Abraham donne tout à Yitzhak et les cadeaux aux fils des concubines
Le don d'Abraham à Yitzhak, la notion de propriété et la question des legs de son vivant.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Yaakov, Essav et les bénédictions volées, 53 min
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Chalom ou'rabba. Nous allons donc continuer notre étude du livre de Béréchit. Où en sommes-nous ? Kavdalet Samerzan. C'est très bien. Nous allons pouvoir passer au verset juste après: chapitre Kaf-Hé, verset Aleph. Aleph, cela veut dire « un ».
Vayossef Avraham vayikah ichahvchemah Ketoura: Avraham ajouta et prit une femme du nom de Ketoura. C'est très intéressant, mais qu'est-ce que cela vient nous apprendre ? C'est-à-dire qu'Avraham, une fois que Yitzhak est marié, peut se permettre de se consacrer à son hobby préféré, qui est l'universalisme. Il va donc épouser une femme pour donner naissance à d'autres nations. Cela fait partie, si vous voulez, de la générosité d'Avraham, de sa bienveillance. Il va donner naissance à des nations.
Vatéled lo et Zimran, veet Yokchan, veet Medan, veet Midyan, veet Ichbak, veet Chouah. Ce qui veut dire: elle enfanta pour lui Zimran, Yokchan, Medan, Midyan, Ichbak et Chouah. Veyokchan yalad et Cheva veet Dedan. Yokchan engendra Cheva et Dedan. Oubné Dedan Achouritim Letouchim Oulehoumim. Vous avez donc ici toute une série de tribus, de nations, qui sont issues d'Avraham. Elles ne sont pas en rivalité avec Israël, puisque Yitzhak a déjà été élu et qu'Ichmaël a déjà été renvoyé. Il ne reste donc que la bienveillance d'Avraham.
— Oui, mais une fois que la marche est assurée, il peut en rajouter.
Et de là va naître une nation du nom de Midyan. Cette nation a une signification très importante dans la suite du récit de la Torah, entre autres parce que c'était l'option, l'alternative que Moshé avait prévue en cas d'échec avec Israël. Quand il se rend chez Yitro, après avoir échoué dans sa première tentative de libérer Israël. D'accord ? On voit donc qu'il y a toujours un arrière-plan midianite dans l'identité de Moshé, et cela a son influence sur la suite du récit.
— Qui t'a dit que c'était forcément Midyan ?
Le fait est là.
— Oui, mais une fois, les de Midyan, Balak s'adresse à eux.
Les, tu veux dire les anciens, n'est-ce pas ?
Les Midyanim, c'est parce que Moshé avait grandi chez eux. D'accord ? Tout cela se passe après. Maintenant, nous allons passer au verset Hé.
Vayiten Avraham et kol acher lo le Yitzhak. Avraham donna tout ce qu'il possédait à Yitzhak. Si vous donnez à quelqu'un tout ce que vous possédez, qu'est-ce qu'il vous reste ? Rien. Voyons le verset suivant: Velivné hapilagchim acher le Avraham.
Nathan Avraham, à ta note: quant aux fils des concubines d'Avraham, Avraham leur a donné des cadeaux. D'où a-t-il des cadeaux à leur donner ? S'il a tout donné à Yitzhak, d'où vient-il qu'il ait des cadeaux à leur donner ? Comment peut-on donner un cadeau qui n'est pas à soi ?
— Je veux bien, mais même s'il donne un savoir…
On nous a dit tout à l'heure qu'il a tout donné à Yitzhak, cela comprend également le savoir. Hein ? On ne le perd pas. C'est comme une bougie à partir de laquelle on peut en allumer mille. Cela peut aussi être cela. Et si l'on veut comprendre un peu mieux…
— Il faut prouver ces choses-là.
Oui ?
— Qu'est-ce qui appartient à Avraham ?
Là, il faudrait entrer dans un problème plus grave, plus large. Qu'est-ce que la propriété ? Quand je dis que quelque chose est à moi, qu'est-ce que cela veut dire ? De manière générale, la propriété est une fiction, une convention. On dit par exemple: si j'ai fait tel et tel acte d'achat, l'objet devient à moi. Si je ne fais pas l'acte d'achat, l'objet n'est pas à moi. Je peux donc revendre l'objet par un autre acte de vente, et il cesse d'être à moi. Mais l'objet n'a pas du tout changé. Ce qu'on appelle la propriété est une sorte de bluff qui permet à la société de fonctionner. C'est en fait du bluff.
— C'est moi qui ai créé l'objet, et il n'est pas parti ?
Pas forcément. Tu peux avoir créé un objet parce qu'on te l'a commandé. Si cela n'a pas marché et que je l'ai vendu, c'est moi qui l'ai créé, certes. Mais on peut très bien te dire, si tu es employé dans une usine: il faut que tu fasses cet objet. Il n'est donc pas à toi. Disons, comme ça, que tu as fait un enfant. Est-ce qu'il est à toi ? Non, il n'est pas à toi. Pourtant, c'est toi qui l'as fait entièrement. Enfin, toi et ta femme.
Ce n'est donc pas exactement cela. Il y a des choses qui sont à moi et auxquelles je ne peux pas renoncer. Par exemple, ma vie. Le suicide est interdit d'après la Torah, n'est-ce pas ? C'est-à-dire que je ne peux pas donner ma vie. En fait, il n'y a que ce qui est donné par Dieu qui m'appartient véritablement. Elle m'appartient véritablement, c'est pour cela que je n'ai pas le droit de la donner. C'est quelque chose qui est intrinsèquement à moi, et je n'ai pas le droit d'y renoncer.
Cela a des conséquences très importantes. Qu'est-ce que Dieu a donné à Avraham ? La terre. Il n'a donc pas le droit de la donner. On peut dire qu'il n'y a que la terre qui est vraiment à lui.
Donc, quand on dit Vayiten Avraham et kol acher lo le Yitzhak, Avraham donna tout ce qu'il possédait à Yitzhak, cela veut dire: l'affaire. D'accord ? Cela a des conséquences politiques, ce que je vous dis là. Velivné hapilagchim acher le Avraham: quant aux fils des concubines d'Avraham, il leur a donné des cadeaux, matanot, des choses qui lui avaient été données, c'est-à-dire des choses qui lui appartenaient par convention, mais qui ne sont pas véritablement à lui. À partir du moment où j'achète quelque chose, ce n'est pas vraiment à moi; c'est pour cela que je peux le revendre. Mais si c'était vraiment à moi, je ne pourrais pas le donner.
Donc, quand il donne à Yitzhak, il donne à Yitzhak parce que le fils est la continuité du père.
— Oui ?
Non, justement pas. Si quelque chose est véritablement à moi, c'est donc dans mon être. Si c'est dans mon être, je ne peux pas y renoncer, cela fait partie de mon être. Voilà. Contrairement à ce qui est en général admis, dans la pensée générale.
— D'une certaine manière, on donne sa vie à son fils…
La génération à venir, c'est le fils. C'est la raison pour laquelle il y a une rivalité entre le père et le fils, parce que le fils prend la place du père. On donne toujours son cœur à son fils.
— Une greffe de cœur ?
Oui. On ne peut pas… on ne peut pas tuer. Oui, je comprends la logique. Bon, d'accord, tu trouveras une réponse et c'est tout.
Mais non, ce qui m'intéresse maintenant, c'est ce qu'il a donné aux fils des concubines. En passant, c'est un passé antérieur: Vayiten Avraham avait donné des cadeaux. On peut dire qu'il les avait donnés avant de donner à Yitzhak, sur le plan formel. Mais il a donné …
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