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La Akédat Yitzhak et l'épreuve d'Abraham

Analyse du texte de la Akédah : le sens de l'épreuve, le double « ton fils » et la question de l'intériorité.

20 min

Rav Rony Akrich

Ensuite : http www.french.machonmeir.net, 1 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Shalom, content de vous retrouver de nouveau sur la chaîne télévision de Mahon Meir. Aujourd'hui, nous allons continuer à parler de ce personnage éminent, comme je vous l'ai dit, pas atypique, mais en tout cas tout à fait particulier, parce que ce particularisme-là va faire valoir une nouvelle civilisation, celle des Hébreux, telle que je l'avais expliquée dans l'émission précédente. Nombre de moments vont être opportuns pour Abraham, mais aussi nombre de moments vont être éprouvants pour Abraham. C'est peut-être en essayant d'expliquer aujourd'hui l'un de ces moments, peut-être le moment le plus dramatique de l'histoire d'Abraham, que nous allons essayer de comprendre et d'entendre autant qu'il nous sera possible ce que ce personnage avait véritablement à énoncer, à faire savoir, à faire entendre, pas seulement comme l'homme particulier, mais comme celui qui avait accepté de devenir le prototype de cette nouvelle humanité qui s'appelait les Hébreux.

L'Éternel va par dix fois mettre à l'épreuve Abraham. La dernière épreuve, celle qui est la plus connue, fut d'ailleurs traitée par nombre d'auteurs éminents. Le plus célèbre fut Søren Kierkegaard, qui a écrit Crainte et tremblement, pour ceux qui connaissent. Mais en tout cas, nous restons proches du texte, à essayer de comprendre à travers la formulation du texte, à travers les mots, les verbes et les compléments utilisés, ce que le texte a voulu nous faire entendre. Ce que je vous propose aujourd'hui, c'est de m'accompagner dans cette rencontre avec l'homme éprouvé que fut Abraham, et d'essayer, à travers les mots de la Bible, d'entendre ce que fut cette épreuve.

Je voudrais faire précéder mon propos d'une évidence tout à fait nécessaire à entendre et à appréhender. Lorsque le texte écrit, il utilise des lettres. Chacune de ces lettres va composer le mot, et chacun de ces mots composer la phrase, et chacune de ces phrases un texte. Je veux que vous sachiez que chaque lettre est une note, chaque mot est un temps, chaque phrase une mesure, et les textes de véritables symphonies, fantastiques ou pastorales. En tout état de cause, chacun des mots écrits ici est entouré de blancs: pour la lettre, pour le mot, pour la phrase et pour le texte. La leçon, c'est que ces espaces sont les non-dits du texte, et que quelquefois, si ce n'est bien souvent, le texte a beaucoup plus à nous faire entendre dans les non-dits que dans ce qui est écrit même.

Je vous en prie, venez avec moi. Après ces événements que subit Abraham, lesquels ? Tout simplement, par exemple, le fait qu'il n'était pas encore le père de cet enfant tant attendu, tant promis. La formulation ici commence par une conjonction, le Vav, qui n'est pas une conjonction de coordination mais une conjonction de conversion: elle transforme Iei, c'est-à-dire le verbe être au futur, en passé.

D'où nos sages diront: lorsqu'un texte commence par Vahéhi, sache que c'est un langage qui n'est pas tellement espérant, tellement optimiste; on s'attend à quelque chose comme une catastrophe ou une épreuve. Par contre, lorsque le texte commence par Véhaya, c'est-à-dire le même Vav de conversion, avec le verbe être Aya au passé, transformer le passé en futur, c'est bien entendu le langage de l'espoir. Le futur en passé, si vous voulez, je vous donne une définition: c'est à travers un terme, la nostalgie. Ce n'est pas bon de vivre seulement dans les souvenirs du passé, mais il est bon de tirer les leçons du passé, comme dans le Vaiyeha, pour construire ces lendemains de plus en plus enchanteurs.

