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Caïn et Abel : recevoir pour donner

Comment Caïn, né de l'homme, découvre que sa liberté peut le transformer et ce qui le pousse au meurtre.

51 min

Rav Oury Cherki

Ensuite : Le déluge, la Torah sous forme d'eau et le rêve de Noa'h, 51 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Nous sommes donc dans Béréchit. À quel chapitre sommes-nous arrivés ? Au chapitre d'Alet, je crois. Oui, c'est ça: chapitre d'Alet, verset Aleph. Je crois que le plus simple est d'ouvrir le livre tout simplement. Vous avez des livres là-bas, en tout cas un au moins. Il serait recommandé de l'ouvrir, parce qu'il a été imprimé dans ce but, pour être étudié.

Y a-t-il des livres ? Il y en a là, plein. Donc, chapitre d'Alet, verset Aleph: Ve-ha-Adam yada et Chava ishto, or l'homme avait connu Chava, sa femme. Ça n'a pas l'air si difficile que ça de trouver l'endroit. Ve-ha-Adam yada et Chava ishto, or…

Adam avait connu Chava, sa femme. Va-tahar, elle fut enceinte. Va-télèd, et elle accoucha. Un fils. Va-tikra et chemo Kaïn, et le Noma, Kaïn. Quoi ? Je n'ai pas lu ce qui est écrit. J'ai inventé un verset, mais ce n'est pas comme ça qu'on aurait dû le lire, n'est-ce pas ? Ce n'est pas comme ça que c'est écrit.

En fait, il aurait dû être écrit: « Elle accoucha d'un fils et elle le nomma Caïn. » On nous dit au contraire: « Elle accoucha de Caïn. » C'est-à-dire que dès sa naissance, il est Caïn, avant même qu'on lui donne son nom. Et Chava dit: « Kaniti ich et Hachem », j'ai acquis un homme avec Hachem, ou j'ai fait un homme avec Dieu.

Caïn, dès sa naissance, est une acquisition. Il est Caïn. On n'a pas besoin de lui donner son nom, il a déjà son nom. Pourquoi ? Parce qu'il s'est passé ici quelque chose de très grand. C'est la première fois dans l'histoire qu'un homme crée un homme. Auparavant, le premier homme a été créé par le Créateur du monde, il n'a pas été créé par un homme. Il y a donc une différence, je dirais abyssale, gigantesque.

Il y a donc une distance…

…absolue, sur le plan moral, entre le Créateur et la créature. Dieu donne, et moi je reçois. Je suis le contraire de Dieu. Or, c'est très désagréable d'être le contraire de Dieu, étant donné que Dieu est le Bien absolu, donc moi je suis le mal absolu. Oui, vas-y, qu'est-ce qu'il y a ?

— Ça, c'est vrai ce que tu dis là.

Oui, d'où le problème. Je ne peux pas ne pas recevoir, et recevoir, c'est mal. Il y a donc un problème dans mon être.

Cela peut entraîner un pessimisme absolu. Il y a des courants spirituels sur terre qui disent: la vie, c'est le mal. Il faut donc expier la vie en mourant. La mort serait la seule issue possible à cette malédiction. D'accord ?

De ce point de vue, l'attitude chrétienne est tout à fait claire. Ou bien, par exemple, l'attitude bouddhiste, encore plus extrémiste sur ce point, qui affirme qu'il faut l'anéantissement de l'être, aussi bien matériel que spirituel. Tout doit disparaître, et c'est cela la félicité suprême, parce qu'il y a une souffrance liée au fait même d'exister.

Effectivement, il y a un problème. Le fait d'avoir été créature, de recevoir tout son être d'un autre, cela me fait mal. Il y a un tikkoun de cela, une réparation. La réparation, c'est de recevoir pour donner. J'ai reçu, et je donne ce que j'ai reçu, parce que je ne peux pas donner sans recevoir. Et donc, quand je reçois, puisque mon intention est de pouvoir donner, cette réception n'est plus un mal, elle est un bien. Je reçois pour donner.

