Abraham sans fille : la bénédiction de Bakol
Trois lectures de « béréchit Hachem Abraham bakol » et pourquoi une fille aurait menacé le projet d'Abraham.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Achat de la grotte de Makhpéla : Avraham et Ephron, 55 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Bonjour tout le monde. Nous continuons notre pénétrante étude du livre de Béréchit, et je crois que nous en sommes au chapitre vingt-quatre. Non, pardon. C'est ça, chapitre Kaf Dalet, verset Aleph: Véavraham zaken, « Or Abraham était vieux ». Pourquoi est-ce important ? Nous avons appris l'importance des engendrements, étant donné qu'après la Akédat Yitzhak, l'identité d'Israël peut être élaborée. Il faut donc marier Yitzhak, et Abraham va marier son fils.
Véhachem bérakh et Avraham bakol. « Et Hachem avait béni Abraham en tout. » Rappelons-nous que lorsque la Torah dit Hachem, c'est la midat ha-din. Yitzhak est effectivement la bénédiction de la midat ha-din dans la famille d'Abraham.
Il y a trois interprétations différentes de « en tout ». La première, celle qu'amène Rachi: bakol, en guématria, fait 52, et 52 correspond à ben, un fils. La bénédiction d'Abraham, c'est donc qu'il a un fils, et qu'il va le marier.
La deuxième interprétation dit qu'Abraham avait une fille qui s'appelait Bakol. Un nom un peu exotique, mais qui ressemble par certains aspects à Nikol, par exemple. D'accord ? La fille, en hébreu, se dit bat. Le Ramban, Rabbi Moshe ben Nahman, nous avertit tout de suite qu'en vérité le mot bat ne veut pas dire une fille ici, mais un récipient, une mesure. Effectivement, il existait dans l'Antiquité une mesure appelée bat, d'environ vingt litres. Cela veut dire qu'Abraham était un récipient de tout. C'est-à-dire qu'Abraham possède une faculté: c'est un personnage extrêmement englobant, capable de contenir beaucoup de personnages, beaucoup d'idées, beaucoup de valeurs. C'est ce qu'on veut dire quand on dit qu'il avait une fille qui s'appelait Bakol.
— Vous avez un morceau de papier de toilette, ou quelque chose comme ça, de tichou ou pas ? Sinon, ce n'est pas grave, je vais aller chercher moi-même. Bon, si tu t'es déjà levé…
Troisième interprétation: « Hachem bérakh Avraham bakol », Dieu avait béni Abraham en tout, et sa bénédiction était qu'il n'avait pas de fille. Nous avons donc trois interprétations: que Bakol est un fils; qu'il avait une fille, mais que ce n'était pas une fille; et qu'il n'avait pas de fille. Le dénominateur commun des trois, c'est qu'Abraham n'avait pas de fille. Même l'interprétation qui dit qu'il en avait une précise qu'en fait ce n'était pas une fille.
Et surtout, l'interprétation qui dit que sa bénédiction était de ne pas avoir de fille: en quoi est-ce une bénédiction ? C'est très bizarre. Toute personne qui a une fille sait que c'est une bénédiction d'avoir une fille à la maison. Nous en sommes à poser la question; nous n'essayons pas encore d'y répondre. Nous en sommes à l'élucidation de la question. D'accord ?
En quoi une fille serait-elle un problème ? C'est vachement chouette, une fille à la maison, vous ne vous en rendez pas compte. Quand vous aurez une fille, vous verrez quelle joie c'est. Ça apporte une note féminine, c'est très bien, une fille. Et la mitsva d'avoir des enfants, péru ourvou, c'est un garçon et une fille. On ne comprend donc pas très bien pourquoi la bénédiction d'Abraham serait qu'il n'ait pas de fille.
