C'est pour cela que j'ai employé le mot conjugué: je me conjugue avec.

Rony Acriche: Tout à fait.

Rav Yoël Benaroche: Lorsque l'Éternel lui-même ressent cette souffrance, on pourrait dire qu'en réalité l'exil des enfants d'Israël est aussi l'exil de Dieu lui-même. Car tant que les enfants d'Israël ne se délivrent pas de cette Égypte en question, c'est comme si l'éternité, en tout cas les valeurs de l'Éternel, ne pouvaient pas se réaliser sur terre. Ainsi, c'est lui-même, l'Éternel, qui se trouve dans un état d'exil, un exil, en réalité, de son propre monde qu'il a lui-même créé. Tant que l'Éternel ne revient pas dans ce monde, ne se dévoile pas dans ce monde, il est lui-même dans un exil.

Rony Acriche: C'est exact. Juste là où je voulais t'emmener, pour un instant, c'est de faire entendre à nos téléspectateurs, qui ne sont pas Israël, qu'on appelle Bné Noa'h, ou non-juifs …

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