Rivka, la prophétie et la ruse de Yaakov
Pourquoi Rivka ne révèle pas à Yitzhak l'oracle sur ses fils, et pourquoi la ruse de Yaakov fait partie du dessein divin.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Yaakov, Essav et la bénédiction d'Yitzhak, 51 min
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Nous sommes donc au chapitre Kaféh, au verset Kaf Gimel: « Et Dieu lui répondit. » À qui ? À elle. Qui est « elle » ? Certains ont dit Sarah, d'autres Rivka. Décidez-vous. Qui dit que c'est Rivka ? Et toi, tu dis toujours que c'est Sarah ? Je le fais comme ça, Sarah… En fait, toi tu es dans la certitude, lui dans le doute. On va aller selon toi. D'accord ? Donc il s'agit de Rivka. Vayomer Hachem lah: Dieu a répondu à elle.
Vous vous rappelez le verset juste avant, le verset Kaf Aleph, deux versets plus haut, lorsqu'il est dit: Vayé'ater Yitzhak lo Hachem, Yitzhak pria Hachem pour elle. Le mot lo était écrit avec un o plein. Qu'en ont conclu les Chachamim ? Lo ve lo lah: à lui et pas à elle.
C'est-à-dire que c'est sa prière à lui qui a été exaucée, et pas sa prière à elle. Vous vous rappelez ça ? Donc si on dit Vayomer Hachem lah, dans ce cas il faut être conséquent: dire lah, à elle et pas à lui. C'est-à-dire que cette révélation sur la nature des enfants qu'il y a dans le ventre de Rivka ne concerne que Rivka et pas Yitzhak. Ça veut dire quoi ? Que Rivka était informée à l'avance qu'elle doit donner la préférence au plus jeune, n'est-ce pas ? Puisqu'il est écrit dans les paroles de Dieu: Vayomer Hachem lah: Chnei goyim bevitnekh, ouchnei leumim mimeayikh yipharedou; oleum mileum yé'ematz, verav yaavod tsa'ir. Deux nations sont dans ton ventre, et deux entités nationales se sépareront de tes entrailles. Une nation l'emportera sur une autre nation, et le plus grand sera au service du plus jeune. Donc elle sait déjà qu'il faut mettre Yaakov à la place d'Essav.
Le problème, c'est que si cela lui a été révélé par prophétie, elle doit le faire. Pourquoi ne pas l'avoir dit à Yitzhak ? Vous comprenez ma question ? Vous comprenez ma question ? Vous comprenez ma question ? Non, je veux le dire: quand je pose une question, la politesse demande de répondre. Alors je vais réexpliquer. Pourquoi ne le dit-elle pas à Yitzhak ? Si elle a reçu par prophétie qu'il faut préférer Yaakov à Essav, elle devrait donc le dire à Yitzhak, et dans ce cas tout le problème de la ruse aurait été réglé. Il n'y aurait pas eu besoin de ruses. Yitzhak aurait dit: puisqu'il y a une prophétie qui dit qu'il faut préférer le plus jeune, le gamin, c'est tout. Pourquoi ? Hein ?
— Non, il n'y a pas écrit qu'ils prophétisaient ensemble. On ne peut d'ailleurs pas dire qu'elle prophétisait; elle a été interrogée, Dieu l'a interrogée. Comment a-t-elle été interrogée ? Parce qu'elle s'est adressée à un prophète. D'accord ? Prophétiser ensemble, c'est la Guématria pour Abraham et Sarah. Abraham et Sarah sont un autre couple. Ce ne sont pas les mêmes. D'accord ?
D'accord. Donc le problème, c'est: pourquoi ne transmet-elle pas le contenu de cette révélation à Yitzhak ? Et la réponse est dans le mot lah. Dieu lui a dit « à elle ». C'est-à-dire que « à elle » et pas « à lui »: elle a l'interdiction, si vous voulez, de le dire à quelqu'un d'autre, en tout cas à Yitzhak. Elle ne veut pas le dire. Cela fait donc partie de l'intention de la Hachgâha d'amener la ruse de Yaakov.
