Lo tov : quand la Torah dit que le monde n'est pas bon
Le verset « Lo tov » (Béréchit 2, 18) et le rôle du jugement humain sur la création, avec la question de la solitude de l'homme.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Pourquoi « lo tov » : la solitude de l'homme dans Béréchit, 45 min
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Bonjour tout le monde. Nous allons continuer notre étude du livre de Béréchit. Une petite question tout d'abord: d'après la Torah, le monde que Dieu a créé est-il bon ? Oui, n'est-ce pas ? La preuve, c'est qu'à chaque moment de la création, il est dit que Dieu a vu que c'était bien: Vayar Elohim ki tov. Et même pour l'ensemble de la création, Vayar Elohim et kol asher assa, vehiné tov me'od, on l'a vu à la fin du premier chapitre.
Dieu était content de tout ce qu'il avait fait. Il trouvait que c'était bien. D'où se pose un problème: comment se fait-il qu'il puisse y avoir des opinions pessimistes ? Il existe des philosophies pessimistes, des théologies pessimistes, qui disent que tout va mal. Et des gens comme ça, on leur demande: « Comment ça va ? — Ça va mal. — Et comment ça ira ? — Pire. — Et qu'est-ce que tu penses de l'ensemble du monde ? — Ça ne valait pas la peine. »
Ça ne valait pas la peine d'être créé. D'accord ? Donc il y a ici un problème. Comment se fait-il que, dans un monde dont Dieu témoigne lui-même qu'il est bien, il puisse y avoir une opinion comme quoi le monde est mauvais ? Il est donc indispensable de trouver dans le livre de Béréchit la source qui nous permet de juger, qui donne une place à ce jugement: le monde est mauvais, le monde est mal.
Eh bien, c'est déclaré en toutes lettres dans le verset que nous allons étudier maintenant, au chapitre Bet, au verset Yud-Het. Chapitre Bet, verset Yud-Het. Vous avez trouvé ? Très bien. Vayomer Hachem Elohim: « Et l'Éternel Dieu dit », lo tov: « ce n'est pas bien ». Quand on dit lo tov, c'est bien pire que « mal ». Si je dis que quelque chose est mal, cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas du bien mélangé au mal. Mais si je dis qu'il n'y a pas de bien, c'est le mal absolu. Il n'y a pas de bien: lo tov. Tout est mal. Vous avez compris ?
Donc nous avons un texte de la Torah qui nous dit, contrairement à tout ce que nous avons vu jusqu'à présent, que tout va mal: Vayomer Hachem Elohim lo tov. Si c'était écrit « ça va mal », cela ne voudrait pas dire qu'il n'y a pas de bien. Mais si je dis qu'il n'y a pas de bien, cela veut dire que ça va absolument mal. D'accord ?
D'où vient cette différence de jugement ? C'est très simple. Qui a donné la note au bon Dieu quand il a dit que c'était bien ? C'est lui-même. Si vous vous notez vous-même à vos examens, vous mettrez toujours une bonne note, n'est-ce pas ? Dieu a créé le monde selon sa volonté, et c'est évident que c'est bien. Quand est-ce que cela peut changer ? Quand il y a quelqu'un d'autre qui doit lui aussi donner son avis. Ce n'est pas seulement vous qui donnez votre note: il y a quelqu'un de l'extérieur qui va juger. Et lui peut juger en mal.
Qu'est-ce que nous avons appris dernièrement ? Que Dieu avait créé l'homme, et que l'homme est doué de jugement, contrairement à tous les autres êtres. Les animaux, les étoiles, le soleil, la lune, les plantes, tout cela n'a pas de jugement. Mais l'homme est doué de jugement. Donc, une fois que l'homme est créé, il y a une possibilité de considérer que tout va mal.
Effectivement, du point de vue de l'homme, tout est mauvais. Et si, du point de vue de l'homme, tout est mauvais, cela veut dire que la création dans son ensemble est ratée. Car si l'homme est le couronnement de la création, c'est lui, la pensée du monde, qui va juger de la création. Donc si la création, du point de vue de l'homme, est mauvaise, cela veut dire que le monde entier est mauvais. C'est ce que dit ici Dieu: Vayomer Hachem Elohim lo tov.
Et pourquoi est-ce si mauvais ? Lo tov heyot ha-adam levado: parce que l'homme est seul. Oui ? Bien sûr. Alors, une seconde. Regardez le mot tov que vous avez devant les yeux. Il y a sous le mot tov un ta'am. Quel est ce ta'am ? On l'appelle un tevir. D'accord ? Cela ressemble à une virgule avec un point dedans. Vous avez remarqué ?
Tevir est un mot araméen qui veut dire « casser ». Cela correspond à un point-virgule. C'est comme s'il y avait une phrase qui s'achevait là. Sinon, il n'y aurait pas de point dans la virgule, il y aurait seulement la virgule en question, qu'on appelle ma'arich chez les séfarades et merkha chez les ashkenazes. Mais il y a ici ni un ma'arich ni un merkha: il y a un tevir. Le tevir signifie qu'il faut arrêter la lecture là. Donc: lo tov. Point.
Et pourquoi ? Lo tov heyot ha-adam levado, puisque l'homme est seul. D'accord ? Voilà. Donc la solitude de l'homme amène l'homme à considérer que le monde n'a pas de sens. Pourquoi ? Tout simplement parce que ce qui me caractérise, moi, en tant qu'homme, c'est la connaissance. Qu'est-ce que je peux connaître ? La réponse: je peux tout connaître. C'est la faculté de la science. Je peux tout savoir.
Il y a une seule créature que je ne peux pas connaître: c'est moi-même. Hachem n'est pas une créature, Hachem est le Créateur. Je ne peux pas me connaître moi-même. Pourquoi ? Parce que, pour connaître quelque chose, il faut lui être extérieur. Si je ne peux pas me voir de l'extérieur, je ne peux pas me connaître. Si moi, qui suis la personne la plus importante pour moi, je ne peux pas me connaître, à quoi me sert de connaître tout le reste ?
Donc le monde est absurde, il me frustre. Le monde est donc mauvais. Si moi, l'homme, je suis malheureux de l'état du monde, cela veut dire que la création tout entière ne valait pas la peine d'être faite. Et donc Dieu a raison de dire: lo tov, tout va mal. Pourquoi ? Parce que l'homme est seul, de l'extérieur. Il n'y a pas de distance entre moi et moi.
La connaissance suppose une distance. Par exemple, je veux connaître cet objet: je suis loin de l'objet. Si c'était l'objet lui-même, je ne pourrais pas me connaître. Ce qui rend la vie intéressante, c'est qu'elle m'explique qui je suis. Mais si je ne peux pas savoir qui je suis, à quoi me sert de savoir tout le reste ? La solitude, cela veut dire être collé à soi-même.
D'ailleurs, le mot « seul » envoyé par la Torah, c'est le mot levado. À distinguer du mot badad. Badad veut dire vraiment seul; levado veut dire collé à lui-même. En hébreu, le contreplaqué se dit etz lavoud: lamed, vav, vav, dalet. De même, le feutre, qui est fait de petits morceaux de laine collés …
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