Abraham craint-il d'avoir perdu son mérite
Pourquoi Dieu rassure Abraham après la guerre des rois, et ce que signifie le projet national face au projet universel.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Sarah stérile : quand l'idéal se heurte au réel, 60 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Le chapitre Tetvav, au verset Aleph, et nous avons commencé par une question sur le verset Aleph qui était: « De quoi Abraham a-t-il peur ? » Je reviens ici au verset: Ahar ha-devarim ha-éleh, c'est-à-dire: à la suite de ces choses-là, de la victoire d'Abraham contre les rois, Hayah devar Hachem el-Avram ba-mahazeh, la parole de Dieu est apparue à Abraham dans une vision, en lui disant: Al tira Avram, ne crains rien, Abraham.
La question était qu'en fait, cet avertissement, « ne crains pas », aurait dû être dit au début de la guerre, et non après la victoire. C'est ça, la question.
C'est ce qu'il aurait dû faire. C'est-à-dire que si quelqu'un engage une guerre contre quatre rois qui ont vaincu cinq rois, alors on peut comprendre qu'il ait peur. Donc au début de la guerre, on aurait dû lui dire, Dieu aurait dû lui dire: n'aie pas peur. Une fois qu'il a gagné, Dieu lui dit: n'aie pas peur. C'était donc ça, la question: on voulait savoir de quoi il a peur. Alors, ça, c'est une tentative de réponse.
Il y a plusieurs opinions dans le Midrash. Une des opinions est qu'il a eu peur qu'ils ne reviennent, donc la vengeance. Il a peur: les rois ont été battus, mais peut-être vont-ils revenir. Le problème d'Abraham est donc un problème purement stratégico-militaire.
Un autre problème, c'est un problème religieux: il a peur d'avoir perdu son mérite pour le Olam Haba. Il a eu un tel miracle, une telle victoire, que cela lui a enlevé tous ses mérites, ou une grande partie de ses mérites, pour le Olam Haba. Et donc Dieu lui dit: non, n'aie pas peur. Et la preuve, c'est la suite: je suis là pour te protéger, ton salaire est très grand, il est très abondant.
Donc, en fait, on voit dans le Pchat les deux opinions du Midrash: il a peur, donc Dieu lui dit: je suis ton bouclier. Et il a peur également d'avoir perdu sa récompense, on lui dit: non, t'en fais pas, tu as ta récompense.
Ça, ce sont les opinions les plus pragmatiques. Il y a une opinion plus profonde dans le Midrash, qui nous dit qu'Abraham avait peur d'avoir gagné. D'avoir gagné la guerre. Il a peur parce qu'il a gagné la guerre. Pourquoi ? Parce qu'il s'est rangé du côté des rois, qui étaient des goïms. Des rois qui étaient des goïms. De toute façon, les rois des deux côtés sont des goïms. Oui, mais peut-être qu'il a donné une victoire à des rois goïms qui ne l'avaient pas méritée.
— Oui, mais il devait sauver Lot, donc c'est difficile de dire que ça ne tient pas.
En fait, en étant victorieux, Abraham devient la puissance politique la plus importante dans la région, et il devient le plus antipathique de toute la région. Étant donné qu'il a gagné la guerre, on va voir en lui le méchant qui se sert de sa puissance militaire pour faire avancer ses idées.
Et donc, Abraham a peur d'avoir perdu son projet. Or, vous vous rappelez que le projet d'Abraham était un projet cosmopolite, qui consiste à ramener le plus de monde possible, si ce n'est toute l'humanité, à la connaissance de Dieu, à travers Abraham. Et Abraham se dit: maintenant, j'ai tout raté. Maintenant, finalement, je suis devenu l'ennemi de l'humanité.
Mais vous vous rappelez qu'il y avait deux projets pour Abraham: son projet à lui, et un autre projet, qui est le projet de Dieu, qui est de fonder une nation.
