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La prière selon Rav Kook et la Guemara

Comment la Guemara définit le kovèi drosh, cet état de sérieux et de crainte joyeuse qui fonde la prière.

52 min

Rav Oury Cherki

Ensuite : La kedoucha et la prière collective selon Rav Kook, 53 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Shalom tout le monde. Nous avons commencé la dernière fois un passage du traité de Berakhot qui traite de la prière. Je crois qu'on avait étudié, à travers le texte de la Guemara, le problème de la définition de ce qu'est l'expérience religieuse, n'est-ce pas ? C'est une idée comme ça, une notion qu'on a inventée chez les Goyim: il y aurait ce qu'on appelle l'expérience religieuse. À tel point que, de même qu'on parle d'homo faber, d'homo sapiens, d'homo erectus, il y aurait aussi l'homo religiosus. Cela voudrait dire qu'il existe une manière d'être qu'on appelle le religieux, et qui a été étudiée dans différentes études. Il y a ce qu'on appelle la phénoménologie de l'expérience religieuse. Ce sont de très beaux mots.

Ça veut dire n'importe quoi. C'est, en fait, une manière de briller dans les salons: on parle de phénoménologie de l'expérience religieuse. Retenez bien ce nom, ces mots-là, parce que ça permettra justement de faire un quant-à-soi. Et ce qui se cache derrière cette idée, c'est qu'il y a une façon d'être, une manière d'être qu'on appelle être religieux.

Or, on va voir que dans la tradition de la Guemara, il n'y a rien de ça. Ça n'existe pas. L'expérience religieuse par excellence, celle de la prière, a besoin d'être définie. La Michna l'appelle Kovéa Drosh, Kovéa Drosh étant une sorte d'expérience de lourdeur de tête et une sorte de sérieux. La Guemara se demande d'où l'on tire ce devoir d'avoir ce Kovéa Drosh, cette expérience religieuse donc, et on amène différents versets. On avait commencé à voir ça la dernière fois: un verset qui nous parle d'amertume, un autre qui nous parle de crainte, un autre qui nous parle d'expérience esthétique, et un autre qui nous parle de tremblement.

Maintenant, je ne sais pas si vous avez remarqué que ces quatre mots que je viens d'employer, l'amertume, la crainte, l'esthétique et le tremblement, sont des expériences que l'on a dans la vie de tous les jours. Indépendamment de la synagogue ou de tout autre cadre religieux, ce sont des choses que l'on vit. L'amertume, on n'a même pas besoin de croire en Dieu pour avoir de l'amertume. De la crainte, de la joie, toutes ces choses-là. Donc on voit bien que la Guemara, quand elle est à la recherche de la définition de l'expérience religieuse, n'emploie aucune expression particulière à la vie religieuse. Le terme même de religieux n'existe pas dans la Guemara. C'est important de comprendre ça: être religieux, en fait, c'est une fiction.

Il y a des êtres humains. Pourquoi a-t-on employé le terme de « religieux » ? Pour des raisons de facilité. Il y a souvent cette expression: « Toi, tu penses comme ça parce que tu es religieux. » Vous connaissez cette idée ? Ça ne veut rien dire. Mais qu'est-ce qu'on veut dire, quand même, par ces phrases qui ne veulent rien dire ? Que veut dire « tu dis ça parce que tu es religieux » ? Ça veut dire qu'il y aurait une sorte de manière de penser qui n'appartiendrait qu'à une certaine sorte d'homme. Et si je ne me sens pas religieux, je n'y appartiens pas. Donc on pourrait dire que tout le contenu de la Torah, de la Tradition, etc., ne me concerne pas, puisque je ne suis pas religieux.

Être religieux, c'est une sorte de tare que l'on acquiert à la naissance, parfois. Comme disait Manitou, la première fois qu'on m'a dit « tu es religieux », je me suis demandé: « Oh là là, donc je suis malade. » Il y a quelque chose qui s'attrape, c'est grave, c'est peut-être génétique. Est-ce que c'est contagieux ? Il faut faire attention. En tout cas, je me rappelle avoir eu un entretien, une fois, avec un jeune homme qui est arrivé à la yeshiva à Roch Hachana, un jeune homme

de… Il m'a dit, comme le dit Hiloni, que, étant donné que je suis religieux, il est évident qu'il y a des questions que je ne poserai jamais. Alors je lui ai dit: non, c'est faux. Je pose les mêmes questions que toi. Ça l'a beaucoup gêné, parce qu'il voulait absolument me persuader qu'il y avait des choses que je ne pouvais pas penser, que je ne pouvais pas questionner. Ça permet d'éviter la menace que je représente: je viens au nom de la Torah, j'ai donc quelque chose à

dire, c'est menaçant.

Je vais m'expliquer. Ce rabbin pense comme ça parce qu'il est religieux, au lieu de penser simplement qu'il est humain. Et s'il est humain, alors il a quelque chose de commun avec tous les humains, et les questions qui sont posées sont posées, etc. D'accord ? Il en est de même pour l'expérience religieuse. Si vous avez froid, vous pouvez fermer la fenêtre qui est là-bas, au fond. Il en est donc de même pour… oui ? Oui ?

— Exactement.

Or, c'est faux. La manière de penser que nous avons, c'est la manière de penser des hommes, parce que nous sommes des hommes. Il y a certains hommes qui ont étudié la Torah, d'autres qui ne l'ont pas étudiée, certains qui pratiquent les commandements de la Torah, certains qui ne les pratiquent pas. Mais, fondamentalement, la réflexion humaine est la même dans l'univers tout entier, y compris dans les galaxies éloignées. Je n'ai pas encore vérifié, mais je pense que même dans les galaxies éloignées, c'est comme ça. Oui ? Là, il y a un petit problème.

Certains se pensent parfois religieux, et c'est une manière d'abdiquer leur humanité. Je vais arrêter de penser, je vais restreindre mon champ de réflexion parce que j'ai peur. C'est une manière d'avoir peur. Ce n'est donc pas un grand honneur pour la Torah. Ce n'est pas tellement un Kiddouch Hachem, c'est plutôt un Hilloul Hachem de penser que, parce qu'on a la Torah, on a un champ de réflexion réduit. Au contraire: si on a la Torah, ça devrait nous donner plus de facilité dans l'étude et dans la réflexion humaine.

Mais tout ça nous écarte un peu de notre sujet. Le sujet, c'est l'expérience religieuse, celle de la Tefila. On a vu que, dans la Tefila, la Guemara a réfuté chacune des définitions proposées pour le Kovéa Drosh, pour l'expérience qui vient avant la Tefila. Il y a une chose aussi importante que j'ai oublié de signaler. Souvent on se dit: on va faire la prière pour arriver à une certaine expérience, n'est-ce pas ? J'ai bien prié, donc je ressens quelque chose. D'après la Michna, c'est le contraire: je dois ressentir quelque chose, et alors je peux prier. Tout le problème est de savoir ce que c'est que ce quelque chose que je dois ressentir.

Je n'ai pas le droit de faire la Tefila tant que je ne suis pas arrivé à une certaine expérience. Ein omdin le-tefila ela mitoch kovéa drosh: on n'a le droit de se lever pour la prière que si l'on est arrivé d'abord au Kovéa Drosh. Il faut donc d'abord arriver au Kovéa Drosh, et après on fait la prière. Alors, c'est quoi, …

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