En tout cas, ici, Vayehi ahar haddevarim haelle, et ce fut après ces événements-là que l'Éternel, Elohim, qui est le Dieu créateur des lois immuables de la création, c'est-à-dire le Dieu de justice et de rigueur, met à l'épreuve Abraham. C'est-à-dire qu'Abraham est mis à l'épreuve; il sera mis, je vous l'ai dit, dix fois à l'épreuve. Mais pourquoi est-ce que l'homme a besoin d'être éprouvé ? Le verbe éprouver, en hébreu, a pour racine nassa, noun-samekh-hé. Mais n'est-ce pas le miracle ? L'étendard. Ce qui veut dire ? Oh, c'est simple, mais tellement important: celui qui acceptera l'épreuve,

celui qui acceptera d'être éprouvé, s'il est capable de traverser l'épreuve qui lui est proposée et d'en ressortir vainqueur, alors il ressortira plus grand que lorsqu'il y est entré. Vehaelohim nissa et Avraham: et celui que Dieu mit à l'épreuve, c'est et Avraham. C'est l'essence, comme dit le Ramban (Nahmanide), au XIIIe siècle: c'est l'essence de l'être d'Abraham. Lorsque je suis l'homme qui accepte de se mesurer à l'épreuve qui lui est proposée, c'est l'homme dans son être entier qui est remis en question. Et si jamais, comme je l'ai dit précédemment, je réussis cette épreuve, je n'en ressortirai que grandi. C'est cela que veut l'Éternel dans l'épreuve.

Vayomer elav Avraham, va voir: Vayomer hineni. L'Éternel l'interpelle. Vous vous rappelez dans la dernière émission, j'avais expliqué que le Vayomer est un langage de tendresse, ce serait celui de la mère, alors que le Vayedaber serait le langage du père, c'est-à-dire du droit, de la justice et de la rigueur, quand celui de la mère dans Vayomer serait celui de la tendresse, de l'amour et du réconfort. Une fois, une personne, au cours d'un de mes cours, est venue me susurrer à l'oreille que peut-être le verbe lomer serait à l'origine du mot « amour » en latin, amor, amore, « amour ». Allez savoir. En tout cas, lorsqu'on utilise le verbe Vayomer, il y a là pas seulement un sous-entendu, mais il y a bien entendu des vagues qui viennent nous caresser dans le sens du poil et nous faire valoir les sentiments qui sont inhérents à ce verbe-là.

Vayomer elav Avraham. Il l'appelle, il lui dit « Avraham », et Abraham répond hineni, « me voici », « je suis tout entièrement avec toi », « je suis là, dans le ani tout entier ». Vayomer kah-na et binkha et yehidekha, prends ton fils, ton unique, asher ahavta, que tu aimes, prends Yitzhak et va vers la terre de Moria, et élève-le là-bas comme une olah, comme un sacrifice. Écoutez bien: Vayomer kah-na et binkha. En vérité, il y a une virgule après binkha. Vous savez pourquoi ? Parce que, lorsque l'Éternel lui dit « Prends ton fils », Abraham a une question. Laquelle ? Il en a deux: Ishmaël, le fils de Hagar, et Yitzhak, le fils de Sarah. Alors il lui dit et yehidekha, ton unique. Virgule ! Pour qu'Abraham dise à l'Éternel: les deux me sont uniques.

Bon d'accord. Asher ahavta, celui que tu aimes, virgule, parce qu'Abraham dit à l'Éternel, manque de chance: je les aime tous les deux. Alors là, l'Éternel est obligé de réduire le propos et de le rendre plus précis. Il lui dit: et Yitzhak, de la même manière que toi, Abraham, tu es mis face à l'épreuve dans tout ce que tu es. De la même manière, je te demande de prendre Yitzhak dans tout ce qu'il est, ou plutôt, si vous préférez, dans tout ce que représente Yitzhak à tes yeux: le fils tant attendu, qui maintenant …

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