Le libre arbitre et ses limites selon la pensée juive
Pourquoi l'homme choisit malgré la prescience divine, et ce qui reste hors de son pouvoir.
Rav Yoël Benharrouche
Ensuite : L'unité de l'être selon le Rav Kook, 2 min
Début du cours (texte)
Lire le début du cours
Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
C'est un plaisir de vous retrouver sur la chaîne de Machon Meir pour cette série de cours qui ouvre le mois de Tichri, cette nouvelle année. Rabi Albena Anch est avec nous aujourd'hui. Bonjour.
— Chalom. Alors aujourd'hui on va parler d'un sujet très compliqué à comprendre, celui du libre arbitre. Dans une période de remise en question et de retour à soi que sont les fêtes de Tichri, il est légitime de parler de la question du libre arbitre.
D'un côté, nous sommes libres d'agir comme bon nous semble, et de l'autre, il semblerait que tout est déjà calculé et déterminé d'avance. Est-ce qu'on pourrait avoir vos éclairages, Rav ?
— Encore une fois, un sujet très complexe, mais en réalité, le judaïsme est basé sur la compréhension et la émouna qu'effectivement, nous avons le libre choix en tant qu'homme. Le récit du premier homme avec son côté féminin, où ils étaient collés dos à dos, c'est en réalité la première phase. C'est une phase qui montre, entre guillemets, que l'homme n'a pas le choix de choisir dans sa vie. Il est lié à quelque chose, comme si quelque chose était assis sur son dos, lui a été collé de base. C'est pour ça que la Torah nous donne le récit de la séparation et du passage du dos à dos à un degré de face à face.
Le Rav Kook nous explique que ce changement de position, de posture, c'est en réalité le changement de ce qui était voulu par l'Éternel à une nouvelle situation qui est choisie par l'homme. L'homme a le choix. C'est-à-dire que ce qu'on appelle dans la Kabbale la position dos à dos, c'est une position qui oblige la personne à vivre selon les lois. La position face à face, comme Dieu nous le dit dans le don de la Torah, c'est en réalité une situation nouvelle qui donne à l'homme le choix de ses choix.
Et donc il y a ici quelque chose d'exceptionnel et qui est difficile à comprendre. Tout à l'heure, dans votre question, vous avez posé quelque chose, mais avec un tout petit peu un manque de nuance. Ce n'est pas que les choses sont voulues. Elles sont sues, c'est-à-dire que l'Éternel sait, car il est en dehors du temps, donc il sait ce que je vais choisir. Et pour autant, j'ai quand même le choix de choisir ce que je choisis dans ma vie, tout simplement parce que le choix qui me permet de choisir vient de mon âme, pas de mon corps. Le corps, lui, est lié aux lois physiques de ce monde, alors que l'âme est issue de l'éternité.
Et elle, elle est réellement libre. C'est la Guemara qui le dit, dans Berakhot, à l'Amet Guimel: tout est entre les mains du ciel, sauf le fait que j'ai ce lien de crainte et de prise de conscience face au ciel. Et la Michna dans le traité d'Avot, Pérek Guimel, Michna 15, nous dit: c'est-à-dire que Dieu voit tout, mais malgré tout, tu as la richesse de savoir en réalité ce que tu fais.
Et le Rambam, dans les Hilkhot Téchouva, va nous dire, dans Pérek Halakha: il faut que tu comprennes bien, sans aucun doute, que les actions de l'homme lui appartiennent. Ce n'est pas Dieu qui le tire vers là ou vers là, et ce n'est pas Dieu qui détermine ce qu'il va faire. Et c'est pour cela, d'ailleurs, qu'on va juger l'homme. Car il se pose une question toute simple: comment est-ce que je peux être jugé sur des actions sur lesquelles je ne suis pas responsable ? Si quelqu'un a fait à ma place les choses, je ne suis qu'un robot. Donc tout le jeu est vendu d'avance, c'est un jeu dévoyé, qui n'existe pas. Tout est faussé.
Eh bien, le fait même que nous passions en jugement devant l'Éternel, c'est parce qu'effectivement, l'homme a le choix de ses actions. Il faut préciser de quoi on a le choix: seulement des bonnes et des mauvaises actions, parce que décider d'être malade ou pas, d'avoir le cœur qui bat ou pas, ne dépend finalement pas de nous. Le choix est limité.
Il y a ici une question très intéressante que vous venez de poser. En réalité, je vais le résumer, parce que nos émissions sont relativement courtes et on ne peut pas rentrer dans tout ça. Il y a la prise de conscience déterministe de ceux qui disent qu'en réalité, l'homme est une poupée qui est attrapée par des ficelles et qui ne peut rien faire. C'est une force qui va décider à sa place de ce qu'il va faire dans ce monde. En réalité, le seul choix que nous ayons dans ce monde, c'est d'être libres de choisir nos téguvot, c'est-à-dire notre manière de réagir, nos réactions à certaines choses dans la vie.
