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Pourquoi la terre exige une identité morale

Abraham, la nature et la morale : pourquoi la terre d'Israël suppose un choix moral, et ce que le peuple peut garder des autres civilisations.

49 min

Rav Oury Cherki

Ensuite : La tour de Babel et le troisième terme : l'unité, 12 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Shalom tout le monde. Quel plaisir de vous retrouver. Nous sommes dans le chapitre, au verset Zayin. Vayomer Elav, il lui dit. Il va lui expliquer pourquoi il mérite la promesse de la terre. Il faut comprendre en quoi il y a un mérite, et quel est le problème qui se trouve dans ce mérite.

Qu'est-ce qu'il y a comme problème ? Je l'ai déjà dit ? C'est terrible. Verset Aïn, chapitre, verset Aïn. Le problème de recevoir la terre, c'est que la terre n'est pas une entité morale. La terre est une entité de nature. L'homme, par contre, est une entité morale. Si je suis lié à la terre, je risque de perdre mon identité morale.

La preuve, ce sont les Cananéens. Les Cananéens étaient des hommes profondément ancrés dans la terre de Kenaan, et ils sont devenus la pire des nations sur le plan moral. Ils étaient un être de nature.

Il y a des mouvements chez les humains qu'on appelle le retour à la nature. Ça se trouve beaucoup chez les écologistes. Le retour à la nature s'interprète très souvent comme un retour à la barbarie, parce que la nature n'est pas morale. La nature est une donnée: il faut vivre. Donc les lions mangent les antilopes. Est-ce que c'est bien ou est-ce que c'est mal ? Ce n'est même pas une question. Ce n'est ni bien ni mal, c'est un fait de nature. Mais moi, je ne suis pas une bête, je suis un homme.

Or, chez l'homme, il y a un bien et un mal. Si je me relie à la nature, si je cherche mon enracinement dans le naturel, je vais perdre mon identité morale. Le problème est de savoir s'il faut s'y enraciner. Il y a à ce propos un problème qu'on trouve chez les Goyim, entre deux mouvements de pensée qu'on appelle la droite et la gauche.

L'option de droite considère que l'homme a besoin de racines, donc il faut revenir à la terre, à sa civilisation originelle. Tandis que le cosmopolitisme de gauche considère que l'homme est un être humain entièrement détaché de la nature, sans quoi il perd son identité morale. Il y a donc un problème entre avoir des racines et perdre sa moralité, ou avoir sa moralité mais être sans racines. Un homme sans racines, ce n'est pas un homme. C'est le gros problème qui se pose chez les nations. Ce n'est pas le cas dans le monde juif. Il y a donc chez les Goyim un problème quasiment insoluble, le paradoxe droite-gauche.

Je vais le formuler un peu différemment. Il y a deux possibilités. J'aime ma terre, j'aime mon peuple: le résultat, si je vais jusqu'au bout, c'est que je déteste les autres. Deuxième possibilité: j'aime tout le monde. Le résultat, c'est que je déteste mon peuple et ma terre. Je vais ici aux extrêmes, évidemment. Dans la réalité, c'est beaucoup plus nuancé.

Mon enracinement s'oppose à l'amour de tout le monde. Le concept d'amour signifie choisir, donc préférer. Je préfère l'un à l'autre, et cela veut dire aimer. Si j'aime tout, en fait je n'aime rien. Il y a donc ici un problème insoluble chez les nations, qui les entraîne dans une vision pessimiste du monde.

Chez le peuple d'Israël, ce n'est pas comme ça, parce que l'identité nationale d'Israël a pour finalité la réparation du monde entier. Plus je suis fidèle à mon identité particulière, plus je remplis un rôle universel. Donc, plus je suis juif, plus je suis homme.

Vous savez, dans les mouvements de jeunesse, on fait parfois un jeu comme ça: « Qu'est-ce que tu te sens plus ? Homme, juif, religieux, femme ? Qu'est-ce que tu es le plus ? » C'est complètement bidon, ce genre de choses, parce que selon l'enseignement de la Torah, plus je suis moi-même, plus je suis universel.

Or il faut qu'Abraham en ait la preuve. C'est la question qu'Abraham va poser, on en a commencé l'étude la semaine dernière. Vayomer Elav: « Ani Hachem, Asher Hotseti'hah mi-Our Kasdim », il lui dit: « Je suis l'Eternel qui t'ai fait sortir d'Ur Kasdim. » Étant donné qu'Abraham était prêt à entrer dans une fournaise, cela veut dire que la nature n'a pas d'emprise sur lui. Selon la nature, quand on entre dans le feu, on est brûlé. De manière générale, un être de nature ne veut pas entrer dans le feu, n'est-ce pas ?

Et Avraham est prêt à le faire. Cela veut dire qu'Avraham est un être d'exception. Un être d'exception n'est pas aimanté par la nature. C'est ce que Dieu lui dit: « Je suis l'Eternel qui t'ai fait sortir d'Ur Kasdim, pour te donner cette terre afin que tu en prennes possession. » Tout est très clair.

Vayomer Avram: « Adonai Elohim, bama éda ki iranna ? » « Seigneur Dieu, à quoi saurai-je que je vais en hériter ? » Il suppose qu'il en aura. Le problème est que lui, Abraham, est passé par Ur Kasdim, mais sa descendance, non. Qui va m'assurer que ma descendance n'aura pas le même sort que les Cananéens ?

La réponse est que eux aussi vont passer par Ur Kasdim, par la galout. Comme dit Dieu, qu'à cela ne tienne: on va t'arranger un Ur Kasdim collectif pour tes enfants, ce seront les 400 ans d'Égypte. Regardez le verset Yod Guimel: Vayomer lo Hachem Yadoa teda ki guer yihyeh zarakha b'eretz lo lahem, « Sache-le bien: ta descendance sera étrangère dans un pays qui n'est pas le leur. Ils seront asservis et affligés pendant quatre cents ans. Et le peuple qu'ils serviront, je le jugerai lui aussi. Après, ils sortiront avec de grandes valeurs. La quatrième génération reviendra ici. »

Le passage par l'Égypte va faire vivre à l'ensemble du peuple d'Israël l'expérience personnelle d'Abraham. Le Midrash nous dit que le Saint, béni soit-Il, a proposé à Abraham de choisir: soit tes enfants iront en exil, soit ils iront en enfer. Et Abraham a choisi l'exil. On se demande pourquoi.

L'enfer, ce n'est pas sur la terre ? Non, ces enfants iront en enfer. Je ne sais pas encore ce que cela veut dire. Pour l'instant, je ne fais qu'amener le Midrash. Mais cela veut dire qu'Abraham a probablement pensé que l'exil valait mieux que l'enfer. Après tant d'années d'exil, on se demande s'il avait vraiment raison. Quand on sait ce qu'on a traversé dans l'exil, on se demande si ça ne valait pas mieux d'aller en enfer. Mais c'est quoi cette histoire d'enfer ?

Il faut comprendre ce qu'est l'exil, et on comprendra ce que veut dire l'enfer. C'est votre question pertinente. D'habitude, on explique les choses ainsi: les Goyim sont chez eux, et les Juifs sont en exil, ils ne sont pas chez eux. Mais si vous regardez dans la Torah, vous voyez que ce n'est pas vrai.

Dans la Torah, ce sont les Goyim qui sont en exil. Depuis quand ? Depuis la tour de Babel. L'humanité a éclaté, elle a perdu son identité originelle, l'identité unifiée. Ce sont donc les Goyim qui sont en exil. Quand nous …

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