Ce projet-là n'a pas disparu. C'est ce que Dieu dit à Abraham: n'aie pas peur, parce que mon projet à moi, il continue. C'est-à-dire: ton projet cosmopolite est tombé à l'eau, mais mon projet national, lui, continue.
Réponse d'Abraham: Vayomer Avram. Adonaï Elohim, mah titen li, Seigneur Dieu, qu'est-ce que tu peux me donner, alors que je m'en vais ervi, sans enfant ? Et le chef de ma maison, c'est Eliezer de Damas. Qu'est-ce que tu me donnerais ? C'est ça que ça veut dire. Et la suite, c'est: je m'en vais sans enfant.
C'est-à-dire: le projet du Hakadosh Baruch Hou, il dépend de quoi ?
De ce qu'Abraham a une descendance. Or, il n'a pas de descendance, donc le projet de Dieu tombe lui aussi à l'eau. Réponse d'Abraham: mon projet est tombé, mais le tien aussi.
— Comment ? Le projet de Dieu ?
Abraham n'a pas de descendance, donc il ne peut pas fonder une nation. Il n'a pas d'enfant. Bon. Qui est-ce qui dit ce verset-là ? Qui est celui qui parle là-bas ?
Avram, n'est-ce pas ? Le cours est interactif. La réponse est très simple: c'est Avram. Vayomer Avram, c'est donc Avram. Jusqu'à la fin du verset, c'est Avram qui parle. Comment commence le verset ? Vayomer Avram. Mais il parlait déjà. S'il y avait eu une réponse, on comprend qu'Avram continue, qu'après, il y a une réponse. On dit Vayomer Avram. C'est comme s'il manquait des mots.
Quelle a été la réponse de Dieu au milieu ? N'est-ce pas ? Parce que qu'est-ce que dit Abraham ? Il dit: l'intendant de ma maison, c'est Eliezer de Damas. Et alors ? Qu'est-ce que ça peut nous faire que ce soit Eliezer qui soit son intendant ? Là, c'était interactif, et ça a complètement raté.
— Le problème, c'est que c'est un goy.
— C'est un goy, alors ?
— Bien sûr.
Ça veut donc dire que c'est lui qui doit hériter d'Abraham. Oui, attention: s'il hérite d'Abraham, il n'hérite pas en tant que descendant. Il hérite en tant qu'élève. C'est l'élève d'Abraham. Ça veut donc dire que la postérité d'Abraham n'est pas une postérité biologique, nationale, mais culturelle et spirituelle. Ce qui est contraire au projet de Dieu.
Mais est-ce qu'Abraham dit expressément que c'est Eliezer qui va hériter de lui ?
— Non.
Donc, la réponse du Hakadosh Baruch Hou, c'est: je ne te réponds pas, parce que tu dois dire expressément ce que tu veux dire. C'est-à-dire qu'Abraham doit oser dire ce qu'il va dire. Qu'est-ce qu'il dit ? Abraham, comprenant qu'il n'a pas dit jusqu'au bout le fond de sa pensée, dit: voilà que, à moi, tu n'as pas donné de descendance, et donc, c'est le fils de ma maison qui va hériter de moi.
Donc, puisqu'il a dit expressément, alors Dieu, maintenant, va lui répondre. Qu'il dise le fond de sa pensée, parce que tant qu'il ne l'a pas dit, il ne peut pas avoir de réponse. Il ne peut avoir de réponse qu'à une question. C'est-à-dire qu'Abraham doit mettre cartes sur table. Il doit énoncer l'élément de sa question jusqu'au bout, pour qu'il puisse recevoir une réponse.
D'ailleurs, c'est un point important en psychologie, c'est la même chose. En psychologie, le travail du psychologue, c'est de faire dire à la personne ce qu'elle veut dire.
Voici que la parole de Dieu lui est adressée en ces termes: ce n'est pas celui-là qui héritera de toi. C'est celui qui sortira …
Cours de Machon Meir
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