Intéressant. Pourquoi la Hachgâha veut-elle amener la ruse de Yaakov ? Il suffirait de dire simplement: voilà, HaKadosh Baroukh Hou le veut comme ça, n'est-ce pas ? On voit donc que cela fait partie du projet.
Il y a un enseignement du Rav Tzioudakou qui dit qu'Avraham et Yitzhak sont des géants. Ils le sont vraiment. Avraham est un géant de l'activité: c'est un actif. Yitzhak est un géant de la passivité: c'est un passif. Ce sont des géants. Et Yaakov doit être le petit. Il doit montrer comment on se débrouille dans un monde de petitesse. C'est un géant de la petitesse, disons un géant de la complication, ciboukhim. Étant donné que dans notre monde, dans le monde du réel, il y a des complications, il faut donc que la sainteté se réalise à travers des complications.
Ah, pas du tout, au contraire: il est actif dans un monde de ruse. Il doit agir. Il doit tromper son frère, et donc démontrer comment la vérité se manifeste à travers des choses qui ont l'air d'être l'inverse de la vérité.
Oui, oui, il y a la Guévoura. La Guévoura, c'est donner ? Non, c'est se dominer. C'est la même chose: accepter d'être passif. C'est ça la Guévoura. Eizehu guibor ha-kovesh et yetzro: qui est le héros ? Celui qui domine son instinct, dit la Michna. Donc c'est une position passive, très active, activement passive. C'est un géant de la passivité.
Et la preuve, c'est ce que je viens de dire. Donc on nous parle ici de deux nations qui sont dans son sein. Regardez ce que dit Rachi sur le mot Chnei goyim dans le verset Kaf Gimel. Vous avez vu que le mot goyim est écrit d'une manière un peu bizarre. D'habitude goyim s'écrit Guimel Vav Yod Mem. Là, il y a écrit Guimel Yod Yod Mem. Alors Rachi nous dit: ketiv Guéyim, il est écrit Guéyim, ce qui veut dire: comme des géants. Et le Antoninus de Rabbi, c'est-à-dire d'Antonin le Pieux, soit Antonin le Pieux, soit Marc Aurèle, tous deux s'appelaient Antoninus, c'étaient des empereurs romains.
Ces empereurs romains avaient des relations amicales avec Rabbi Yehouda HaNassi, l'auteur de la Michna, le Prince d'Israël. Cela veut dire qu'une relation est possible entre Yaakov et Essav dans l'histoire, tant que cette histoire reste dans le cadre de la sagesse. En revanche, dès que cela passe au politique, ça ne va plus. C'est ce que dit le verset, pardon: dès que cela devient deux nations, elles se séparent de tes entrailles. Et comme elles sont séparées, elles vont entrer en rivalité. Oum le'om yé'matz, une nation l'emportera sur l'autre. C'est une traduction possible; on peut traduire autrement: une nation se renforcera de l'autre. C'est-à-dire que, dans un conflit, on adopte aussi une partie de la puissance de l'adversaire. Effectivement, nous avons acquis des choses chez Rome, et Rome a acquis des choses chez nous. Le fait est là. Le christianisme.
D'accord ? Verav yaavod tsa'ir: le plus grand sera au service du plus jeune. De Rome, on a acquis, par exemple, l'esprit d'ordre, de législation. La Michna, écrite par Rabbi Yehouda HaNassi, comme par hasard, est une mise en forme de code de la loi juive. Ça, c'est quelque chose de nouveau, ça vient des Romains. Ça s'appelle le droit. Oui ? Par exemple. Voilà. Ils sont fous, d'ailleurs, ces Romains. Mais enfin, il y a des manières de les dominer, à condition d'avoir une sorte de potion magique: nous avons justement la Torah, qui nous permet de dominer les Romains.
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