Iftah face au roi des Ammonites : négocier avant la guerre
Les arguments d'Iftah, historiques et moraux, pour répondre aux revendications d'Ammon avant de combattre.
Rav Rony Akrich
Ensuite : Lag BaOmer : Rabbi Shimon bar Yochaï et la souveraineté sur la terre, 18 min
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Mes chers amis, Shalom, Boker Tov, depuis les studios de la télévision de la Yeshiva de Machon Meir à Jérusalem. Vous savez, nous allons lire cette semaine la Haftara qui concerne Yiftah le Galaadite. Cet homme va rencontrer le roi des Ammonites, qui est prêt à déclarer la guerre à Israël, mais Yiftah a ses propres raisons pour lesquelles il veut engager des négociations.
Les hommes politiques d'aujourd'hui ont-ils lu, et c'est là la question, le premier chapitre du livre des Juges, Choftim, qui décrit le processus de paix, entendez bien, mené par Yiftah avec les Ammonites ? Il y avait alors un vaillant guerrier, Yiftah le Galaadite. C'est à lui que les anciens de Galaad vont s'adresser lorsque le peuple d'Israël se trouve dans la détresse, aux abords de l'agression.
En effet, nous étions en mauvaise position: les Ammonites nous avaient déjà attaqués précédemment, et à ce moment-là, nous avons ressenti la carence du chef. C'est pourquoi le peuple, ou plutôt les anciens, vont aller voir Yiftah et lui demander de prendre la tête du peuple afin de combattre et de sauver l'honneur moral et l'honneur physique d'Israël, bien entendu. Yiftah n'était pas un chef officiel.
Il avait injustement, je vous le rappelle, été mis en marge de la société par ses propres frères. Convoitise d'héritage, nous passons sur le sujet. Mais cet homme n'en était pas moins un grand combattant. C'est cela qu'il faut se rappeler. Quelle fut la première démarche de Yiftah ? Eh bien, Yiftah, je lis le texte:
« Yiftah envoya une députation au roi des Ammonites pour lui dire: qu'ai-je à démêler avec toi, que tu sois venu porter la guerre dans mon pays ? » C'est-à-dire que, face à la volonté belligérante des Ammonites, Yiftah dit: « nous allons ouvrir des négociations ».
Ce combattant, aussi vaillant soit-il, n'est pas prompt à la guerre. Et Rabbi Yitzhak Abravanel, un éminent commentateur du Tanakh, qui était d'ailleurs un excellent et très grand politicien, ministre des cours du Portugal et d'Espagne, puis plus tard à Venise, fait l'éloge de sa démarche de recherche de la paix avant tout.
Quelle est la réaction du roi des Ammonites, je lis: « Israël, étant sorti d'Égypte, s'empara de mon pays depuis l'Arnon jusqu'au Yabbok et jusqu'au Yarden; et maintenant, rends-le-moi à l' Amiab. » C'est-à-dire: donne-moi des territoires, et moi je te donne la paix. Ça vous rappelle quelque chose ? Tant mieux. Aucun problème donc pour le roi des Ammonites, mais un véritable problème pour nous. Les pourparlers semblent avoir échoué à un moment donné, mais Yiftah ne considère pas la partie comme perdue.
Il envoie mission après mission diplomatique, en déployant cette fois son argumentation. Et cette argumentation, pour ceux que ça intéresse, est minutieusement et merveilleusement commentée par Don Yitzhak Abravanel. Premièrement, dans l'argumentation de Yiftah, Yiftah restitue d'abord tous les faits: la guerre que nous avions menée n'était nullement contre Ammon, mais contre Sihon, roi des Amoréens, lequel avait précédemment conquis les territoires d'Ammon. Un cours d'histoire. Ce n'est certainement pas à vous, les Ammonites, de venir avec des réclamations contre nous, mais à Sihon, qui lui était propriétaire. Si quelqu'un veut revendiquer, que Sihon vienne revendiquer, mais pas vous, Ammon, qui aviez conquis Sihon: venez revendiquer ce qui appartient à Sihon.
Deuxième explication: ce n'est pas nous qui avons attaqué Sihon, mais c'est lui qui nous a agressés. Oui, ça nous rappelle des choses, bien entendu. Lorsque des émissaires d'Israël ont été envoyés à Sihon, Sihon ne se contenta pas de refuser le passage à travers le pays, mais il engagea une guerre acharnée contre nous. Eh bien, de cette conquête, nous pouvons dire qu'il s'agissait d'une guerre de défense. Tout à fait légitime.
Troisième point: la guerre de Moïse contre le roi Sihon a été déclenchée par la volonté divine. Votre conflit n'est donc pas dirigé seulement contre le peuple d'Israël, mais vous vous rebellez contre la volonté de l'Éternel. Quatrièmement, et pas des moindres: pendant 300 ans, depuis la conquête de Moïse jusqu'à maintenant, où vous me parlez à moi, Yiftah, cette terre n'était pas entre vos mains. Et alors, soudainement, vous vous êtes levés, comme ça, peut-être du pied droit au gauche, revendiquant la terre sur laquelle nous vivons et nous existons.
Vous l'avez vu: Yiftah utilise des arguments historiques, moraux, religieux, et des arguments de bon sens. Ammon était pourtant bien décidé à faire la guerre.
Il décida de ne pas livrer une guerre de défense sur notre territoire, mais de procéder à une contre-attaque en terre ennemie. Qui ? Yiftah ! Lorsqu'il vit les résultats, nulle guerre de défense, mais une contre-attaque en terre ennemie. Et la campagne fut un succès pour Yiftah.
Alors bien sûr, aujourd'hui, à l'heure où je vous parle, nous ne pouvons que suggérer à tous nos politiciens qui poursuivent des pourparlers, des négociations de paix avec nos ennemis, de s'y préparer préalablement en étudiant avec le plus grand sérieux les attitudes de leurs prédécesseurs. Car, comme on le sait, les paroles de nos prophètes ne furent pas écrites pour nous conter ce qui s'est passé seulement, mais aussi ce qui se passerait certainement.
Je vous dis à très bientôt. Shalom, shalom.
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