Abraham, la émouna et le mérite selon Rachi et le Rambam
Le verset 15,6 : Rachi y voit un mérite d'Abraham, le Rambam une grâce divine, et le cours en tire leurs enjeux.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Pourquoi la terre exige une identité morale, 49 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Shalom tout le monde. Si je me trompe, on est dans Béréchit, au chapitre Tet Vav, au verset Vav, n'est-ce pas ? Ou est-ce que je me trompe ? C'est ça. Très bien. Vehé'émine baHachem, il crut en Dieu. Vayarchévé à l'eau, et il considéra pour lui tsedaka.
Je ne veux pas traduire le dernier mot. Pourquoi ? Parce que le dernier mot, tsedaka, a en hébreu deux significations totalement opposées. La première signification du mot tsedaka, c'est une grâce. La deuxième signification du mot tsedaka, c'est un mérite. C'est exactement le contraire. Parfois la Torah emploie le mot tsedaka dans le sens de grâce, parfois dans le sens de mérite. C'est très bizarre, parce qu'en fait,
l'origine de cette dualité, c'est que le mot tsedaka veut dire également charité et justice. Justice se dit en hébreu tsedek. Le féminin de tsedek, c'est tsedaka. Donc l'application de la justice, ça serait tsedaka. La justice passe par le mérite. Par contre, le mot tsedaka, quand il est mis en opposition à michpat, signifie charité, et la charité implique le gratuit, la grâce. Donc, ça pose problème. Ce verset n'est pas clair. À part ça, le sujet n'est pas clair non plus. Et il, lui, considéra cela comme une sédaka. Il, lui. Qui c'est il et qui c'est lui ?
Vayarchévé, n'est-ce pas ? Je reprends ici. Vayarchévé lo. Il lui considéra, il considéra, il la considéra pour lui. Qui c'est il et qui c'est lui ? Il c'est Hachem et lui c'est Avraham. Qui c'est qui a dit ça ?
Sur la base de quoi ? Qu'est-ce qui t'indique que c'est forcément Hachem pour Avraham ? Peut-être que ce serait le contraire, Avraham pour Hachem ? Oui ? Vehé'emin baHachem, il a cru en Dieu. Donc les deux sont mentionnés, aussi bien Avraham que Dieu. Vayarchév ve'halo. La conséquence, d'accord, mais la conséquence, c'est quoi ? C'est Hachem pour Avraham ou Avraham pour Hachem ? Pas clair, n'est-ce pas ? Alors, un verset qui n'est pas clair, qu'est-ce qu'il engendre ? Hein ? Il engendre un sode.
Soyons peut-être plus simples au niveau des commentaires. Il implique deux interprétations différentes. Vous avez une controverse entre Rachi et le Rambam. Cette controverse n'est pas du tout facile, parce que le Rambam a des mots très durs pour Rachi. Alors nous allons étudier ce que dit Rachi, et après nous allons étudier ce que dit le Rambam.
Et c'est très embêtant que le Rambam ne soit pas d'accord, parce que Rachi, comme vous le savez, a toujours raison. Mais les arguments du Rambam contre Rachi sont très forts. Et c'est très embêtant, parce que le Rambam, lui aussi, a toujours raison. Ce qui ne va faire que nous embarrasser encore plus. Alors, commençons. Vehé'émine baHachem, et il crut en Dieu. Ou il avait cru en Dieu, c'est plutôt un passé antérieur. Vayarchév tsedaka.
Et Dieu considéra pour Avraham cela comme un mérite. C'est-à-dire qu'Avraham a un mérite devant Dieu, c'est le mérite de la émouna. D'accord ? C'est ce que dit Rachi. Donc, d'après Rachi, Avraham est méritant. Il a un mérite. Tsedaka, dans le sens de mérite. Par exemple, lorsqu'on doit rendre un gage amené par un pauvre, par un emprunteur pauvre, on lui rend son gage,
pour qu'il puisse, s'il a amené une couverture, se réchauffer pendant la nuit. Alors on lui rend la couverture avant la nuit. Et la Torah dit: ou'lekha tihyé tsedaka. Et pour toi, tu auras un mérite. Donc le mot tsedaka, comme le dit Rachi, signifie un mérite.
