Isaac et les philistins : puits bouchés, mules et exil
Pourquoi Isaac ne descend pas en Egypte, ce que sa vie unique signifie, et le sens des puits fermés.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Yaakov et Essav : le droit d'aînesse et l'au-delà, 53 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Il y eut une famine sur la terre, autre que la famine première, celle qui avait eu lieu au temps d'Abraham. Israël se rendit chez Avimélekh, roi des Pelishtim, à Guérar. Ce n'est pas la première fois que cela se passe.
Cet Avimélekh est probablement un autre Avimélekh que le premier. Il y a aussi une petite différence: le premier est appelé Avimélekh, roi de Guérar, alors qu'ici il est appelé roi des Pélishtim, des Philistins. Il y a un petit problème de chronologie historique: les Philistins n'étaient pas encore arrivés dans le pays à l'époque de Yitzhak. Cela a pu faire dire aux académiciens superficiels qu'il y aurait un anachronisme dans le livre de Béréchit, que l'auteur de Béréchit, n'étant pas au courant des faits historiques, place Yitzhak dans le pays des Philistins alors que les Philistins ne sont pas encore là.
C'est en fait n'importe quoi, et je vais vous dire exactement pourquoi. C'est n'importe quoi pour des raisons très simples. Au temps de Moshé, qui écrit la Torah, les Philistins sont déjà présents dans cet endroit, n'est-ce pas ? Donc il peut nommer la région de Guérar du nom d'Erets Pelishtim, le pays des Philistins, même si, au temps du récit, les Philistins ne sont pas encore là. C'est comme si je vous disais que les Phéniciens, avec leurs bateaux, ont dépassé le détroit de Gibraltar. Ce qui, a priori, est absolument impossible, pour une raison très simple: le nom Gibraltar n'a été donné qu'au VIIIᵉ siècle.
Le roi des Pélishtim, ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'il est le roi du peuple appelé Pélishtim ? Certainement pas. Avimélekh n'est pas un nom philistin, c'est un nom sémitique, et les Philistins n'étaient pas des Sémites. Tout simplement. Donc, en fait, le nom est donné à la contrée. C'est comme si je disais, par exemple, les Indiens. Les Indiens d'Amérique ont été appelés ainsi après la découverte de l'Amérique, identifiée par erreur comme étant l'Inde. Eux ne savaient pas qu'ils étaient des Indiens. Et pourtant on les appelle des Indiens, même avant la découverte de l'Amérique. C'est tout bête, hein. Voilà ce que ça veut dire.
Donc Avraham s'est rendu chez Avimélekh, et Yitzhak s'y rend encore une fois. Or Avraham avait déjà fait le travail.
La raison pour laquelle il y a la famine, c'est toujours parce qu'il y a une famine spirituelle que les Avot viennent remplir. Mais il y a ici une petite différence. Alors qu'Avraham ne fait que passer chez Avimélekh, probablement pour se rendre en Égypte, Yitzhak, lui, ne peut pas se rendre en Égypte: HaKadosh Baroukh l'arrête. Il y a donc ici une différence importante. « Vayéra élav Hachem », et Hachem lui apparut, « vayomer, al tered Mitsrayima », pour lui dire: ne descends pas en Égypte.
Cela veut donc dire qu'ils voulaient aller en Égypte. Pourquoi Avraham pouvait-il aller en Égypte et Yitzhak ne le pouvait-il pas ? C'est vraiment intéressant, c'est justement ma question. Quelle est la situation ?
— Pour retrouver leur identité ?
Disons qu'Avraham a un rôle à remplir dans le monde. Il fait partie de Hessed, et le Hessed ne connaît pas de limite. Donc il va s'étendre sur la terre entière.
Tandis que Yitzhak s'est attaché à la Din, la rigueur. Yitzhak ne change pas d'identité, il reste de la Erets Israël. Et il a quelque chose d'assez particulier: il ne change pas de nom. Il n'a qu'un seul nom, il s'appelle Yitzhak. Alors qu'Avraham s'appelait également Avram à un moment de sa vie, puis il change et devient Avraham. De même, Yitzhak… Et d'ailleurs, la même chose vaut pour Yaakov: Yaakov va devenir Israël, et lui aussi va descendre en Égypte.
