La prière pour Jérusalem et le Machia'h ben Yossef
Pourquoi Jérusalem dans la Amida, et ce que signifie « préparer le trône de David » : le Machia'h ben Yossef.
Rav Oury Cherki
Ensuite : La prière intermédiaire de la Amida : demandes personnelles et prière d'Israël, 50 min
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## Se tourner vers Jérusalem
Shalom à tous. On est encore dans la bénédiction pour Jérusalem, Boné Yerouchalaïm. On a vu qu'il y a une différence entre le rite ashkénaze et le rite séfarade, et que les Ashkenazim ajoutent Veli Yerouchalaïm ir'ha berahamim tachouv. Ce qui est important, c'est de voir qu'il y a une bénédiction spéciale pour la reconstruction de Jérusalem. A priori, pourquoi ? On pourrait demander: la liberté, on a compris. Le Beit Hamikdach, on comprend. Mais pourquoi Jérusalem, qui est une ville ? C'est ça, le problème.
La réponse, c'est que Jérusalem est la ville de la royauté, Ir HaMelouha. Et la ville de la royauté est une condition du Beit Hamikdach. On ne construit pas le Beit Hamikdach dans un lieu désert. Il faut d'abord qu'il y ait une ville, et ensuite le Beit Hamikdach. D'où je tire cela ? D'une halakha dans la Michna du traité de Berakhot.
Quand on est en Houtz LaAretz, il faut s'orienter du côté d'Erets Israël, comme pour la tefila. Quand on est en Israël, on se tourne du côté de Jérusalem. Quand on est à Jérusalem, du côté du Beit Hamikdach. Alors pourquoi ne pas dire tout simplement: il faut prier en direction du Beit Hamikdach ? C'est ça que je demande. Pourquoi est-ce trop précis ? C'est précis, au contraire. Au lieu de dire « prie en direction d'Erets Israël »…
Et puis, si tu es en Erets Israël, vers Jérusalem, Jérusalem vers le Beit Hamikdach, où que tu sois, prie en direction du Beit Hamikdach. N'est-ce pas ? Hein ? Le Beit Hamikdach, quoi ? Dans le Beit Hamikdach, on prie en direction du Kodech HaKodachim. Et quand on est au Kodech HaKodachim, en direction de la Kaporet, c'est-à-dire le couvercle de l'Arche sainte. D'accord ? Et la Michna dit…
Mais tout Israël s'oriente finalement vers un seul endroit. C'est-à-dire que si je fais la somme des directions des enfants d'Israël, j'arrive finalement au Beit Hamikdach. Mais il y a quand même un détour. Par exemple, si je suis en Houtz LaAretz, je me tourne vers Erets Israël, mais pas forcément vers Jérusalem. Ça veut donc dire qu'il y a, dans l'accès à la tefila, des dimensions qu'il faut traverser. Tout d'abord, la dimension territoriale. Il faut savoir qu'en Houtz LaAretz, ce n'est pas Erets Israël.
Une fois qu'on a compris l'importance de la terre d'Israël, c'est alors qu'on est à même de comprendre l'importance de la royauté, c'est-à-dire de la forme étatique, qui est Jérusalem. Une fois qu'on est à Jérusalem, c'est alors qu'on peut accéder à l'idée de la présence de la Chekhina. On se tourne vers le Beit Hamikdach. Et dans le Beit Hamikdach lui-même, il y a différents degrés. Mais cela veut dire qu'on ne peut pas faire abstraction d'une dimension, parce que sinon…
Si on ne se tournait que vers le Beit Hamikdach directement, cela voudrait dire, hass veCholom, que le judaïsme est une religion. Mais comme on s'oriente vers une terre et un lieu de gouvernement, cela veut dire que le judaïsme est une nation. D'où l'importance de faire une prière pour la reconstruction de Jérusalem. C'est pour ça qu'il y a la bénédiction Boné Yerouchalaïm. Maintenant, essayons de voir la suite. Je lis ici dans le texte séfarade que j'ai devant les yeux.