J'ai gagné de l'argent pour le donner en tsedaka. J'ai étudié quelque chose pour l'enseigner. J'ai reçu la vie pour faire des enfants. Non, c'est ce qui règle le problème moral. C'est effectivement ce que dit ici la première femme: Va-tomer kaniti ich et Hachem. Il y a donc une déclaration de joie, un cri de joie. J'ai enfin fait le contraire de ce que j'avais fait jusqu'à présent.

Jusqu'à présent je recevais, maintenant je donne. Et il s'avère que j'ai bien fait de recevoir, parce qu'en recevant je donne. C'est clair ou pas ? D'accord. C'est un des fondements les plus fondamentaux de la Kabbale, du système de la Kabbale du Rav HaShlag, l'auteur du Sulam sur le Zohar. D'accord ?

— Ben, cette idée de la transformation morale ?

De receveur en donneur. D'ailleurs, cela explique pourquoi le premier commandement de la Torah est « croissez et multipliez », faites des enfants. J'ai reçu la vie, et il n'y a rien de plus grand à donner que la vie elle-même. Il y a donc cette joie d'avoir donné l'existence.

Vous vous rappelez qu'on avait expliqué que l'interprétation de Rachi de ce verset, que nous avons vue, je crois, dans le dernier cours, est le contre-pied de l'interprétation chrétienne de ce verset. Vous vous rappelez ? Pour le christianisme, la conjugalité, la sexualité, tout cela est du mal, alors que dans la Torah c'est de la sainteté. Puisque c'est de la sainteté, cela dépend, évidemment, de la manière dont on s'en sert. Mais il y a ici une force de vitalité qui est la pureté elle-même.

Vous savez qu'il y a, à propos de ce qu'on appelle la volonté fondamentale, une opposition entre la civilisation moderne et la Torah. D'après la civilisation moderne, la volonté la plus fondamentale de l'homme, c'est de vivre. Dans la Torah, la volonté la plus fondamentale, c'est de donner la vie, de faire vivre.

Vous savez comment on dit « vouloir » en hébreu ? Ratsa, n'est-ce pas ? Mais il y a un autre verbe que ratsa, moins employé, plus poétique, mais tout aussi ancien: le verbe avah, Aleph Bet Hé. Par exemple: « Il n'a pas voulu, il n'a pas consenti à m'épouser », lo avah yabemi. Ce n'est pas de l'araméen, c'est de l'hébreu. Oui, parfaitement.

Vous voyez donc que le mot qui veut dire « volonté » en hébreu, ava, ressemble comme deux gouttes d'eau au mot qui veut dire « père ». Quand on dit av, c'est le père. Ava, c'est l'action d'être père. La volonté, c'est donc de donner la vie. D'accord ? Il y a donc ici une finalité morale de l'être, tandis que dans la civilisation occidentale, la finalité de l'être, c'est d'exister, donc de recevoir.

Il y a par exemple ce qu'on appelle, dans la civilisation occidentale, les droits de l'homme. Vous connaissez cette expression ? La Déclaration universelle des droits de l'homme. Qu'est-ce que cela suppose sur le plan moral ? Cela suppose que je suis sur terre et que j'ai des droits du fait même de mon existence. C'est justement cela, le problème.

Lorsqu'il y a eu les débats autour de la Déclaration des droits de l'homme, en France, à l'Assemblée nationale, il y a eu une exigence, de la part du clergé, de faire en parallèle une déclaration des devoirs de l'homme. Cela a failli passer, ce n'est pas passé. C'est peut-être dommage, parce qu'il y a ici tout un problème. Si l'on ne met pas les droits en rapport avec les devoirs, alors ce que cela enseigne à l'homme, c'est qu'il est là pour recevoir, pas pour donner. Recevoir …

Cours de Machon Meir

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