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Sarah stérile : quand l'idéal se heurte au réel

Le verset 1 de Lekh Lekha ; pourquoi la stérilité est attribuée à Abraham, et la servante Agar comme solution humaine.

60 min

Rav Oury Cherki

Ensuite : Abraham, la circoncision et l'alliance avec Hachem, 55 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Shalom. Chapitre Tetzai, au verset Aleph. Je rappelle le contexte du verset en question. Juste avant, il y a une promesse, même une alliance, une alliance sur la terre qui concerne un territoire extrêmement vaste. Et ce qui se passe ensuite, c'est le verset Aleph:

« Or, Sarah, femme d'Abraham, n'avait pas enfanté. » Toute la promesse en question est donc vaine. Tout s'effondre, tout s'écroule. Le problème, c'est de comprendre ce qu'on fait quand il y a un écart. Qu'est-ce qu'on fait quand il y a un écart entre l'idéal et la réalité ? Ça se passe toujours. Les idéaux vont très vite.

La conception d'un idéal va très vite, mais la réalité tient compte de contingences matérielles qui prennent du temps. Il y a donc toujours un écart entre l'idéal et la réalité. Et alors, comment faire ? Ce que nous présente ici la Torah, dans le chapitre 7, c'est le comportement d'Abraham et de Sarah quand ils sont confrontés à cet écart. On trouve ça par exemple également dans la faute du Veau d'or.

Moshé doit redescendre, et il ne redescend pas. Alors, il doit revenir, il ne revient pas, qu'est-ce qu'on fait ? C'est ça, le problème.

Je reviens donc ici. « Sarah, femme d'Abraham, n'avait pas enfanté. » Quel est le mot après ? Lo. Ce qui veut dire ? Lah, à elle ? Lo veut dire à lui ou à elle ? À lui, d'accord ? On peut se demander: pourquoi Sarah n'a-t-elle pas d'enfant ? Est-ce à cause de lui ou à cause d'elle ? Et le texte nous dit que c'est à cause de lui. C'est-à-dire que le fait qu'Abraham n'ait pas d'enfant n'est pas un hasard. Il n'est pas encore arrivé à la maturité d'identité qui peut donner naissance à Israël. D'accord ? Donc je ne dis pas... Oui, on peut dire « à cause d'Abraham ». Pas de sa faute, mais effectivement, à cause d'Abraham.

— Et on ne dit pas que c'était Sarah qui n'avait pas de matrice ?

J'ai oublié d'interroger M. On ce matin. D'accord ? Oui ? Bien que... Oui, en plus c'est écrit en toutes lettres pour Sarah, à propos de Ein lah valad. On avait vu à la fin de la paracha de Noa'h que Sarah n'avait pas de valad, elle n'avait même pas les moyens de faire un enfant. D'accord ? D'amener un enfant. Elle n'avait même pas de matrice. C'est vrai. Mais ça ne peut que renforcer l'idée que ce serait à cause d'elle.

Or, la Torah nous révèle que, bien qu'elle ait eu un problème biologique, en fait le problème était chez lui. C'est ce que dit la Torah: elle n'a pas enfanté pour lui. Ça veut dire qu'elle aurait peut-être pu enfanter pour un autre. D'accord ? Maintenant, il y a une suite. Elle avait une servante égyptienne, Ouchma Hagar, dont le nom était Hagar.

Mais non, ça, c'est à cause des taamim que j'ai lus comme ça. On pourrait très bien dire autrement. Oui, exactement: à cause de lui et à cause d'elle. D'accord ? Mais en fait, les taamim nous ont fait une distinction entre Lo et Lah. Mais le Lah en question n'est pas pour rien. Ça veut dire qu'elle possède chez elle un être qui peut peut-être régler le problème. Donc on va voir que Abraham et Sarah, étant persuadés, ou en tout cas pensant, que Sarah ne peut pas continuer l'histoire, vont trouver un moyen de faire continuer dans l'histoire ce qu'Abraham représente. N'est-ce pas ?

