Abraham, Sarah et Agar : la promesse à l'épreuve
Pourquoi Sarah est stérile malgré la promesse du chapitre 15, et comment naît la situation d'Ichmaël.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Abraham à Gerar et l'épisode d'Avimélekh, 50 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
## Une promesse et la réalité
Bonjour. Nous continuons notre étude du livre de Béréchit, et nous approchons de la fin du chapitre Tet-Vav, le chapitre 15, où une alliance remarquable est conclue entre Dieu et Abraham. Je lis ici le verset Yod-Ḥet, le verset 18 du chapitre 15: Bayom ha'hou karat Hachem et Avram berit, « En ce jour-là, Dieu conclut une alliance avec Abraham en ces termes »: Lezar'akha natati et ha'aretz ha'zot, « à ta descendance je donne ce pays ». Quel est le pays dont il est question ? C'est assez impressionnant: Mi-Néhar Mitsraïm 'ad ha-Nahar ha-Gadol, Nahar Perat, depuis le fleuve d'Égypte, c'est-à-dire le Nil, jusqu'au grand fleuve, qui est l'Euphrate.
Quel que soit le point d'où l'on fait passer la frontière côté Égypte, et le point de l'Euphrate où on la fait passer, il s'agit évidemment d'un territoire très immense. Le texte énumère ensuite tout un ensemble de peuples qui peuplaient ces territoires à cette époque: Et ha-Kéni, vé-et ha-Kenizi, vé-et ha-Kadmoni, vé-et ha-Hitti, vé-et ha-Perizi, vé-et ha-Refaïm, ainsi que le Hittite, le Perizzite, ou Perizéen, comme on dit, et le Refaïm; l'Emori, le Kenaanéen, le Girgasséen et le Jébusséen. Il s'agit donc d'un territoire immense qui, du temps d'Abraham, était peuplé de dix peuplades. On voit qu'il y a ici une promesse qui implique un conflit éventuel, conflit qui s'est d'ailleurs révélé dans l'histoire: un conflit qui va faire s'affronter les descendants d'Abraham avec les descendants de ces peuples-là.
À la lecture de ce texte, on se dit que c'est vraiment extraordinaire. Abraham reçoit une promesse comme aucun homme sur terre n'en a jamais reçue. Et puis, brusquement, on passe au verset d'après, le premier verset du chapitre 16.
On voit ici la chute énorme entre l'idéal présenté dans ces versets et la réalité concrète. La réalité, c'est que Sarah n'a pas d'enfant. Si elle n'a pas d'enfant, alors toutes les promesses tombent à l'eau; elles ne peuvent pas tenir. C'est toujours le passage entre la vérité et la réalité qui entraîne des crises.
## Le fléchissement de la confiance
Effectivement, il va y avoir ici, du point de vue d'Abraham et de Sarah, ce que le Rav Ashkenazi appelait un fléchissement de la confiance. On dira une perte d'émouna. Quelque chose va entrer en crise, il va y avoir une faiblesse. Et c'est cette faiblesse qu'il faut analyser, parce qu'elle est très importante: elle se répète plusieurs fois dans l'histoire. À chaque fois qu'un grand idéal est en route, il y a toujours une chute juste avant la réalisation.
On peut prendre comme exemple simple la faute du veau d'or. Au moment où la Torah va être donnée, les tables de la Loi sont déjà prêtes à être données, et le peuple prend l'initiative du veau d'or. De même, lorsque c'est enfin le moment d'entrer en Erets Israël, il y a la faute des explorateurs, qui refusent l'insertion d'Israël dans l'histoire politique.
Donc, à chaque fois, il se passe quelque chose au moment où un grand projet doit se réaliser: il y a des retards, et les retards causent des crises. C'est pour cela qu'il est important d'étudier ce texte. Vé-Saraï ichèt Avram lo yalda: Saraï, la femme d'Abram, n'avait pas enfanté. Immédiatement, la question se pose: pourquoi ? S'il n'y a pas d'enfant, il y a certainement une raison, surtout si Saraï est la mère d'Israël.
