La procréation médicalement assistée selon la loi juive
Obligation de procréer, limites de l'intervention médicale et place du couple dans la décision.
Rav Shlomo Aviner
Ensuite : La Akédat Yitzhak et l'épreuve d'Abraham, 20 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
## Introduction à la série
Shalom à toutes et à tous, et bienvenue pour cette nouvelle série d'émissions, L'éthique de la vie. Nous aborderons quelques sujets cruciaux et modernes comme la procréation médicalement assistée, les dons d'organes, la transmission de maladies génétiques et, bien sûr, les droits du patient, selon la loi juive. Pour nous accompagner dans cette série, nous avons le Rav David Benyamin. Shalom Rav.
— Shalom Rav.
Je dois dire que je suis assez impressionné par votre curriculum vitae. Je vais donner quelques détails, et vous me direz si je me trompe. Vous avez un doctorat en bioéthique de l'université René Descartes de Paris. Vous avez aussi une formation de médiateur et une formation de conseiller en sexologie. Mais vous avez aussi des études sacrées, non universitaires: vous êtes diplômé du rabbinat d'Israël, de Moël, et vous êtes diplômé du grand rabbinat d'Israël en lois du deuil, de pureté familiale, de mikvé, de lois de Chabbat et de dérouches. Aujourd'hui, vous travaillez en Israël: vous êtes directeur du département francophone de l'Institut Pouah à Jérusalem, et enseignant en bioéthique au Collège Orot de Jérusalem. Petite question: qu'est-ce que la bioéthique ?
La bioéthique, c'est une réflexion philosophique, juridique, et aussi de halakha, par rapport aux nouveautés médicales qui se développent de jour en jour. Il y a donc toute une réflexion à faire, et des réponses à donner, qui relèvent davantage du côté éthique. C'est l'éthique de la biologie.
— D'accord. Dès qu'on parle d'éthique, c'est la loi juive ?
Pas obligatoirement. Nous, en tant que juifs, nous avons une éthique juive, mais il existe aussi une éthique universelle, et je me doute qu'il existe aussi une éthique musulmane, etc. Alors, je dis Rav ou docteur ? Vous pouvez m'appeler Binyamin, ça ira aussi.
— D'accord, Rav. Première émission: nous allons parler de la procréation médicalement assistée. Première question: pourquoi intervenir ? Y a-t-il une obligation de procréer, d'avoir des enfants ?
Vous savez très bien que dans le judaïsme, et même avant le judaïsme, c'est la première parole qui a été donnée à l'homme par Kadoch Baroukh Hou: procréer, avoir des enfants, multiplier et peupler le monde. C'est la première mitsva qui a été donnée à Adam Harichon, juste après la création.
À l'homme, et pas à la femme. Il est vrai que, selon le judaïsme, l'obligation incombe à l'homme. Mais bien sûr, un homme sans une femme ne peut pas réaliser la mitsva. D'une certaine manière, la femme est donc associée à l'homme dans la réalisation de cette mitsva. C'est une mitsva fondamentale, qui revient après le déluge, à Noé, et qui revient dans plusieurs passages du judaïsme.
C'est donc une question fondamentale. Cela revient aussi dans les livres des prophètes, où il est écrit que Kadoch Baroukh Hou n'a pas créé le monde pour qu'il reste désert, mais pour qu'on le peuple. D'une certaine manière, dans le judaïsme, avoir des enfants est quelque chose de fondamental. Et ce n'est pas simplement au niveau de la loi: c'est aussi au niveau personnel. Les gens veulent avoir des enfants, ressentent qu'ils se réalisent à travers leurs enfants dans ce monde.
Lorsque, malheureusement, un couple affronte des difficultés pour avoir des enfants, c'est souvent une souffrance très difficile, personnelle, et une souffrance de couple. Il y a plusieurs générations, ils avaient une solution: quand une famille avait plusieurs enfants, elle en donnait un, elle en prêtait un à un oncle, à une tante, etc.
— Pourquoi aujourd'hui vouloir, à tout prix, intervenir ?
Cette coutume existait peut-être en Afrique du Nord, peut-être aussi dans... Aujourd'hui, c'est quelque chose d'impensable. Personne ne ferait une chose pareille. Je ne sais pas si la loi le permettrait, mais aujourd'hui personne ne donnerait un enfant à quelqu'un d'autre. Vous posez là une question philosophique de base, qui n'est pas simplement en rapport avec le fait d'avoir des enfants et tout problème médical.
Nous, d'après le judaïsme, nous croyons en Kadoch Baroukh Hou qui gère le monde. Donc, si une personne est malade ou a un problème, ce n'est pas simplement le fruit du hasard: c'est une volonté de Hachem, de Dieu. On pourrait toujours se demander qui nous donne le droit de nous ingérer dans les décisions divines. Mais le judaïsme ne voit pas les choses de cette manière. Nous avons tout à fait le droit, et même l'obligation, de nous ingérer, de fructifier, de développer de nouvelles technologies, que ce soit dans la médecine ou ailleurs, et de développer le monde.
Quand Kadoch Baroukh Hou écrit dans la Torah qu'il a placé l'homme dans le Gan Eden pour le travailler et le garder, il ne dit pas seulement de le garder: il dit aussi de le travailler, de le développer. Kadoch Baroukh Hou nous a donné un monde qui est, je dirais, un monde imparfait, non fini, et nous, les hommes, nous devons être associés à Hachem pour parfaire le monde et le développer.
Il y a une différence avec les autres religions, qui interdisent plus ou moins la procréation assistée. Par exemple, il est clair que dans la religion catholique, la fécondation in vitro est interdite, ainsi que des techniques dont nous parlerons plus tard, qui sont considérées comme interdites. Dans le judaïsme, au contraire, les gens se sont tournés vers les rabbins pour leur demander leur autorisation, et l'autorisation a été donnée assez facilement. Il est clair qu'il y a des règles qui doivent encadrer la manière de pratiquer la fécondation in vitro, par exemple, ou l'insémination artificielle, etc. Il y a des règles qu'il faut respecter, mais dans le principe, le judaïsme n'est pas contre.
— Mais si Dieu a décidé qu'un couple ne devait pas avoir d'enfant, pourquoi intervenir ?
C'est un manque d'émouna. D'abord, on croit qu'à la fin, même s'il y a eu l'intervention d'un médecin et d'un biologiste, s'il y a eu une grossesse et un aboutissement, cela reste entre les mains de Kadoch Baroukh Hou. Vous connaissez très bien le dicton israélien: Haniteah hitsliah, vehaholé met: l'opération a réussi, mais le patient est décédé. Même lorsque le médecin intervient, on ne sait pas, à la fin, si cela va marcher ou non.
Dans les fécondations in vitro, aujourd'hui, les taux de réussite sont de 30 à 40 %, pas plus que ça. C'est-à-dire que c'est un miracle. Et il y a énormément de fausses couches pendant les grossesses. Arriver à l'aboutissement d'une fécondation in vitro avec un bébé à la maison, en bonne santé, n'est donc pas simple. Chacun voit les choses comme il veut, mais moi, je vois l'intervention divine justement dans chaque instant.
Il y a un couple qui était allé voir le Rav Mordekhaï Eliyahou, l'ancien grand rabbin d'Israël, et le mari refusait de faire des fécondations in vitro, alors que la femme en était très affligée. Le Rav lui a dit: pourquoi ne fais-tu pas de traitements ? C'est autorisé, va voir l'Institut Pouah, ils t'expliqueront comment il faut faire.
Le mari a répondu: non, non, moi, si Avraham Avinou et Sarah Imenou ont eu des enfants après l'âge de 90 ans, …
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