Isha et Ish : la chute et la naissance de la faille
Pourquoi l'hébreu fait de la femme le féminin de l'homme, et pourquoi le serpent parle à Isha.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Lo tov : quand la Torah dit que le monde n'est pas bon, 54 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
## Ish et Isha
Alors, Chalom à tous, Hodech tov oumevorakh. Nous allons donc continuer dans le chapitre Bet au verset Kaf Guimel: « Et l'homme dit: ceci est cette fois-ci os de mes os, et chair de ma chair. Celle-ci sera appelée isha, femme, car elle a été prise de ish. »
Il est intéressant de voir que le mot Isha est considéré ici comme le féminin du mot Ish. Sur le plan grammatical, ce n'est pas vrai. Isha n'est pas le féminin de Ish, puisque Ish s'écrit avec un Yod entre le Alef et le Chin, tandis que le mot Isha vient d'un Dagesh dans le Chin, qui vient à la place du Noun tombé, Nisha par exemple, ou bien Ashasha. Mais en tout cas, peu importe: la Torah dit qu'au niveau, disons, phonétique, il y a une ressemblance, et le mot Isha est un féminin du mot Ish.
Et d'abord, c'est intéressant de voir que l'hébreu est la seule langue dans laquelle le mot femme est le féminin du mot homme. Par exemple, en français, on dit « un homme » pour parler du masculin, et on ne dit pas « une hommesse », je crois, n'est-ce pas ? On devrait dire « une hommesse ». On dit « une femme ». De même en grec, anthropos, gyné par exemple. En anglais, par exemple, man et woman, n'est-ce pas ? Pour une femme, on ne dit pas manes ? Ah, on dit woman, donc ce n'est pas la même chose.
On voit donc que, dans toutes les langues, le mot qui désigne l'humain féminin n'est pas le féminin de l'humain masculin. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que, selon l'hébreu, l'homme et la femme sont complémentaires, comme mâle et femelle, tandis que dans les autres langues, l'humain mâle et l'humain femelle sont des êtres humains entiers. C'est-à-dire qu'un homme, c'est un être humain. C'est vrai qu'ils ont besoin l'un de l'autre, mais on a également besoin de jus d'orange. Or, le fait que le jus d'orange n'est pas une partie de moi-même, bien que j'en aie besoin, montre que je peux avoir besoin de quelque chose sans que ce soit une partie de moi. En tant qu'homme, j'ai besoin d'une femme, mais ça ne veut pas dire que la femme est une partie de mon identité.
Tandis que dans l'hébreu, l'homme et la femme sont considérés comme deux moitiés d'une même identité, ce qui fait que chacun n'est qu'un demi-être humain. Un homme sans femme, une femme sans homme, ce n'est pas un être humain en entier. D'accord ? Non, l'hébreu a décidé... Si, justement. L'hébreu nous dit: « Al ken yé'azev ish et avidove'imo… » — non, il dit: « Al ken yaazov ish ». Celle-ci est appelée Isha parce qu'elle est prise de Ish. Non, grammaticalement, ce n'est pas vrai, mais phonétiquement c'est vrai.
— Oui ? Pourquoi est-ce que la femme a un He ?
— Parce que le He désigne le féminin. Mais pourquoi est-ce que… Non, si je n'ai pas compris ta question, c'est: pourquoi est-ce que le He désigne le féminin ? Je n'ai pas bien compris ce que veut dire vraiment la question. C'est pourquoi est-ce qu'on lui donne un travail ? C'est ça que ça veut dire ?
— Oui, mais lui aussi il a quelque chose en plus. Il a un Yod. Il a un travail, lui aussi. Son travail, c'est le Yod, et son travail à elle, c'est le He. Donc chacun son travail.
## Le statique et le dynamique
On peut dire aussi qu'on a vu que dans la création du premier couple, il y a une partie qui est statique et une autre qui est dynamique. La partie qui est présentée comme statique dans le texte, c'est la partie masculine. La partie dynamique, c'est la partie féminine. Donc celle qui a quitté l'être humain, c'est le féminin, n'est-ce pas ? Tandis que l'homme est resté en place. Il est statique, d'accord ? Cela explique peut-être qu'il n'y aurait pas quelque chose à changer, tandis que c'est elle qui changerait.
Mais à partir du moment où il y a Isha, lui cesse d'être Adam pour devenir Ish. C'est-à-dire qu'on peut dire que, dans la situation précédente, ils étaient zakhar et nekeva, mâle et femelle. Tandis qu'à partir du moment où il y a la division dont il est question ici, ils deviennent Ish et Isha. La différence, c'est que pour être zakhar et nekeva, on n'a pas besoin de faire des déclarations. Par exemple, le rat mâle et le rat femelle, eh bien, c'est une donnée de la nature. L'homme mâle et l'homme femelle, c'est une donnée de la nature.
Mais à partir du moment où ça devient Ish et Isha, c'est le fruit d'un jugement. C'est l'homme qui donne ce nom: Vayomer haAdam, « et l'homme dit ». C'est-à-dire qu'il y a une déclaration, qu'à partir de ce moment-là, ce serait Ish et Isha. C'est donc un jugement, et ça implique une dimension intellectuelle. Donc, si on dit zakhar et nekeva, c'est naturel; Ish et Isha, c'est intellectuel. Vous avez compris ?
Maintenant, qu'est-ce que ça entraîne ? Ça va entraîner le péché. Juste après cette division entre Ish et Isha, c'est là que le péché devient possible, alors qu'auparavant il était probablement impossible. C'est bien clair ? Bon. Intellectuel.
Maintenant, il y a un petit problème. — Oui ? Quoi encore ? Vas-y, parle sans crainte.
— Non, si on mélange zakhar et nekeva, ça donne des enfants. C'est-à-dire que c'est une fonction naturelle.
Cette fonction naturelle se retrouve également chez les chats et chez les girafes. Tandis que, pourquoi les girafes ? Non, ce sont aussi des girafes, c'est vrai. Mais ce dont on parle ici, c'est Ish et Isha, et ce n'est pas toujours la même chose. C'est la conscience qu'il y a quelque chose à l'extérieur de moi, d'accord ?
— Oui. Non. Zakharim et nekevot, ça existait déjà. Ce qui n'existait pas, c'était Ish et Isha, d'accord ? C'est-à-dire la connaissance de l'autre comme étant un être extérieur à moi.
Ça n'existait pas encore tant que ce n'est pas devenu Ish et Isha. Or, c'est à partir de ce moment-là que le péché est devenu possible. Vous connaissez l'histoire du péché: la partie Isha amène le fruit à la partie Ish, et ils mangent. Bon, catastrophe. Mais ça aurait pu se débrouiller autrement. On aurait pu imaginer un dialogue dans le genre: « Mon cher Ish, je t'ai amené un fruit. — Oh, ma chère Isha ! Quelle joie, tu m'as amené un fruit. Quel fruit c'est ? — Oh, c'est quelque chose de particulier, c'est le fruit de la connaissance du bien et du mal. — Mais D.ieu a dit que… — Non, mais le serpent m'a expliqué. — Le serpent t'a expliqué, mais il n'a rien compris, le serpent. Viens, on va lui donner une baffe et c'est fini. » D'accord ? Donc ça aurait pu s'arranger.
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