Caïn, né acquisition : la liberté et le premier Mashia'h
Caïn est un « acquis » qui fait de ses parents des créateurs, puis Dieu lui révèle sa liberté face au péché.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Caïn, la faute trop lourde et la question de Dieu, 54 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Alors, bonjour tout le monde. Nous sommes dans le livre de Béréchit, au chapitre Dalet. Ça, c'est le livre de Chemot que vous m'avez mis là… Non, voilà, j'ai Béréchit, j'ai Béréchit. Je crois qu'on a déjà commencé, si je ne me trompe. Bon, alors on va recommencer depuis le début: chapitre Dalet, verset Aleph, donc chapitre 4, verset 1.
Vehaadam yada et Hava ishto: l'homme avait connu Hava, sa femme. On avait expliqué: qu'est-ce que veut dire ce passé antérieur ? « Il avait connu » signifie que la vie conjugale, la sexualité, n'est pas considérée comme un mal, comme c'est le cas dans la tradition chrétienne, où l'on insiste sur le fait que le rapport conjugal a eu lieu après le péché, qu'il serait donc la conséquence du péché. Et ce que nous dit Rachi, c'est qu'il faut faire attention: il y a ici un passé antérieur. L'homme avait connu.
Il avait connu sa femme, donc la procréation est au contraire un acte de sainteté, puisque c'est justement ce qui fait que l'homme ressemble à Dieu. Il crée, donc il ressemble à Dieu. C'est pour ça que Vatahar vatéled et Kaïn, elle fut enceinte et enfanta Kaïn, vatomer, et elle dit: Kaniti ich et Hachem, j'ai acquis un homme avec Hachem.
— Oui, c'est bon, ça passe, tout à fait. Bon. Non, c'est très bien, très bien. Je crois qu'on peut même garder ça, on va le laisser dedans.
Maintenant, on avait dit que ce n'était pas la même vie sexuelle que chez nous, pour une raison très simple: dans le Gan Eden, c'était sans corps.
— Oui, bien sûr, il n'y avait pas la douleur.
— Bien sûr, d'accord, oui. Ils sont montés à deux, ils sont descendus à sept. On avait étudié tout ça la semaine dernière. Ah, voilà, c'est ça. Tu étais à Paris ? Enfin, c'est réparé maintenant.
Je tiens à dire aux familles de nos élèves qui nous regardent ici attentivement que j'ai entendu dire, enfin j'ai eu vent, j'ai pu comprendre que certains des élèves avaient l'intention de ne pas continuer, en Israël, leur vie professionnelle et tout le reste. Mais enfin, ça ne va pas, c'est aberrant, une chose pareille. Oui, alors ?
Oui, bien sûr. Je n'ai pas très bien compris la question. Disons, si quelqu'un dit: à partir de maintenant, tout le monde va mettre un bonnet jaune. Et qu'on se rend compte qu'avant cet ordre les gens ne mettaient pas de bonnet jaune: est-ce que c'est une contradiction ? Eh bien, c'est pour ça qu'on dit « l'homme avait connu », c'est pour ça que c'est un passé antérieur. Voilà, tout simple.
Bon, alors je reviens au verset que nous avons commencé à étudier la semaine dernière. Vehaadam yada et Hava ishto: il avait connu Hava, sa femme. Elle fut enceinte et elle accoucha de Kaïn. Vatéled et Kaïn, ce qui est contraire à l'usage biblique. L'usage biblique, c'est de dire: elle enfanta un fils et elle le nomma Kaïn. Ici, il n'est pas dit qu'elle le nomma Kaïn: il est déjà né Kaïn. Pourquoi est-il né Kaïn ? Parce qu'il est un acquis.
Kaïn veut dire acquisition. Ça vient du verbe kaniti, j'ai acquis. J'ai acheté, j'ai acquis. Et effectivement, Kaïn est une acquisition du fait même de sa naissance: le fait même qu'il soit né sauve ses parents. Ça veut dire qu'il fait de son père et de sa mère des parents. Alors que jusqu'à présent l'homme était récepteur; maintenant il devient donneur. Il était celui qui recevait, et maintenant il devient celui qui donne. De créature, il devient créateur, et donc il sort de sa malédiction. Il y a une sorte de malédiction dans le fait d'être celui qui reçoit, parce qu'être celui qui reçoit, c'est être le contraire de celui qui donne.
Or il n'y a rien de pire que d'être le contraire de Dieu. Quand je crée, je participe à la création, j'amène des enfants dans le monde, et je deviens créateur. Donc je suis sauvé, je suis libéré de la malédiction inhérente au fait même d'être une créature. D'où le cri de joie de Hava, qui dit: « J'ai acquis un homme avec Hachem. » Et donc, du fait même de sa naissance, il est le sauveur. Comment s'appelle le sauveur en hébreu ?
Machiah. Donc, si vous voulez, Kaïn, c'est le premier Machiah. Si tout marche bien, il est celui qui achève l'histoire. Ça a commencé par Adam, et ça finit par un Ben Adam, fils de l'homme, qui est d'ailleurs un des noms du Machiah dans la Bible. Donc, si tout avait marché, Kaïn aurait été le Machiah. Ses parents le considéraient comme tel, ce qui prouve leur origine juive, n'est-ce pas ? Bon.
Et donc on peut dire que pour Kaïn, le centre de gravité du monde se trouve en lui. Il est, lui, le nombril du monde, et son nombril, c'est le nombril du nombril du monde, n'est-ce pas ? Qu'a-t-il fait pour ça ? Il n'a rien fait. Le fait même de son existence le met déjà au centre de gravité du cosmos tout entier. Et donc, dans cet état d'esprit, il n'y a pas de place pour un autre. L'autre est en trop, c'est un surplus, d'accord ?
Vatossef lalédet: elle ajouta d'enfanter. C'est-à-dire que la naissance du deuxième est un ajout, un surplus. Elle a eu un surplus d'enfantement. Et qu'a-t-elle enfanté ? Regardez dans le texte: il n'y a pas et, mais Ahiv, son frère. C'est-à-dire que l'autre naît dès le départ comme frère. Il met Kaïn en situation d'être frère.
Et donc ça implique une nouvelle notion, la fraternité. De fils, il devient frère. Si je suis le frère de quelqu'un, la fraternité implique que le centre de gravité est sorti de moi, qu'il est maintenant dans l'autre, et que j'en ai la responsabilité. Le fait même de devenir frère me détrône de ma situation de fils. Et donc c'est intolérable: il faut annuler le frère pour redevenir fils. C'est-à-dire que le premier-né est par nature un assassin potentiel.
Comment dit-on « assassin » en hébreu ? Rotséa'h. Et c'est parce qu'il ne veut pas de frère. Comme on dit en hébreu: oulo rotséa'h, il ne veut pas de frère. C'est un jeu de mots que vous pouvez comprendre vous-mêmes, bien que pas encore hébraïsé. Oui ?
— Merci, c'est très gentil.
Pourquoi, dans ce cas-là, n'a-t-il pas tué ses sœurs ? Aussi ses sœurs.
— Est-ce que tu veux une réponse à la question ? Pourquoi pas ? Eh bien, puisque tu es si gentil et que tu me proposes de donner une réponse, je vais le faire. La réponse est très simple: entre deux frères, il y a rivalité sur le même destin. Les deux sont des fils, et donc chacun prend la place de l'autre. Si l'autre est une fille, c'est une autre destinée: il n'y a pas de rivalité.
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