Pourquoi on ne se lève pas pour prier : la lourdeur de tête
Le Talmud rejette l'amertume, la faute, la crainte et la beauté comme fondements de la prière.
Rav Oury Cherki
Ensuite : La résurrection des morts et le retour en Erets Israël, 51 min
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Il y a cette idée qu'en fait, la prière serait un problème psychologique. Elle viendrait régler un problème psychologique. Par exemple, l'amertume que l'on ressent par rapport à ce qui nous manque. Vous avez quelqu'un qui dit: « J'ai pas d'argent, ou j'ai pas d'enfant, ou je n'ai pas de santé. » C'est extrêmement frustrant tout ça. Il y a une amertume qui se développe, un sentiment de manque, et…
Quand on prie pour ces choses-là, on a le sentiment d'être devant Dieu, mais en vérité, ce n'est pas devant Dieu que l'on est, on est devant son problème. Il y a une autre critique, qui consiste à dire que celui qui fait la prière vient en fait régler un sentiment de culpabilité qu'il a par rapport à une faute, par rapport à un péché, et qu'il vient combler ce sentiment de culpabilité.
Il y a une autre critique qui consiste à dire: la prière, c'est une expérience esthétique. C'est très beau, la prière. C'est splendide. Surtout dans les cultes chrétiens, on voit ça souvent, il y a une insistance énorme sur le côté cérémonial. Oui, exactement. Ça peut être un happening aussi, des choses comme ça. En tout cas, il y a une expérience esthétique.
Mais une expérience esthétique, c'est… il y a pour ça l'art. On n'a pas forcément besoin de penser qu'on est devant Dieu. Certains vous diront que l'expérience religieuse, ou l'expérience de la prière, c'est l'art. Bon, ça, on a déjà dit. Mais je ne vais pas insister. Une autre critique consiste à dire que ce serait une terreur: on est terrorisé, on a un tremblement par rapport à la transcendance, etc.
Alors, il faudrait voir qu'est-ce que c'est que la tefila, et qu'est-ce que nos hachamim ont à nous dire là-dessus. C'est pour ça que je vous propose d'étudier ensemble un texte de Maseret Brachot que vous avez devant les yeux. Vous ouvrez à la page Lamed Hamoudbet. C'est la première Michna du chapitre Tefilat HaShachar. Non, de Enomdin, pardon. Enomdin. Lamed Hamoudbet, ça vous donne dans les éditions habituelles, écrit 60 en haut. Vous avez trouvé ? Alors vous avez un texte qui commence par le mot Ein, en gros.
Vous y êtes ? Ein. Bon. Ein hamdine leit palay leilam etor kovedrosh. On ne se lève pour prier qu'avec la lourdeur de tête. J'ai traduit mot à mot: « qu'à partir d'une lourdeur de tête ». Avoir, d'être un peu lourd. Je ne sais pas ce que ça veut dire. Mais ce qui m'intéresse d'abord, ce sont les deux premiers mots. Ein hamdine. Non, ein hamdine ne veut pas dire « n'oublie pas », ça veut dire « on ne se lève pas ». D'abord, la prière est supposée être faite debout.
C'est-à-dire qu'on ne se lève pour faire la prière que si telles et telles conditions sont remplies. Alors, c'est écrit « lourdeur de tête », je ne sais pas ce que ça veut dire pour l'instant. Mais c'est intéressant de voir qu'un texte qui nous parle des règles de la prière nous dit quand la prière est interdite. On ne se lève pas. C'est-à-dire qu'il y a une interdiction. On n'a pas le droit de faire la prière si on n'a pas réuni telles et telles conditions.
Contrairement à ce qu'on a l'habitude de penser, et depuis la semaine dernière on pense déjà autrement, on pensait que la prière était une obligation. Au contraire, on voit ici que la prière est un privilège. Un privilège. Il y a bien une obligation, celle d'être en état de recevoir ce privilège. C'est un peu compliqué: j'ai le devoir d'entrer en condition pour pouvoir faire la prière. Mais tant que je ne suis pas rentré dans la condition nécessaire, je n'ai pas le droit non plus de faire la prière. La prière est interdite. Elle est fermée.
On peut comprendre, d'après ce qu'on a vu la semaine dernière, que tant qu'on n'est pas prophète, la prière devrait être interdite. Alors, comme nous ne sommes pas des prophètes, on a un petit problème. Comment ?
— Voilà, déjà: pas de prophète, pas de prophétie, pas de prière. Interdite. Bon, pourtant on la fait quand même. Mais il y a des conditions. La condition qui me permet, justement, de savoir que je suis en similitude avec l'expérience des prophètes. Quelque chose qui ressemble. Alors, comment faire pour pouvoir prier ?
Alors, on ne se lève pas pour la prière, et là, Bekhovd rosh. D'abord, cette histoire de se mettre debout, ça m'intéresse. On voit que c'est central. La prière se fait debout. Est-ce que vous connaissez une autre situation dans la vie où on doit être debout ?
— Au tribunal.
Oui. « Accusé, levez-vous. » C'est-à-dire que le jugement demande d'être debout. Au moment du mariage, personne n'en fait…
— Oui, c'est vrai.
Oui, mais le mariage, c'est aussi une façon d'être jugé. Il y a quelque chose qui fait que, on change d'état, n'est-ce pas, de célibataire à marié. Alors ça veut dire que quelque chose doit être jugé dans la personne. Et donc le jugement, c'est le moment d'être debout. On est en pleine stature. Et d'ailleurs, en hébreu, le mot prier se dit comment ? Lehitpalel. Ça veut dire se mettre en jugement.
Ce qui est judiciaire se dit en hébreu plilí, plilim. Donc lehitpalel, ça veut dire se mettre en état de jugement. Et vous savez qu'on demande quelque chose dans la prière. Dans la prière, je viens demander. J'aimerais bien avoir un sandwich au thon, sans mayonnaise et avec de la laitue. Je viens donc demander: je voudrais un sandwich. Et alors, le problème, c'est que…
La question se pose: les anges disent, bon, votre cas est soumis, mais il faut juger, savoir si vous méritez ou pas. Peut-être que je mérite le sandwich, peut-être que je ne mérite pas. Peut-être que je mérite, mais avec mayonnaise. Enfin, ça se discute. Le fait même de demander quelque chose me met en état de jugement. Un tribunal, selon la halakha, est composé de combien de personnes ?
— Trois personnes.
Trois personnes, n'est-ce pas, dans un tribunal. C'est pour ça que quand on quitte le tribunal de la prière, on se prosterne devant les trois éléments du tribunal: le juge qui est entièrement bonté, le juge qui est entièrement rigueur, et le président du tribunal qui réunit les deux. Et c'est devant ce tribunal que je présente ma requête. Donc je me mets en état de jugement. Quand je suis condamné à mort, c'est pour mon bien.
Évidemment, on n'aime pas ça, pour des raisons comme ça. Quel est le problème ? Être jugé, c'est une bonne chose. Il vaut mieux être jugé que d'être dans l'indifférence. Imaginez quelqu'un à qui le Saint béni soit-Il dit: fais ce que tu veux, je m'en fiche pas mal. C'est terrible, parce que ça veut dire que ma vie n'a pas de sens. Je peux faire le bien, je peux faire le mal, de toute façon ça n'a aucun sens. Être jugé, ça veut dire que je suis important. On pense …
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