Ça veut dire quoi ? Préparer. Préparer, ou plus précisément, établir. Le mot kan, kaf noun, signifie un socle. Par exemple, pour le kior, la Torah dit… C'est-à-dire quelque chose qui est la base d'autre chose: c'est ça, un kan. Donc, cela veut dire établir le socle. C'est très bizarre qu'on se tourne uniquement vers le socle. Il suffirait de dire « restaure le trône de David ». Mais s'il faut faire un socle pour le trône de David, c'est donc qu'il y a quelque chose d'antérieur au trône de David. Hein ? Exactement: c'est le Machia ben Yossef. Cela veut dire qu'il y a deux dimensions messianiques, une davidique et une yossefite. Et quand on dit « prépare le trône de David », il s'agit donc du Machia ben Yossef. C'est quoi, le Machia ben Yossef ? C'est ça que nous allons voir expliquer. Oui ? Qu'est-ce qu'il y a ?
— C'est-à-dire faire le soutien, le socle du trône de David. Alors le trône de David, c'est du Machia ben David. Mais qu'est-ce qu'il y a sous le trône ? Il y a un socle. Ce socle, c'est le Machia ben Yossef. D'accord ? C'est beaucoup plus que le matériel: l'économique, le militaire. D'accord ? Bon, alors essayons d'expliquer un peu ce que c'est que cette histoire de Machia ben Yossef. Dans certains sidourim séfarades, on a écrit, entre parenthèses: « Il doit avoir l'intention de prier pour le Machia ben Yossef. »
Alors, dans les anciennes éditions, il y avait écrit ceci: qu'il ne soit pas tué par Armilus le méchant. D'accord ? Armilus le méchant, c'est dans les Midrachim. C'est le chef des armées de Rome, et il fait la guerre au Machia ben Yossef. Il lui fait la guerre. D'accord ? Comment ? Armilus, oui. Quel problème avec Armilus ? C'est pas un bon nom ? Hein ? Oui. Peu importe. De toute façon, Armilus, c'est un nom en latin.
— Ouais. Mais si c'est pas lui ?
— C'est pas lui ? Peut-être que c'est… Il y a plusieurs Armilus. Tu n'en sais rien, tu n'as jamais vécu à Rome. Tu sais qu'à Rome, jusqu'à ce jour, le caspomat, la machine bancaire, c'est en latin. Les distributeurs de billets sont en latin. Donc peut-être qu'il y a là-bas des Armilus, on ne sait rien. Bon. Donc, quoi ? Quand même. Bon, d'accord. Enfin, tu dis: de toute façon, on ne sait jamais.
C'est ça. Bon. En tout cas, quand je vous dis que le texte originel dit qu'on doit prier pour que le Machia ben Yossef ne soit pas tué, on comprend très bien que c'est un personnage militaire, n'est-ce pas ? Mais dans les éditions postérieures, sous l'influence de Rare Édite, ça a un peu changé. Regardez, il y a écrit: il faut prier pour que le Machia ben Yossef vive, veLo Yamout, et ne meure pas.
C'est-à-dire qu'on se dit peut-être que c'est un tsadik malade: on prie pour lui, on fait des Tehilim pour qu'il recouvre sa santé, parce qu'il a un microbe. Alors, c'est vrai que reshi'a en araméen, c'est comme harasha en hébreu. Mais ça a l'air d'être une notion kabbalistique. C'est comme s'il y avait une sorte de démon qui s'attaque au tsadik. C'est-à-dire qu'on sent que chez les éditeurs il y a une réticence par rapport à la dimension nationale. D'accord ? C'est important de mettre ça en évidence.
Donc, le Machia ben Yossef, comme vous le savez dans les Midrachim, est un personnage qui fait la guerre. Et il représente de manière générale tout ce qui est militaire, économique, matériel, développement profane de la Gueoula. C'est le Machia ben Yossef. En d'autres termes: le sionisme. Le sionisme politique, c'est le Machia ben Yossef.
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