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Le dialogue du Nahash et la femme dans le jardin

Le serpent comme part naturelle de l'homme, et la lutte entre nature et morale dans l'être humain.

14 min

Rav Oury Cherki

Ensuite : Béréchit bara : la création par l'histoire, 50 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

## Introduction et premier verset du dialogue

Bonjour, nous allons continuer notre étude de Béréchit. Pour autant que je me rappelle, nous en sommes arrivés à l'histoire du fruit de l'arbre de la vie et de l'arbre de la connaissance. Si nous arrivons au chapitre guimel, au verset Aleph, nous découvrirons un élément nouveau.

Le Nahash était le plus intelligent, le mot Aroum, à différencier du mot Aroum qui veut dire nu: Aroum veut dire intelligent. Le Nahash était le plus intelligent de tous les animaux des champs que Dieu avait faits.

Nous savons tous que l'animal le plus intelligent que nous connaissons, c'est l'homme. Donc ici, le terme Nahash désigne l'homme, l'homme en tant que doué d'intelligence naturelle. Vayomer El HaIshah: il s'adressa à la femme. La femme fait également partie des composantes de l'être humain. Il s'agit donc ici d'un dialogue intérieur au sein de l'être humain. Le Nahash, qui est l'identité intellectuelle naturelle de l'homme, s'adresse à un élément de l'identité morale de l'homme, qu'on appelle Isha.

C'est ici que nous voyons une première rivalité entre deux foyers dans le même être. Il y a, si l'on veut, l'opinion Nahash, que l'on traduit malheureusement par le mot « serpent », mais ça n'a rien à voir, parce que Nahash veut dire deviner: ceux qui devinent. Il y a donc l'identité Nahash, qui considère que l'homme est un être de nature, entièrement de nature, sans élément moral. Par contre, nous avons l'identité Ish-Ishah, qui considère l'homme comme un être moral. Et tout le problème est de savoir qui l'emporte sur qui. Nous savons tous qu'il y a en nous de la bête, et qu'il y a en nous de l'être moral. Tout le problème est de savoir qui domine qui, qui l'emporte sur qui. Donc toute cette histoire, le dialogue entre le Nahash et la femme, c'est en fait ce problème-là.

Je tiens à rappeler également un point très important: à ce moment du récit, l'homme n'a pas encore de corps. Il est une âme dans le jardin d'Éden. Quand on parle du Gan Eden, c'est en général une expression employée de façon populaire pour désigner le monde des âmes, là où l'on s'en va après la mort. S'il est question ici du Gan Eden, il s'agit donc d'un dialogue intérieur au sein d'une même âme, au sein d'un même être. On ne peut donc pas considérer ici le Nahash et l'homme comme des entités séparées. Il s'agit d'un dialogue intérieur.

D'ailleurs, il est intéressant de se demander à partir de quel moment du récit il est question de l'homme doué, enveloppé d'une enveloppe corporelle. La réponse est très simple. Elle se trouve à la fin de notre chapitre, dans le chapitre guimel, au verset kaf alef: Vaya'as Hachem Elohim le'adam ul'ishto kotnot or vayalbishem, « C'est alors que l'Éternel Dieu fit pour l'homme et sa femme des tuniques de peau et les en revêtit. » Quelle est cette enveloppe de peau dont Dieu nous a revêtus ? Il s'agit évidemment de notre corps.

Donc, jusqu'à présent, l'homme n'avait pas honte d'être nu. Dans quel sens était-il nu ? Il n'avait pas encore de corps, il n'avait donc rien à cacher. C'est à partir du moment où il a péché, où il y a une dissonance entre ce qu'il devrait être et ce qu'il est, qu'il faut cacher son être, et donc il est enveloppé d'un corps. Le corps crée une opacité qui fait que l'on ne sait pas vraiment ce qui se cache à l'intérieur de l'homme.

Je reviens ici au début du chapitre. Il y a tout un dialogue. Vayomer el HaIshah: c'est alors qu'il dit à la femme, Af ki amar Elohim lo'to lo tochelou mikol ets hagan ?: Dieu n'a-t-il pas dit de ne manger d'aucun arbre du jardin ? Va'tomer ha-Ishah el ha-Nahash: et alors la femme répondit au Nahash: mi-pri ets ha-gan no'khal: nous pouvons manger des fruits de l'arbre du jardin.

Remarquons ici une chose très importante. Quand le Nahash parle de ce qui est interdit, il dit que ce qui est interdit, c'est l'arbre, Ets hagan, littéralement le bois, le bois de l'arbre. Et quand la femme dit ce que l'on a le droit de manger, elle dit: nous avons le droit de manger du fruit de l'arbre. C'est-à-dire que le bois est effectivement interdit, mais le fruit est autorisé. Formellement parlant, c'est tout à fait vrai. Dans l'injonction faite par Dieu au premier homme, il lui dit de ne pas manger de l'arbre de la connaissance. Il ne lui dit pas de ne pas manger du fruit de l'arbre.

## L'arbre et son fruit

Qu'est-ce que cela veut dire ? Les rabbins du Talmud ont expliqué que le fruit de l'arbre et l'arbre lui-même avaient le même goût. Imaginez un arbre dont les branches ont le goût des fruits qui sortent de lui. C'est-à-dire qu'il n'y a pas de différence entre l'intermédiaire et le but, ce qu'on appelle Emtsaï et Matara. Si vous voulez, cet état de choses, dans lequel même l'intermédiaire a le goût de la finalité, ne se passe qu'à la fin de l'histoire, lorsque le monde est enfin arrivé à sa perfection. Tant qu'on n'y est pas arrivé, on ne peut pas se permettre de manger de l'arbre, on ne peut manger que du fruit. Et c'est exactement cela que la femme a répondu au Nahash.

Ensuite, elle ajoute: « Quant au fruit de l'arbre qui est au milieu du jardin, Elohim a dit de ne pas en manger, de ne pas y toucher, pour ne pas mourir. » Là, effectivement, ça a l'air d'être faux, puisque Dieu n'a pas interdit de manger du fruit de l'arbre central, il n'a pas interdit de le toucher. Mais on peut dire qu'il y a ici ce qu'on appelle une Gzéra de-Rabanan, c'est-à-dire que la première femme ajoute une interdiction supplémentaire pour ne pas être entraînée au mal. C'est en cela qu'elle a raison. C'est un grand principe de la halakha que l'on ajoute des interdictions à ce que Dieu dit ouvertement, pour pouvoir éviter de tomber dans le mal.

Vayomer ha-Nahash el ha-Ishah: lo motetun. Le Nahash dit à la femme: vous ne mourrez pas. Dieu vous l'a interdit uniquement parce qu'il sait que si vous en mangez, vous deviendrez comme des dieux et vous connaîtrez la différence du bien et du mal. Quel est l'intérêt du Nahash d'entraîner la chute de l'homme ? Le Nahash est en fait l'état antérieur de l'être humain.

## La nature et l'être moral

Je tiens à rappeler ici ce que nous avons étudié dans le premier chapitre de la Torah. Au début de l'apparition de la vie biologique, il est dit au verset: Vayomer Elohim totse'ha ha-arets nefesh chaya lemina, behema varemes vechayeto lemina. Dieu a dit: il faut que la terre, c'est-à-dire la nature, produise tous les êtres vivants, y compris l'homme, nefesh chaya. Mais la terre n'en a pas été capable, finalement. Tous les animaux sont sortis de la nature, sauf l'être humain. Nous comprenons tous que ce qui a été impossible …

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