Achat de la grotte de Makhpéla : Avraham et Ephron
Pourquoi Avraham veut la grotte et non le champ, et ce que la halakha dit du transfert de propriété.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Toledot : pourquoi Yitzhak et ses engendrements, 54 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Bonjour à tous. Il me semble que nous en sommes au chapitre 4 guillemets. Me trompais-je ? Où en sommes-nous d'après vous ? C'est ça, nous en sommes donc au chapitre 4 guillemets. C'est très bien. Revenons peut-être un peu en arrière, au verset Tet.
Ve'yiten li et me'arat ha-Marpela asher lo, qu'il me cède la grotte de Marpéla qui lui appartient, asher bi-ketsé sadehou, qui est à l'extrémité de son champ, be-khessef male yitenenah li, qu'il me la cède pour de l'argent plein, be-tokhekhem, parmi vous, le-akhouzat kever, en possession sépulcrale. N'est-ce pas ? Qu'est-ce qu'Avraham veut acheter ? La grotte, et non pas le champ, n'est-ce pas ? Je vais vous rappeler cela. Pourquoi veut-il acheter la grotte et non le champ ? Parce que s'il achète un champ et qu'il y enterre Sarah, cela ne prouvera pas qu'il est citoyen du pays. On peut dire qu'accidentellement quelqu'un a enterré son mort dans un champ, dans un lieu destiné à l'agriculture.
Alors que si Avraham n'achète qu'une grotte, une grotte n'est pas destinée à l'agriculture, elle ne peut servir qu'à la sépulture. Ce qu'Avraham demande, c'est la grotte. S'il a la grotte, il a une sépulture, et donc il est citoyen du pays. Ephron sait très bien que les habitants de Khévron n'accepteront pas. Il propose donc à Avraham une ruse, au verset Youd.
C'est-à-dire qu'il y a un discours destiné au public.
Chema'éni, entends-moi. Que veut dire « entends-moi » ? Cela veut dire: j'ai quelque chose à te faire comprendre, que toi seul vas comprendre. Assadé na natati lakh, je te cède le champ, ve-em'arat ha-kh'hay bo, et la grotte qui s'y trouve. Lekha netatiha, je te la cède, elle aussi. Le-enei bnei ammi natatiha lakh, aux yeux des fils de mon peuple, je te la cède. Kevor me'thekha, enterre ton mort.
Pour comprendre cela, il faut rappeler des principes de droit. Comment acquiert-on un terrain ? Comment se fait le transfert de propriété sur un terrain ? Non, c'est la question que je pose, mais la réponse, je me la réserve. Parfois une question est posée de telle manière que le public y réponde; parfois la question est une introduction à la réponse de celui qui enseigne. Dans ce cas précis,
c'est moi qui ai l'intention de répondre, pour des raisons de méthode, afin que ce soit plus facile pour vous de comprendre. Dans ce qu'on appelle le transfert de propriété, il existe des conventions. Par exemple, j'achète un paquet de bonbons à l'épicerie. À quel moment le paquet de bonbons est-il à moi ? Soit lorsque je donne l'argent, soit lorsque je prends l'objet ?
Dans la halakha, il existe un débat à ce sujet. Quelle est la conséquence ? Par exemple, je veux revenir sur ma décision: je dis « je ne veux pas de ce paquet de bonbons ». Quand puis-je revenir sur ma décision ? Quand le vendeur peut-il me dire « non, c'est trop tard » ? La halakha fixe que ce qui compte, c'est le moment où je prends l'objet en main, et non pas le moment où j'ai donné l'argent. Autrement dit, tant que je n'ai pas pris le paquet en main, même si la somme a été enregistrée sur la caisse,
je peux encore dire « non, je veux mon argent en retour, je ne prends pas ce paquet de bonbons ». Mais si je l'ai pris, si j'ai décidé qu'il serait à moi, même si je n'ai pas encore payé, je ne peux pas revenir en arrière, je dois payer. Cela concerne le transfert d'objets mobiliers, des objets qui bougent. Pour un terrain, les modalités sont différentes. On ne peut pas, par exemple, prendre un terrain en main.
Alors, d'après la halakha, il existe trois manières d'effectuer le transfert de propriété d'un terrain. Lesquelles ? Kessef, shtar et chazaka. Qu'est-ce que le kessef ? C'est l'argent. Contrairement à un paquet de bonbons, ou même à un paquet de cigarettes, qu'à Dieu ne plaise, lorsque j'achète un terrain et que j'ai donné l'argent, le terrain est à moi. Contrairement aux objets meubles, l'immobilier s'acquiert par l'argent, à condition que moi et le vendeur soyons d'accord pour que le transfert de propriété se fasse au moment où l'argent est donné. C'est la première modalité possible.
La deuxième, c'est le shtar, le contrat. Que signifie le contrat ? Nous décidons que lorsque nous aurons signé le contrat, et non pas lorsque le contrat aura été passé de main en main, à ce moment-là se fait le transfert de propriété. L'argent à payer n'est alors qu'une dette. Il devient une dette, mais le champ est déjà à moi.
La troisième possibilité est la chazaka, un acte de prise de possession: par exemple clôturer l'endroit, le labourer, en faire un usage quelconque, s'y promener. Dès que j'ai accompli un acte qui prouve que je me comporte en propriétaire, le terrain devient mien, même si je n'ai pas encore payé la somme. Et si j'ai déjà payé, mais qu'on a convenu entre nous que c'est la prise de possession qui déterminerait le passage de propriété, alors le champ n'est pas encore à moi, même si j'ai déjà donné l'argent.
Il peut donc y avoir deux cas de figure. Deux personnes achètent un terrain; mettons de côté le contrat pour l'instant et parlons du kessef et de la chazaka. Les deux ont donné l'argent. Pourtant, le champ appartient déjà à l'un d'eux et pas à l'autre. Pourquoi ? Parce qu'il a été convenu entre l'acheteur et le vendeur, dans le premier cas, que le transfert se ferait au moment du paiement, alors que dans le second cas, il a été convenu que le transfert ne se ferait que lorsque l'acheteur aurait pris possession, en maître, de l'endroit. Ces différences sont-elles bien claires ?
Maintenant, nous allons comprendre ce qui se passe entre Avraham et Ephron. Ephron dit à Avraham: faisons semblant. Tu vas me donner l'argent, et les habitants de Khévron seront persuadés que c'est le paiement qui fait le transfert de propriété. Mais entre toi et moi, nous allons convenir que c'est l'enterrement de ta femme qui fera le transfert. Et quelle est la différence ? Tout simplement: je vais te vendre un champ avec la grotte.
Ainsi, les habitants de Hévron, les Khitim, seront satisfaits. Ils diront: « Ah, il a acheté un terrain agricole ! » Le fait qu'il y ait une grotte dans le champ ne signifie plus rien; cette grotte n'est qu'un accessoire du terrain agricole. Si je pouvais te vendre la grotte elle-même, alors, comme une grotte ne sert qu'à la sépulture, il serait évident que lorsque tu y enterres ta femme, tu as accompli un acte de
citoyenneté. Mais puisque je vais te vendre le terrain avec la grotte, même si tu enterres ta femme dans la grotte, les habitants de Hévron diront: ce n'est qu'un champ. En revanche, si nous convenons entre nous que ce qui fera le transfert de propriété, c'est l'usage que tu feras de l'endroit, et que cet usage est une sépulture, alors cela te donne le droit de citoyenneté. Si, en …
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