Et donc la présence, dans la maison de Sarah, d'une servante égyptienne donne cette idée que c'est tout cela qu'il faut faire. Oui ?

— Justement. Exactement, c'est ça l'épreuve. On va voir.

On va prendre en compte le Lo, mais probablement que Sarah et Abraham ont pensé au Lah. D'accord ? Et qui est cette servante en question ? D'après les Hachamim, dans les Midrachim, il s'agit de la fille du Pharaon. La fille du Pharaon est servante chez Abraham. Vous vous rendez compte de ce que ça veut dire ? Le Pharaon est l'homme le plus puissant de la terre à l'époque, et il envoie sa fille être servante chez Abraham. C'est vrai que nous avons vu au début de la paracha que le Pharaon avait donné des serviteurs et des servantes à Abraham. Mais...

Si on prend ça au sérieux, ça voudrait dire qu'Abraham est un personnage important, connu en tant que tel. Il est donc tout à fait normal que le Pharaon envoie sa fille faire des études chez lui. Et comment paye-t-on le salaire de l'étude ? En travaillant. C'est-à-dire que c'est une fille au service du père, et il lui enseigne l'enseignement d'Abraham, qui est l'existence de Dieu, la morale.

C'est-à-dire que le Pharaon pense que, puisqu'il n'a pas réussi à s'emparer de Sarah, il peut s'introduire chez Abraham. Il n'est donc pas impossible que, dans le projet du Pharaon, il y ait cette idée qu'un jour sa fille devienne la femme d'Abraham, et qu'Abraham soit son gendre, et donc le représentant de ses intérêts en Canaan. Oui ?

— Je ne peux pas dire tout simplement « Bat Paro haïta » ? C'est tout simplement qu'elle appartenait au peuple de...

Il n'y a pas écrit « Bat Paro » ?

— Non, dans « Vehi Shifha Mitzrit ». Oui.

En fait, ça veut dire qu'elle vient d'Égypte. Donc, même si, historiquement parlant, on peut dire qu'elle n'est peut-être pas directement la fille du Pharaon, ou qu'elle n'est pas du tout la fille du Pharaon, le fait qu'on insiste sur le fait qu'elle est égyptienne veut dire la présence de l'Égypte dans la famille d'Abraham. Ce qui n'est pas une bonne chose. J'en sais rien. Peut-être que c'est une bonne chose. On va voir. Oui ?

— Il ne peut pas plutôt créer un autre Pharaon ?

C'est ça, le problème. C'est-à-dire qu'il y a ici une épreuve pour la compréhension d'Abraham de la nature de l'alliance. Pour l'instant, vous proposez qu'il fasse une autre Sarah ou qu'il guérisse Sarah. Et on avait vu que ce n'est pas un hasard si Abraham n'a pas encore d'enfant: c'est parce qu'il n'est pas encore mûr pour ça. Peut-être que Sarah, elle, l'est déjà. D'accord ? Bon, on va voir quelle est la conclusion. Oui, quoi ?

—...

Justement, c'est là qu'il se trompe peut-être. Est-ce que l'idée d'amener un enfant par le biais d'Hagar plaît à Abraham, ou pas ? C'est la question que vous avez posée: est-ce une bonne chose ou pas ? Oui ?

— Si ?

Non seulement il n'est pas contre, je pense qu'il était content. Je vais vous dire pourquoi. Comment ? Exactement. Vous vous rappelez qu'il y avait chez Abraham une tentative de faire coexister les deux projets, le sien et celui de Dieu, en même temps ? Vous vous en souvenez ? Le projet de Dieu, c'est qu'Abraham fonde une nation, donc de sa descendance. Abraham, qui préfère le cosmopolitisme, veut fonder une religion universelle.

Cours de Machon Meir

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