## Le retard de la descendance
C'est elle qui doit donner naissance, il est donc absurde qu'elle n'ait pas d'enfant. C'est donc que quelque chose n'est pas encore assez mûr. Il faut une gestation de l'identité d'Abraham et de Sarah qui va leur permettre d'accéder au stade de patriarche et de matriarche d'Israël. On peut se demander lequel des deux est en cause: est-ce qu'Abraham n'est pas encore prêt, ou est-ce que c'est Sarah qui ne l'est pas ?
Regardons le texte avec ses nuances. Vé-Saraï ichèt Avraham, lo yalda lo, Saraï, la femme d'Abraham, n'avait pas enfanté pour lui. Ce qu'il semble vouloir nous dire, c'est qu'Abraham n'était pas encore prêt. D'ailleurs, le texte dit: Vé-Saraï ichèt Avraham, c'est parce qu'elle était la femme d'Abraham qu'elle n'avait pas enfanté. Qu'est-ce qu'il faut attendre ? Il faut attendre qu'Abraham devienne Abraham.
Il va y avoir une mutation de son identité, qui ne se manifeste qu'au chapitre 17, le chapitre Yod-Zaïn. Là, on verra qu'Abraham va se transformer. Je propose une petite anticipation et une consultation de ce chapitre, au verset Hé, le verset 5: « Ton nom ne sera plus appelé Avram, ton nom sera Avraham, car je t'ai donné pour père d'une multitude de nations. » On voit donc qu'il y a ici un changement: Abram s'appelait Avram, et il est devenu Avraham.
Quelle n'est pas notre surprise quand on voit le changement de nom de Saraï. Je prends le verset Tet-Vav du chapitre 17, au verset 15. On voit dans la formulation qu'elle, en vérité, n'a pas vraiment changé. Ce n'est que parce qu'Abraham n'était encore qu'Abraham que Sarah n'était que Sarah. Il a suffi qu'Abraham soit transformé pour que l'on décèle chez Saraï un niveau d'identité qui ne pouvait pas se manifester jusqu'alors.
Donc, en fait, c'est parce qu'Abraham n'était pas encore prêt que Sarah n'a pas d'enfant. Mais Abraham pouvait-il le savoir ? Revenons à notre texte, au chapitre 16. Il semble qu'Abraham ne le comprenne pas. Vé-Saraï ichèt Avram lo yalda lo, elle n'a pas enfanté pour lui. Vé-lah shifha mitsrit, et elle avait une servante égyptienne, ve-shemah Hagar, et son nom était Hagar, c'est-à-dire l'immigrante.
On peut lire, contrairement à la ponctuation des taamim, lo yalda vela, c'est à cause de lui et d'elle. Il y a un midrash qui va dans ce sens. Mais le pshat, le sens immédiat, c'est « à cause de lui », et elle avait une servante égyptienne.
## Agar, la servante égyptienne
Cela suppose une proposition. Abraham va peut-être prendre la servante de Sarah pour avoir un enfant, afin que, au moins, ce que représente Abraham dans l'histoire ne disparaisse pas. Il y a donc une sorte de compromis: Sarah ne peut pas, mais Abraham le peut. On va donc introduire Agar dans la famille. Qui est cette Agar ?
Comment se fait-il qu'une servante de Sarah ne soit pas la servante d'Abraham ? En termes de propriété, ce qui appartient à la femme appartient au mari. Il y avait donc une propriété particulière de Sarah sur cette servante. Et d'où venait-elle ? Elle était égyptienne. Cela veut dire qu'elle avait été donnée en cadeau par le Pharaon à Sarah. D'où l'idée, que l'on trouve dans le midrash, qu'elle était la fille du Pharaon.
C'est difficile à savoir si c'est vraiment ainsi, mais il est évident qu'elle représente la maison du Pharaon dans la famille d'Abraham. Qu'elle soit sa fille ou non, il faut comprendre qu'Abraham n'est pas n'importe qui à cette époque. C'est un personnage important, un personnage politique. Et, le Pharaon ayant été témoin de la puissance spirituelle d'Abraham, il est normal qu'il envoie sa fille faire un stage dans la yeshiva, ou plutôt …
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