Autre chose: Yitzhak n'a qu'une seule femme, alors qu'Avraham et Yaakov en ont plusieurs. C'est-à-dire qu'il y a chez Yitzhak une plénitude. Il est entier, il est unique. Il n'a qu'une seule terre, qu'un seul nom et qu'une seule femme.
— Pourquoi ne serait-il pas seulement Israël ?
La réponse, c'est que si Yitzhak avait été Israël, l'exil aurait été impossible. Et si l'exil est impossible, on risque d'être détruit totalement lorsqu'on ne mérite pas d'être ici. C'est pour cela qu'il faut instituer une identité modulaire, qui peut être Yaakov et Israël selon les nécessités de l'Histoire. D'accord ? Regardez une petite seconde, par exemple, au chapitre Mem Zayin, au verset Kafret. Non, parce que sa mida à lui, c'est d'être Israël, justement, de n'être que Israël.
Par exemple, on dit qu'un des Bné Israël descendus en Égypte, c'était Yaakov. Donc qui est Israël ? C'est Yitzhak, son père. Regardez une petite seconde, au chapitre Mem Zayin, au verset Kafret. Vous avez trouvé ? Au chapitre Mem Zayin, au verset Kafret: « Vayikhi Yaakov be'erets Mitsrayim », Yaakov vécut en Égypte.
Regardez le verset d'après: « Vayikrevou yemei Yisrael lamout », les jours d'Israël s'approchèrent de la mort. C'est-à-dire que quand Yaakov vit, c'est Israël qui meurt. Avec une petite différence: Israël ne meurt pas totalement, il est proche de la mort. Ah, on est redevenu Israël. Regardez le verset d'après.
Comme Yitzhak se trompait lorsqu'il pensait devoir aller en Égypte, Dieu lui dit: « Gour, baaretz hazot … » Réside dans ce pays. « Veehyé imkha, vavarakhtikha. » Pourquoi ? Tu crains la famine ? Je serai avec toi, je te bénirai. « Ki lekha ulzar'akha étèn et kol haaratsot ha'éle vahakimotti et hachevou'a asher nichbati le Avraham avikha. » Car à toi et à ta descendance je donnerai tous ces pays, et j'accomplirai le serment que j'ai fait à Avraham, ton père. Je rendrai ta descendance abondante comme les étoiles du ciel, et je donnerai à ta descendance tous ces pays. Et par ta descendance seront bénies toutes les nations de la terre.
Tout cela, ce sont des bénédictions qu'on a déjà trouvées chez Avraham, avec des formulations quelque peu différentes. Par exemple, chez Avraham il est dit Mishpekhot haadama, les familles de la terre, tandis que chez Yitzhak il est question des nations de la terre. On a vu que les nations sont des entités politiques. Avraham est plutôt porté à l'abolition du politique, tandis que chez Yitzhak il se sert du politique, volontiers. Donc on dit Goyei haaretz. Ah, on fait les deux. Rekhev.
Oui, c'est-à-dire que nous faisons une politique universelle, à vocation universelle. Alors que la politique vient défendre les intérêts d'une nation au détriment des autres, nous défendons nos intérêts pour le bien des autres.
« Ékev acher chama Avraham bekoli », du fait qu'Avraham a entendu ma voix. Le mot ékev, qui veut dire « du fait que », nous rappelle quelque chose: Yaakov, qui n'est pas encore né, ou qui est peut-être déjà né, ce n'est pas très clair. En tout cas, cela veut dire que si Yitzhak se comporte comme Avraham, alors naîtra Yaakov, qui fait l'unité des deux. « Vaychmor mishmarti, mitsvotaï, houkotaï vetorotaï », il a observé ma garde, mes commandements, mes lois, mes préceptes.
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