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Être juif, ce n'est pas une religion : le Rav Kook

Le Rav Kook distingue la religion, simple culte, de la vie juive qui révèle l'éternel dans toute la création.

18 min

Rav Yoël Benharrouche

Ensuite : Le Sefer Hayachar, livre du juste, selon le Netsiv, 15 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Mes chers amis, shalom depuis Jérusalem. Nous sommes heureux de vous retrouver pour cette nouvelle émission de En tête à tête avec mon ami Yoël Benharoche. Bokèr tov. Shalom, shalom, mon ami Rony Akrich. Alors bien sûr, l'actualité nous interpelle et nous émeut, mais nous allons essayer d'aller au-delà de l'actualité, en restant fidèles à l'enseignement qui, au-delà de tout, est à même non pas seulement de rester un enseignement, mais de nous faire entendre et comprendre ce que veut dire cet être et ce devenir d'Israël, dans une époque où l'on cherche à annihiler, bien entendu, l'identité d'Israël, à annihiler le peuple d'Israël et ce qu'il représente dans le message qui est le sien depuis la nuit des temps.

Alors, mon cher Yoël, il y a un texte que nous avons trouvé ensemble. Un texte du Rav Kook, écrit au tout début du XXe siècle, que nous avons retrouvé dans ce que nous appelons aujourd'hui les huit kvatsim, c'est-à-dire les huit recueils que le Rav Kook écrivit au début du XXe siècle. Et parmi ceux-là, il y a un propos qui nous a tous les deux interpellés et que nous aimerions faire partager avec nos téléspectateurs. Alors je te laisse le soin d'entamer le propos qui va être le nôtre, et nous allons bien entendu en discuter tous les deux.

— Tout à fait. Le Rav Kook nous donne en fait, dans son Pinkas HaDapim, donc un petit recueil, un petit carnet, et dans le premier carnet, à la page 20, il nous dit la chose suivante. Première intervention du Rav, qui est en réalité une révolution, car il dit que le fait d'appréhender le divin par la religion, si on appréhende le divin par la religion, c'est ce qui a causé la chute au fin fond du degré le plus bas, le monde entier. Avec des mots simples: le monde est tombé dans une bassesse lorsque l'appréciation de l'Éternel est devenue religion.

— C'est-à-dire qu'il va falloir expliquer, bien entendu, ce qu'il entend par le mot « religion ».

— Tout à fait. Nous devons donc analyser ce texte pour savoir que, lorsqu'il parle de ki'im mitohadat, si cela ne s'arrête qu'à la religion, qu'à l'aspect religieux. C'est-à-dire, précisons-le dans un mot français connu et reconnu: si la religion n'est enserrée qu'à l'intérieur du seul culte.

— Tout à fait, et que la religion, en fait, fait de l'homme ce qu'il est. Par exemple, si je mets les tefilines, je suis juif. Ça, c'est de la religion. Alors que nous disons: c'est parce que j'appartiens à l'ensemble d'Israël que j'ai le devoir de mettre les tefilines, parce que les tefilines sont un ordre divin pour la nation tout entière. Donc ça ne commence pas par moi.

— Sur lequel on peut dire, si on se sert de cet exemple-là, que la chose va beaucoup plus loin que le seul culte de mettre les tefilines.

— Tout à fait. Puisque l'on peut, dans une analyse beaucoup plus réfléchie, analytique, comprendre que ces phylactères qui sont sur le front et sur le bras touchent l'un à la raison et l'autre au cœur des choses. Venant d'une certaine manière à contre-courant, la pensée chrétienne émise par Pascal dans ses Pensées... Et bien chez les Hébreux, au-delà du seul culte, de l'accomplissement de l'acte, il s'agit de faire entendre à l'homme que, dans son existence personnelle, mais collective aussi, le cœur a des raisons que la raison doit connaître.

— Tout à fait. Alors je vais résumer ce qu'on vient de dire: ce n'est pas l'action qui fait l'homme, ce ne sont pas les mitsvot qui font le juif, c'est le juif qui applique des mitsvot. C'est complètement différent.

— J'entends bien. Je lis et tu essayes d'intervenir.

Alors voilà, le Rav vient de corriger immédiatement, pour ne pas nous laisser dans cet abîme, en nous disant que si l'appréhension de l'éternité se passe par la religion seulement, eh bien, ça fait descendre le monde au plus bas niveau. Pour contrecarrer cela, il dit que chaque fois que nous parlons d'Elohim, et Elohim en plus, c'est l'attribut divin qui s'habille dans la nature. Le Rav dit: quand tu t'appliques à comprendre, il faut connaître les noms de cette éternité qui apparaît à nous selon deux noms différents, parce qu'il y a différents aspects pour apparaître dans ce monde. Cette force d'Elohim, lorsqu'elle arrive, doit être connue par tous les degrés de la vie, que ce soit le degré minéral, végétal, animal, l'homme, et toute la structure de ce monde doit être remplie, parce qu'elle est imprégnée du divin. Et je dois tout simplement décoder comment le même divin se dévoile à différents degrés de la vie.

— Disons-le par rapport à ce que tu as dit tout à l'heure: que ce divin se dévoile dans la nature, sachant que nos sages aiment à utiliser la guématria, c'est-à-dire qu'ils aiment bien, comme on fait en France, jouer aux chiffres et aux lettres. Elohim a la même valeur numérique, la même guématria, que le mot nature.

— Tout à fait. Nous n'allons pas rentrer dans le débat spinoziste, bien entendu, mais rappelons que le mot traduisant la nature, c'est ha-teva, et que le mot vie en hébreu, contrairement à ses consonances dans les langues étrangères, est ici au pluriel.

— Tout à fait. C'est-à-dire que la révélation du divin dans la nature vivante n'est pas seulement vivante au singulier, mais dans tous les pluriels de l'existence naturelle.

— C'est-à-dire que la Torah nous donne en fait une allusion: le même Infini se dévoile dans tous les degrés de ce monde, à différents degrés d'apparence, à différents degrés d'apparition, et c'est au pluriel, parce qu'il y a ce que tu vois et ce que tu n'es pas encore capable de voir. Donc la vie est toujours double, comme Yerouchalaïm d'ailleurs, dont nous avons parlé dans des cours précédents: il y en a deux, celle que tu vois et celle qui est en réalité l'idéologie. Dans la vie, il y a l'idéologie de la vie et la vie que tu mènes ici-bas.

Ce qu'il dit en fin de compte, c'est que si nous comprenons et entendons ce rapport intrinsèque qu'il y a dans l'émanation du divin à travers l'ensemble des révélations naturelles de la vie, quelle qu'elle soit, eh bien, lorsque nous entendons et comprenons cela, cela entraîne, génère presque naturellement le fait que, par notre attitude, par nos actions, nous révélons l'Éternel à l'intérieur de chacun des éléments qui constituent la vie. Nous le révélons parce qu'il est, parce que nous vivons de son être, même sans le révéler. Le fait que je sois, c'est la preuve vivante que l'Éternel vit par moi.

Juste une petite parenthèse: tout à l'heure, j'ai employé le mot et j'ai dit Elohim. Le Ben Ich Haï, dans l'un de ses livres, dit qu'on a le droit de dire Elohim. La preuve, c'est que même lorsque ce nom arrive dans des degrés négatifs, on dit Elohim Aherim. Donc on a le droit de dire Elohim, et là-bas il dit qu'il ne faut pas dire Elohim.

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