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Véha Adam Yada, un rapport antérieur au péché

Le passé antérieur de Béréchit 4:1 et la question de la sainteté du rapport conjugal, selon Rachi.

48 min

Rav Oury Cherki

Ensuite : Caïn, Hével et la fraternité qui s'éveille, 17 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Je vous invite à ouvrir Béréchit au chapitre 4, au verset 1. Remarquez une forme grammaticale intéressante: Véha Adam yada. Véha Adam veut dire « et l'homme ». Yada veut dire « a connu ». Et Chava ishto, Chava sa femme, c'est-à-dire qu'il a eu un rapport conjugal avec elle.

Vatahar, elle fut enceinte. Vatéled et Kaïn, elle enfanta Kaïn. Vatomer kaniti ich et Hachem, et elle dit: j'ai acquis un homme avec Dieu. Cette traduction que je viens de donner est extrêmement mauvaise, parce qu'elle ne rend pas compte de la forme grammaticale que nous avons devant les yeux. En hébreu biblique, il y a un grand principe: le verbe vient avant le sujet, alors qu'en français, en général, le sujet vient avant le verbe.

En hébreu biblique, le verbe vient en premier et le sujet après. Par exemple, Béréchit bara Elohim: bara, il a créé; qui a créé ? Elohim. En français, on dirait « Dieu créa ». On met le sujet avant le verbe. La forme normale, ce serait donc Vayédaʿ ha-Adam, et alors: l'homme connut. N'est-ce pas ?

— Comment ? Oui, bien sûr. Quoi ? Il créa Dieu ?

C'est comme ça qu'on pourrait traduire en grec. Dans la première version de la Septante, quand on a traduit la Torah en grec, on a interverti les termes pour ne pas arriver à ce résultat justement. Mais en hébreu biblique, ça passe. Bara Elohim veut dire: Dieu a créé. C'est une question de normes de la langue: met-on en premier le verbe ou met-on en premier le sujet ?

D'ailleurs, pour bien faire la différence, il existe en hébreu un moyen de distinguer le sujet de l'objet: un petit mot, qu'on emploie, c'est « et ». Si cela voulait dire qu'on a créé Dieu, il aurait écrit bara et Elohim. Or il n'y a pas le mot « et »: il écrit Béréchit bara Elohim, sans « et ». Et ensuite, il écrit: qu'est-ce qu'il a créé ? Et hachamaïm ve et haarets. Le « et » signale donc le complément d'objet direct. Ça vous rappelle bien des choses.

Quand il écrit Véha Adam yada, c'est en fait une autre forme grammaticale, et Rachi nous explique que cela veut dire un passé antérieur. En anglais on dit past perfect, en français on dit plus-que-parfait. Que veut-il dire ici ? L'homme avait connu Chava, sa femme.

C'est-à-dire: il l'avait connue avant le récit d'en haut. Il y a un autre récit, antérieur, un passé antérieur au passé, qui nous raconte qu'il avait déjà connu sa femme, donc avant le péché. Pourquoi est-il si important d'expliquer cela ? S'il peut y avoir des rapports conjugaux entre deux corps, pourquoi n'y en aurait-il pas entre deux âmes ? Après tout. En tout cas, ce que Rachi veut éviter ici, c'est la lecture chrétienne du texte. Dans cette lecture, on dit: l'homme a péché, et une fois qu'il a péché, il a des rapports sexuels, ce qui prouve que ce rapport est le fruit du péché, qu'il est donc répréhensible.

— Ça veut dire « un enfant avec Dieu » ?

Ah, ça oui, on va y arriver, bien sûr. Les chrétiens en ont fait tout un paquet de ça. Mais pour l'instant, je suis au début du verset. Véha Adam yada. Celui qui dit Rachi, il faut savoir que ce rapport est antérieur au péché, donc il est saint. Oui, c'est la kedoucha. Maintenant, dans la réalité concrète, il y a une bassesse liée à l'acte sexuel, qui vient du péché. Mais cette bassesse n'est pas dans l'origine même de l'acte. Au contraire, ce qui donne la vie, c'est ce qu'il y a de plus saint.

Vous savez que le Zohar explique qu'à l'âge de treize ans entre dans l'homme un nouveau Yetser. Lequel ? Le Yetser HaTov, le bon penchant. Il entre dans le garçon à l'âge de treize ans, chez la fille à l'âge de douze ans. Et qu'est-ce que c'est ? C'est justement la capacité de donner la vie. C'est ça, le Yetser HaTov. Jusque-là, l'enfant n'a que le Yetser HaRa. Qu'est-ce que le Yetser HaRa ? Il ne pense qu'à lui-même. Il est centré autour de sa personne. Il est égoïste. C'est le Yetser HaRa absolu.

À partir du moment où il peut donner la vie, il a donc un Yetser HaTov, et il commence à avoir une lutte entre le Yetser HaTov et le Yetser HaRa. Comment employer ces nouvelles facultés qu'il a en lui: pour son ego, ou pour l'autre ? C'est là que commence la possibilité d'être tsadik ou racha, à partir de l'âge de treize ans, parce qu'on a le Yetser HaTov. Remarquez donc que la majorité est donnée à treize ans chez les Juifs: c'est à partir du moment où l'on peut donner la vie. Chez les goïm, à quel âge est-on majeur ?

— Dix-huit ans.

Dix-huit ans. Qu'est-ce qu'on peut faire à ce moment-là ? Prendre une arme. On va à l'armée. C'est l'âge où on a le droit de tuer, de prendre la vie. Donc ce que nous dit Rachi, Véha Adam yada, « et l'homme avait connu », c'est l'âge de la …

— L'âge de la houppa ?

Oui, chez les Juifs. Maintenant, Véha Adam yada et Chava ishto, l'homme avait connu Chava sa femme, et Rachi nous dit: non seulement il l'avait connue, mais la grossesse et la naissance étaient antérieures. Comme il n'y avait pas encore de malédiction, les nous disent: « Alou lamitashnaïm v'ardouchivra », ils sont montés à deux sur leur couche, ils sont descendus à sept.

C'est-à-dire qu'Adam et s'unissent. Quelques secondes plus tard, il y a cinq enfants: Caïn et sa sœur, Hével et ses deux sœurs. Flop, flop. Et voilà, il y a une famille. Évidemment, comme cela se passe dans un monde spirituel, ce n'est pas… c'est un autre monde que le nôtre. Mais cela veut dire que la source de la reproduction chez l'homme est une source sainte.

Véha Adam yada eet Hava ishto. Vatahar, elle fut enceinte. Vatéled, elle enfanta. Si elle a enfanté, il est évident qu'elle était enceinte. Pourquoi a-t-on besoin de dire qu'elle a été enceinte, si on dit qu'elle a accouché ? On ne peut pas accoucher si on n'a pas été enceinte. Vous allez voir que dans le Tanakh, il est parfois dit: elle enfanta, et parfois: elle fut enceinte et enfanta. Ce n'est pas automatique. Quand il écrit « elle fut enceinte », c'est qu'il s'est produit quelque chose de significatif au niveau des toladot, c'est-à-dire de l'engendrement de l'identité humaine. Quelque chose est en train de changer.

Vatéled, et elle enfanta. Qu'est-ce qu'elle a enfanté ? Un enfant ! Moi, j'aurais écrit vatéled ben, elle enfanta un fils. Mais si vous regardez le texte, et je suppose que vous l'avez devant les yeux, ce qui permet de comprendre cinq fois mieux le cours: qu'est-ce qui est écrit ? Vatéled et Kaïn. Elle enfanta Kaïn. Or d'abord l'enfant naît, et après on lui donne un …

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