Généralement, lorsque tu es attaqué par exemple par quelqu'un, tu as une façon de réagir à cette attaque. C'est toujours la même. Le choix que la Torah nous donne, le choix que la Torah préconise, c'est justement que tu travailles pour que tes réactions, la prochaine fois que quelqu'un t'attaque, soient différentes. C'est-à-dire que nos réactions aux choses, c'est là où nous avons la possibilité de changer. Et c'est en réalité notre réaction, d'une manière générale, à tous les événements de la vie.
Rav, comment expliquer le dicton du Talmud qui est connu, Ein Mazal beIsraël ? Il n'y aurait pas de déterminisme dans Israël, donc on serait des êtres qui ne seraient pas programmés.
— Alors, Ein Mazal beIsraël peut se lire: Ein, deux points, Mazal beIsraël. C'est-à-dire que le Ein, l'infini, c'est le mazal d'Israël. Qu'est-ce que c'est, mazal ? Mazal vient du mot nazal, qui en réalité veut dire s'écouler, écoulement. Donc l'infini, mazal d'Israël: l'infini circule à travers Israël. C'est ça que ça veut dire, tout simplement. L'infini, béni soit-il, a choisi le peuple d'Israël afin de s'écouler à travers lui.
Alors effectivement, nous sommes dans un monde qui est limité. Nous sommes dans une bulle. Nous avons des limites au niveau de la nature, nous avons des lois naturelles: une pomme tombe d'un arbre, quelqu'un qui tombe d'un immeuble meurt, tout ça ce sont des lois qui sont régies par la nature. Mais à l'intérieur de cela, nous avons la possibilité de choisir. Donc je dirais en fait que notre choix est malgré tout limité dans un certain contexte, mais que nous avons le choix de réagir au niveau individuel.
Et si je reprends les termes de nos sages, nous n'avons pas de choix au niveau, par exemple, de notre nation d'Israël, qui avance selon le désir divin qui a été fixé par avant. Mais moi, en tant qu'individu qui fait partie de cette nation, j'ai le choix de faire partie de cette histoire ou de me retirer de cette histoire, en l'occurrence comme cela s'est passé lors de la sortie d'Égypte. Dieu a choisi dans le peuple d'Israël pour faire avancer ses intérêts, et certains d'entre les hommes, individuellement parlant, n'ont pas choisi de sortir, donc ont décidé de …
Cours de Machon Meir
Dans la même série
68 cours du Rav Yoël Benharrouche, en direct du Machon Meir (Jérusalem). Thèmes : Pensée juive, Kabbale, Émouna, Erets Israël, Sortie d'Égypte.
- 2
Un corps sain pour une néchama qui se dévoilePourquoi le sport est, selon la pensée juive, aussi important que l'étude : le corps accueille la néchama. - 3
Venir étudier à Mahon Meir, la Torah vécue sur placeYoël Benarouch invite à rejoindre le Mahon Meir l'année prochaine, comme élève ou comme visiteur. - 4
Malchout, la royauté du Ciel révélée sur terreLe but de la création : faire descendre dans le monde d'en bas ce qui règne en haut, par les mitsvot. - 5
Israël, trait d'union entre les nations et le divinPourquoi Israël doit garder son identité pour éclairer les nations, et comment le Temple et le peuple sont rejetés puis acceptés. - 6
Le libre arbitre et ses limites selon la pensée juivePourquoi l'homme choisit malgré la prescience divine, et ce qui reste hors de son pouvoir. - 7
L'unité de l'être selon le Rav KookComment la faute disperse l'être, et comment revenir à l'unité première. - 8
Être juif, ce n'est pas une religion : le Rav KookLe Rav Kook distingue la religion, simple culte, de la vie juive qui révèle l'éternel dans toute la création. - 9
Le Sefer Hayachar, livre du juste, selon le NetsivPourquoi Béréchit porte le nom de Sefer Hayachar, et ce que la droiture éthique doit au cœur de la Torah. - 10
être normal avec le Rav Yoel Benharoche cours de torah en direct du Mahon Meir - 11
Or Hahaim : la Torah, lumière de la vie selon Ishaï RibotComment la Torah, aux soixante-dix facettes, redonne vie et identité à celui qui l'étudie avec droiture.
— un nom de Rav à ajouter, un problème de son ou d'image ?
Une question sur ce cours ?
La réponse s'appuie d'abord sur ce cours, puis sur les autres cours des Rabbanim, avec le passage exact à écouter.
Commentaires et questions au Rav