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Shmonek Vatzim : le langage et la convergence des opinions

Le Rav Kook explique que les désaccords sur la émouna naissent souvent du langage, car une même lumière divine se disperse en couleurs différentes.

10 min

Rav Rony Akrich

Ensuite : La procréation médicalement assistée selon la loi juive, 17 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Chers amis, bonjour, heureux de vous retrouver, toujours en tête-à-tête avec mon ami arabe Yoël Benaroche.

— Shalom mon ami, bonjour à tous.

— Shalom Yoël. Nous continuons une étude que nous avions entamée il y a quelques semaines, les Chmonah Kevatsim du Rav Abraham Yitzhak HaCohen Kook, huit chapitres dirions-nous. Dans ces huit chapitres, voyons les alinéas: nous en étions au neuvième, voyons le dixième. Et avec Yoël, nous commençons.

— À tout de suite. Be'ezrat Hachem, nous allons donc commencer. Le Rav traite ici d'un sujet qui s'appelle De'ot ve'émounot. Qu'est-ce que c'est que De'ot ve'émounot ? Ça nous rappelle Da'at.

— Tout à fait. Mais en réalité, le mot De'a tire sa racine dans la terminologie kabbalistique du Da'at. Or, le Da'at est une sphère qui a la responsabilité, j'allais dire, de faire véhiculer ce qui était dans la pensée initiale, dans la matrice, dans l'idéologie première, pour le faire descendre au niveau du vécu. Ça, c'est ce qu'on appelle la sphère du Da'at. D'ailleurs, Moshe Rabbeinu était lui-même le porteur de cette sphère qui s'appelle Da'at, et c'est pour ça que la Torah est passée par lui, pour concrétiser les valeurs du ciel sur terre.

Le deuxième degré, c'est la émouna. Or, le mot émouna n'est pas justement traduit, comme le font la plupart des gens, par « la émouna ». Ça n'existe pas. Au niveau hébraïque, le mot émouna, à l'infinitif, l'éamen, veut dire « certifier ». Et donc, on revient exactement à la même chose, c'est-à-dire que la De'a, c'est la certification des premières valeurs. Eh bien, la émouna, c'est vivre concrètement, selon les secrets qui sont à l'intérieur de ton âme ?

Je ne peux pas m'empêcher de te répondre, parce qu'il faut quand même que je te dise quelle est ma philosophie de De'ot et de Moulod. Livre que j'avais lu il y a plus d'une trentaine d'années, du Raoult à Adiaga. Là-bas c'était l'inverse, Moulod et De'ot. Pour moi, De'ot, c'est la conjugaison. Parce que je retrouve Adam, Yada et Chavaïchton, et je dis que ce féminisme masculin doit se conjuguer. Une conjugaison,

et conjugaison de quoi ? De la émouna. Mais émouna, je vais à la racine. Si j'ai la racine, je cherche la sémantique de la racine, c'est-à-dire quel est le sens de cette racine: Aleph, Mem, Noun. Et lorsque je cherche le sens, j'y trouve une polysémie. Laquelle ? Trois occurrences: Amin, Neheman et Bet, c'est-à-dire la confiance, la fidélité et la vérité. J'ai l'impression de...

— Lorsque nous parlons de De'ot et de Moulod, la capacité que nous aurions à conjuguer cette fidélité, cette confiance, cette vérité, pour qu'elle devienne réalité dans le concret de notre existence.

