La prière n'est pas naturelle, elle devient naturelle
Pourquoi la prière n'a rien d'instinctif, et comment la neshama finit par la rendre naturelle.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Modim : la louange de Dieu selon le Maharal, 51 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Shalom tout le monde. Nous allons étudier… Bonjour à tous, shalom. Notre étude porte sur un sujet qu'une partie d'entre vous connaissent, puisque nous l'avons étudié l'année dernière. J'ai dit au Rav Partouch que je m'en fiche pas mal, parce que ce qui est important, c'est les nouveaux. Oh non, non, vous pouvez rester. Vous pouvez rester, ça va, ne prenez pas la porte. De plus, il y a quand même un avantage, même pour les anciens, c'est qu'il y a des choses auxquelles il faut revenir.
Alors, notre étude va porter, comme il se doit, sur la prière. Nous allons avoir une série de cours sur la prière, un des moments les plus importants de la conscience juive, et donc de la conscience humaine en général, et ce sera notre sujet d'étude. Voilà. C'est pour ça que tu fermes ? Tu fermes l'enregistrement ? Ah bon, d'accord.
Bon, comme nous l'avons dit avant que l'enregistreur soit allumé, notre sujet d'étude sera la prière. La prière est un sujet difficile, pour tout vous dire, d'abord parce que ça pose énormément de problèmes. Je voudrais vous dire tout d'abord les erreurs qu'on fait en général par rapport à cette étude. On dit en général n'importe quoi, parce qu'on ne sait pas trop quoi dire. Je voudrais par exemple donner l'exemple d'un professeur de Kodech, comme on dit.
Il dit: mes chers élèves, nous allons aujourd'hui étudier la prière. La prière, nous dit le professeur de Kodech, est un mouvement naturel de l'homme. C'est quelque chose de spontané dans l'homme, l'homme veut faire la prière. L'élève, qui est un bon élève, un bon petit bourgeois d'une bonne école juive de Paris, se dit: il est fou. Il pense que la prière, c'est naturel. Si c'est vrai ce qu'il dit, ça veut dire que la première chose qui me vient à l'esprit quand j'ouvre un œil le matin, c'est
de me précipiter hors de mon lit pour me ruer avec mes téphilines à la synagogue. N'est-ce pas ? Or, je sais très bien que, pas moi, mais mon copain, a des difficultés à se lever pour la prière, et qu'il préférerait bien rester sous sa couverture. Non, ce n'est pas moi, c'est mon ami, mais je sais qu'il y a parmi nous des amis, près de moi, qui ont ce genre de difficultés. Donc c'est une erreur.
Maintenant, il y a une autre possibilité. C'est un très bon enfant, comme Agnan dans Le Petit Nicolas. Il se dit: le prof a raison. Pourquoi a-t-il raison ? Parce qu'il est le prof. C'est lui qui sait la vérité. Et donc je suis fou, parce que moi, j'ai des difficultés à me lever pour la prière. Et c'est encore plus grave, parce que penser que son maître est fou, c'est déjà un problème. Penser qu'on y soit même fou soi-même, c'est encore pire.
La vérité est exactement le contraire. La prière n'est pas naturelle. Rien dans l'être humain ne nous porte naturellement à la prière. Seulement, une fois qu'on a pris contact avec la prière, qu'on en a l'expérience répétée, Tu nous habitues à ta Torah, tu attaches notre cœur à tes mitsvot, alors ça devient naturel. Comment quelque chose qui n'est pas naturel peut-il devenir naturel ? Parce que c'est naturel pour la neshama, l'âme. C'est-à-dire, dans mon être-conscience, qu'on appelle en hébreu nefesh, du point de vue de la nature, je
ne suis pas porté à la prière. Mais du point de vue de la neshama, du point de vue de l'âme, de mon être éthéré, de ce que je suis devant HaKadosh Baroukh Hou, la base est naturelle. Et plus on fait de prière dans sa vie, plus on comprend ce que c'est que la prière, plus on a, si vous voulez, une infiltration de la neshama dans la nefesh. Alors des choses qui nous semblaient au départ tout à fait non naturelles deviennent totalement naturelles, à tel point que
cela fait partie de nous-mêmes, et qu'effectivement on se rue avec les téphilines hors de son lit pour aller à la synagogue. D'accord ? Mais il faut bien comprendre que ce n'est pas une évidence.
Maintenant, essayons de voir les choses un peu plus précisément. Je voudrais faire avec vous un peu d'historique de la prière. Dans l'histoire des hommes, on voit que les premiers hommes, ceux dont la Torah nous parle, ne faisaient pas la prière. Il n'est nulle part question dans la Torah d'une prière d'Adam Harichon, de Métouchélah, de Noa'h, de Chem, d'Ever: tous ces gens-là n'ont pas fait la prière.
— Il a demandé, il se sentait un peu seul. Il a dit qu'il se sentait un peu seul.
— À qui il a dit ça ? C'est totalement faux. Totalement faux. Dans la Torah, en tout cas dans mon texte de la Torah, ce n'est pas écrit. Il y est écrit que HaKadosh Baroukh Hou a dit qu'il n'était pas bien que l'homme soit seul, et qu'il lui a fait une compagne. Il n'a pas dit qu'Adam Harichon a dit quelque chose. Je ne dis pas ça pour t'embêter, hein.
Qu'est-ce qu'il y a ? Pour le Mabul, comme tu dis, c'est vrai, Noa'h n'a pas prié, c'est vrai. Tu as raison. Et effectivement, donc…
— Métouchélah a repoussé le Mabul, c'est très vrai, c'est-à-dire par son mérite.
— Non, non, pas du tout, pas du tout. C'est le mérite de Métouchélah, ou de Metouchélah, qui fait que le Mabul a été repoussé de sept jours, après la mort de Métouchélah. Pas prié, pas prié.
Allez, voyons, voyons, voyons. Abraham, je crois qu'il est dit en toutes lettres: Vayitpalel Avraham el Elokim. Et la Guemara dit que c'est Abraham qui a inventé la prière. Oui, c'est grâce à Abraham qu'on a Chaharit. C'est Abraham qui a inventé cette manière de rencontrer HaKadosh Baroukh Hou à travers la prière de Chaharit. Et depuis, ça existe, et puis Min'ha, et tout le reste, et Maariv. Mais en tout cas, cela veut dire que la prière n'est pas une chose naturelle.
Ce qui est naturel, par contre, et on le voit pendant toute l'histoire, c'est-à-dire c'est confirmé également par les historiens, c'est le sacrifice. Le sacrifice, le korban. Oui, le sacrifice, le korban, c'est quelque chose de spontané dans l'être humain. Et c'est exactement le contraire des intuitions fondamentales de l'homme moderne. Vous demandez à un homme moderne s'il a envie de faire un sacrifice, il ne se bat pas la tête. Est-ce que tu veux venir à la prière ? Ça, on peut en parler. C'est exactement quelque chose qui est inversé dans la conscience humaine. Naturellement, l'homme est porté à faire un sacrifice, mais naturellement, l'homme n'est pas porté à faire une prière. Et cela voudrait donc peut-être dire que la prière et le sacrifice, contrairement à une idée reçue, sont exactement le contraire l'un de l'autre.
— En quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ? Je vais trop vite ?
Oui, c'est pour ça que j'ai dit: contrairement à l'opinion commune, la prière est le contraire du sacrifice. Non, je vais expliquer tout de suite pourquoi. Je vais d'abord vous …
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