Le Rambam a une objection, d'abord de logique. Il dit: quel mérite y a-t-il à croire ce que Dieu vous dit ? Si Dieu me parle directement, c'est la moindre des choses que je le croie. Si ce n'est pas en Dieu que je peux avoir confiance, alors en qui ? Avram est un prophète. C'est Dieu qui lui parle. Il lui dit: tu vas avoir une descendance. Le mérite d'Avram, c'est de le croire ? C'est absurde. D'accord ? Bon, mais le Rambam ne se contente pas de cette objection. Il a des mots durs. Il dit que les paroles de Rachi sont intolérables, ça ne passe pas. Qu'est-ce qui le dérange ?
Quelle est la mouche qui a piqué le Rambam ? Le Rambam est quelqu'un qui a beaucoup de sensibilité, et il a très bien compris que cette idée qu'il y aurait un mérite à avoir la émouna se rapproche d'une spiritualité étrangère au judaïsme, qu'on appelle le christianisme. Dans le christianisme, le mérite, c'est le mérite de la émouna. Chez les Juifs, le mérite, c'est le mérite des actes.
Ce n'est pas par la émouna qu'on est jugé, c'est par les actes qu'on est jugé. Donc le fait qu'il y aurait un mérite à avoir la émouna, d'après le Rambam, est une chose intolérable. Ça l'embête tellement qu'il ne veut même pas le dire, et c'est à cause de ça qu'il s'oppose. Pour ne pas donner de force à une interprétation christianisante. Donc le Rambam va interpréter différemment. Le Rambam dit: pas du tout. Vayarchév lo. Avraham a considéré que la promesse de Dieu était une grâce.
Il vayarchév à l'eau, donc il a interverti les sujets, et il donne également un autre sens au mot tsedaka. Tsedaka est une charité, une grâce. Je ne mérite pas d'avoir des enfants, je ne mérite pas qu'il soit fait un miracle pour que ma femme ne soit plus stérile, et que je ne sois plus stérile, mais HaKadosh Baroukh Hou le fait quand même, c'est par charité qu'il le fait. Je ne le mérite pas. C'est exactement le contraire de Rachi. N'est-ce pas ?
Maintenant, essayons de comprendre pourquoi Rachi a raison. Rachi a raison parce que c'est vrai que d'habitude la émouna ne donne pas de mérite. Mais dans le cas d'Avraham, la émouna donnait un mérite. Pourquoi ? En qui Avraham a-t-il eu la émouna ? En qui ? En lui ? Il a eu la émouna en lui ? Donc il a la émouna en qui ? Très bien, c'est extraordinaire ce que vous dites. Vous avez trouvé ça tout seul ?
C'est très fort. C'est-à-dire qu'en fait, le mérite d'Avraham, c'est qu'il a eu la émouna en Hachem. Or, la émouna en Hachem est pratiquement impossible, parce qu'elle contredit la émouna en Elohim. C'est-à-dire, Elohim, selon la Torah, c'est celui qui a créé le monde, n'est-ce pas ? Vous connaissez le premier verset de la Torah, je crois: Béréchit bara Elohim. Donc Elohim est le créateur du monde.
Il est le créateur de la nature, donc la nature est voulue par Dieu, donc elle est immuable. Donc l'idée qu'il puisse y avoir un miracle qui va transformer la nature, c'est un blasphème. C'est blasphématoire de croire au miracle quand on a la émouna en Elohim. Et pourtant, Avraham a dû surmonter cet obstacle, et il a développé en lui une écoute particulière, qui lui fait entendre la promesse d'Hachem qui va transformer la nature. Donc il a fait un travail de transformation de son être. Donc il …
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