— Tout à fait. Ce que tu as... Enfin, c'est mon idée. Non, non, tu as raison, mais tu as oublié en fait deux degrés, car nous avons ici trois lettres, dont la racine Aleph, Mem, Noun. Tu peux aussi être à l'inverse des choses lorsque tu ne sais pas,

comme tu viens de le faire. C'est-à-dire que, dans le mot Amen, je peux aussi « haïr », c'est-à-dire refuser. Alors ça nous permet de toucher exactement au chapitre 10, où il vient et dit ici, en ce qui concerne les questions d'opinion et d'émouna, et je traduis en français pour aller plus vite, fondées sur les choses spirituelles et abstraites: on trouve souvent, plus que dans tout autre désaccord, une divergence de point de vue. Mais dans les choses spirituelles et abstraites,

les deux prétendants, ceux qui prétendent savoir, connaître et affirmer une idée, qui semblent très éloignés l'un de l'autre d'un point de vue extérieur, c'est ce que dit le Rav, superficiellement, disent en fin de compte la même chose. Et tout le désaccord, dit le Rav, qui enflammerait même les cieux, n'est qu'un problème linguistique, parce qu'ils ne comprennent pas le langage de l'autre. Qu'est-ce que ça veut dire ? On touche à quelque chose, et la parole est à toi: concept et symbole dans la linguistique.

— Eh bien tout à fait, parce qu'en réalité la lumière divine, je vais le dire d'une manière un petit peu schématique, lorsqu'elle traverse l'atmosphère de notre existence, pénètre cette atmosphère et diverge en fait comme une lumière qui s'est brisée en différents rayons. C'est-à-dire qu'il y a ici une brisure de la lumière divine en catégories de couleurs, comme un prisme de couleurs. Or, toi, tu représentes une couleur, moi, je représente une autre couleur, et notre ami, une troisième couleur, et ainsi de suite. Nous parlons en réalité de la même source, seulement par des moyens différents d'accès.

Et donc, ce n'est pas que tu as tort et que j'ai raison, ou l'inverse, mais tout simplement, notre capacité à habiller ses pensées dans une sémantique nous fait croire que nous sommes en désaccord, alors que nous parlons du même sujet. C'est-à-dire que pour trouver le dénominateur commun, il faudrait avoir la capacité, non pas de diverger sur ce qui est affirmé, mais de trouver à quelle globalité, à quel tout, cela appartient.

— Exactement. Et donc, pour sortir de la divergence, on va aller vers la convergence. Et c'est en réalité dans cette convergence-là que nous allons retrouver le point initial, qui est le sujet primordial de ce Rav dans ces chapitres, c'est-à-dire la Torah du tout, la Torah de l'unité première.

Je me suis écrit quelque chose quand j'ai lu ce texte: notre aspiration au bien, au beau et au vrai, se fait aussi grâce au désordre.

— Bien sûr. C'est un désordre qui recherche un ordre. Ce n'est pas un véritable désordre, c'est apparemment un désordre. C'est comme un puzzle: tu le vois en désordre, mais il a été précédé d'une image.

Mais c'est ce qu'il nous demande, en fin de compte. Il dit: prêtez garde. Parce que je terminais ma phrase en disant, mais ça, je me l'ai écrit pour t'en parler, pour que tu m'éclaires: d'une certaine manière, la Gueboura se ferait un chemin pour révéler l'idéal au sein de tout acte, même le plus infime.

Alors, qu'est-ce que c'est que la Gueboura ? La Gueboura, c'est la capacité de chacun, sa propre couleur. Être Guebour, c'est être Kovech et Titzro. C'est-à-dire que moi, j'ai une approche qui est bien spécifique à moi-même. Je suis Guebour.

— C'est le grand débat que je me suis noté ici, entre les scientifiques et les littéraires.

— Tout à fait. Chacun est persuadé de détenir une véritable raison. Mais en fin de compte, je dirais dans ma métaphore: est-ce qu'on pourrait dire que l'inspiration est importante et que l'expiration ne l'est pas du tout ? Parce que si nous voulions parler de la respiration, il faudrait prendre en compte l'un et l'autre, c'est-à-dire trouver dans cet espace, dans ce creuset de l'espace, le temps capable de conjuguer l'inspiration et l'expiration pour qu'elles deviennent justement cette respiration. Alors les débats, les divergences sont, en fin de compte, de faux débats.

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