Caïn, Hevel et la fraternité dans Béréchit
Pourquoi Hevel se sait naturellement responsable de son frère, et pourquoi cette fraternité menace Caïn.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Le glaive tournoyant et le chemin de l'arbre de vie, 52 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Shalom tout le monde. Je tiens à vous faire participer à une souffrance. J'enseigne le livre de Béréchit dans trois endroits pendant la semaine, et j'oublie toujours où nous en sommes arrivés. C'est donc à vous de me décharger de ce poids. Où en sommes-nous ? Chapitre Dalet, verset Alef: Véha'adam yada' et Ḥava ichto. Or l'homme avait connu sa femme Ḥava. On avait étudié ce verset ou pas ?
Non, c'est très bien. Donc, une fois l'homme renvoyé, nous passons au verset suivant: Véha'adam yada' et Ḥava ichto, et l'homme avait connu Ḥava, sa femme. Cela veut dire que, lorsqu'il l'a connue, il y a eu un rapport conjugal entre eux. C'est ce que signifie le verbe « connaître ». Remarquez une chose intéressante: en français, il y a un mot qu'on appelle « philosophie ». Philosophie vient du grec, philo et sophia. Philo, c'est l'amour; sophia, la sagesse. L'amour de la sagesse. Si on dit « amour de la sagesse », cela veut dire que l'amour n'est pas la sagesse, n'est-ce pas ? Si je dis « du pain au chocolat », c'est que le pain n'est pas du chocolat. D'accord ? Donc « philosophie », amour de la sagesse, signifie que l'amour n'est pas la sagesse.
En hébreu biblique, c'est le même mot pour les deux: da'at, le savoir. Cela veut dire à la fois aimer et également la sagesse. C'est-à-dire qu'il n'y a pas la distance que connaît la philosophie par rapport à la chose étudiée: on est en contact avec la chose en elle-même. Bon, ça c'est une petite remarque. Passons au Véha'adam yada' et Ḥava ichto. Cela se passe juste après le récit du renvoi de l'homme du Gan Éden, consécutif à son péché.
La lecture chrétienne de ce texte dit que, puisque l'homme a péché, il est tombé dans la sexualité. De ce point de vue, le rapport conjugal est le fruit de la bassesse de l'homme, n'est-ce pas ? Et ils amènent comme preuve ce que nous venons de lire: l'homme est renvoyé, et alors il connaît sa femme. Est-ce qu'ils ont raison ? Évidemment pas. Qui l'explique ? C'est Rachi.
Remarquez que le mot Véha'adam est le sujet, et yada' est le verbe, « connu ». Or, en hébreu biblique, qu'est-ce qui vient en premier, le sujet ou le verbe ? Le verbe. À chaque fois qu'il y a une phrase en hébreu, par exemple Béréchit bara Elohim: bara est le verbe, Elohim est le sujet. D'accord ? En hébreu biblique, on dit alah haye'led, « l'enfant est allé », c'est-à-dire: il est allé, l'enfant. Tandis qu'en français le sujet vient avant le verbe, et le verbe avant le complément d'objet, direct ou indirect. « L'enfant a mangé la banane »: banane est un complément d'objet direct. « L'enfant a mangé avec une cuillère »: cuillère est un complément d'objet indirect. C'est vachement intéressant.
En tout cas, Véha'adam yada', « l'homme connu »: ici le sujet vient avant le verbe, ce qui est contraire à l'usage de l'hébreu biblique. Et Rachi a une grande règle: chaque fois que le sujet vient avant le verbe en hébreu biblique, c'est ce qu'on appelle un passé antérieur. C'est-à-dire: « il avait connu ». Qu'est-ce qu'un passé antérieur ? Cela veut dire que ce qu'on va nous raconter maintenant précède le récit d'avant. C'est « avant-avant ». L'homme est renvoyé, or l'homme avait connu sa femme avant d'être renvoyé, avant d'avoir péché. Regardez ce que dit Rachi, je le dis ici dans Rachi: déjà avant le récit d'au-dessus. On aurait compris qu'il a eu des enfants après avoir été renvoyé. Évidemment, le retard ne justifie pas l'absence de livre.
Tiens, prends un livre. Oui ? Le midrash nous dit: Alou lamikhtash naïm veyardou shiva. Ils sont montés à deux sur leurs couches, ils sont redescendus à sept. C'est-à-dire: Adam, Ḥava, Caïn et sa sœur, Hével et ses deux sœurs, ce qui fait en tout sept personnes. Comme il n'y a pas encore la malédiction de la grossesse difficile, etc., cela s'est fait tout de suite. D'accord ? Ils sont montés à deux, ils sont descendus à sept. Et donc, qu'est-ce que Rachi veut ici ? Nous apprendre. Il veut
réfuter la lecture chrétienne. Pour le christianisme, le rapport conjugal est le fruit d'une bassesse, tandis que pour la Torah, c'est là la moralité suprême. La sainteté, c'est cela: c'est-à-dire que la sainteté, c'est de donner la vie. Or, pour l'égoïsme, donner la vie est un malheur, on arrive dans un monde de péché. Tandis que pour la Torah, au contraire, l'acte par lequel un homme et une femme vont se lier commence par ce qu'on appelle les kiddouchin, un acte de sainteté. C'est pour cela que la première bénédiction
donnée à l'homme est Péru ourvou, « croissez et multipliez ».
Il y a d'ailleurs dans le Zohar un enseignement assez surprenant à propos de l'éducation des enfants. Le Zohar dit que le yetser hara habite l'homme depuis sa naissance jusqu'à la bar mitsva. À partir de l'âge de treize ans, dit le Zohar, s'introduit dans l'homme le yetser hatov. Or, ce que nous savons par la biologie, qu'est-ce qui commence à partir de treize ans ? C'est justement la sexualité. C'est cela que le Zohar appelle yetser hatov, parce que la capacité de donner la vie, c'est la moralité extrême. Mais, étant donné qu'il y a déjà le yetser hara, qui est plus vieux de treize ans que le yetser hatov, alors commence une lutte intérieure entre les deux. C'est-à-dire: quel est l'usage qui va être fait de cette force ? Mais la force en elle-même est positive, elle est le yetser hatov. D'accord ?
C'est cela que Rachi vient réfuter. L'enfant, avant l'âge de treize ans, n'a que du yetser hara, donc il n'est pas responsable, donc on l'adore. « Qu'il est mignon, celui-là ! » Prenez un bébé: qu'est-ce qu'il demande ? Il demande à téter, à être langé, à être balancé, bercé, avec un peu de musique et beaucoup d'amour. Et s'il ne reçoit pas tout cela, il hurle jusqu'à ce qu'il reçoive ce qu'il veut. C'est exactement le comportement du méchant.
— Oui, il les envahit.
Non, mais justement, au contraire: c'est le yetser. L'enfant, c'est le yetser, et donc il est adorable, parce qu'on n'attend pas de lui autre chose. Regardez comme il a bien mangé, comme il a fini son biberon, comme il a mangé sa bouillie: il est merveilleux, il a été bien changé, il est adorable. C'est-à-dire qu'on l'adore parce qu'on ne lui demande rien de plus. À partir du moment où il a un yetser hatov et un yetser hara, il entre maintenant dans une lutte intérieure.
— Oui ?
Il s'agit ici d'une statistique, d'une moyenne. Parfois c'est beaucoup plus tard, parfois beaucoup plus tôt, mais ce n'est pas cela qui nous intéresse. Nous parlons ici de l'absolu. Dans l'absolu, c'est treize ans, et pour les filles, douze ans. Oui ?
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