La réponse est très simple: s'il a une fille, il va devoir la marier. Or, pour Abraham, marier sa fille est un problème, parce que cela signifie introduire un élément étranger dans l'identité d'Israël, qui n'est pas encore entièrement élaborée. Cela ferait échouer le projet. Pour toute personne, avoir une fille est une bénédiction; pour Abraham, ce n'en est pas une, il vaut mieux qu'il n'en ait pas, parce que son gendre serait quelqu'un d'extérieur à la famille d'Abraham, à la famille des Hébreux.
Mais attention: même s'il prend quelqu'un de sa famille, qui y a-t-il dans sa famille ? Il y a des lignées rivales, qui ont une autre conception que celle d'Abraham sur le rôle des Hébreux. Nous avons en fait deux lignées: celle de Nahor et celle d'Abraham. Celle de Nahor est cosmopolite, celle d'Abraham est universelle. Si sa fille épouse quelqu'un de la famille de Nahor, cela renforcera la lignée rivale.
— Oui ?
— Non, pas du tout. S'il marie son fils…
D'accord ? Oui ?
Quand une identité nationale existe déjà, elle se transmet par la mère. Quand l'identité n'est pas encore élaborée, elle se transmet par le père. C'est le père qui transmet la sagesse et la mère qui transmet la nature. D'où le fait que, si l'on est cohen, lévi, séfarade, achkénaze ou de telle ou telle tribu, cela se transmet par le père. Il y a donc ici un problème qu'Abraham doit résoudre: le fait que son fils n'est pas marié.
— Hein ?
— Non.
« Vayomer Avraham el avdo, zaqen beito », et Abraham dit à son serviteur, le doyen de sa maison, « amoch el béchola acher lo », celui qui gouvernait tous ses biens: « Sim na yadekha tahat yerekhi », mets ta main sous ma cuisse.
Qu'y a-t-il sous la cuisse ? Eh bien, l'organe viril. Abraham veut faire prêter serment à son serviteur, et il lui met en main ce qu'il y a de plus sacré dans la maison: l'organe de l'engendrement, de l'identité d'Israël. Il n'y a rien de plus sacré au monde. C'est comme aujourd'hui, quand on veut faire jurer quelqu'un dans un tribunal: on lui met en main un Sefer Torah ou des tefilin. Vous avez des tas de cérémonies, même chez les non-juifs, où l'on pose la main sur la Bible, n'est-ce pas ? Chez Abraham, la sainteté se concentre dans la circoncision, et c'est pour cela qu'il fait jurer son serviteur.
Quand il lui dit: mets ta main là, d'accord ? Cela n'a rien de choquant, si ce n'est pour une conscience complètement détraquée, occidentale, d'aujourd'hui.
« Véa'achabirkha bihachem », je vais te faire jurer au nom de Hachem. « Elohé hachamayim vélohé ha-arets », Dieu du Ciel et Dieu de la Terre. C'est intéressant, ça. Dieu porte plusieurs noms, on peut lui donner beaucoup d'attributs. Pourquoi avoir choisi, dans ce discours précisément, « Dieu du Ciel et Dieu de la Terre » ?
— À Sherlock Icar, comment ? Oh non, on ne va pas répondre maintenant. J'en suis à poser la question. Ça fait partie de la pédagogie du cours, de la stratégie de l'enseignement. Je pose une question dont l'intention est soit d'y répondre moi-même, soit de ne pas y répondre pour l'instant. D'accord ?
— Comment ? Si, cela dépend des cas. Il y a des cas où la question est posée pour recevoir une réponse: on demande aux élèves « Qu'est-ce que vous en pensez ? ». Il y a des cas où on ne leur demande pas ce qu'ils pensent, parce que le discours a besoin d'être présenté de manière fluide. Je suis désolé de vous causer cette frustration, de ne pas vous laisser répondre pour l'instant, mais il y aura d'autres occasions, ne vous en faites pas.
Il dit donc: je vais te faire jurer au nom du Dieu du Ciel et du Dieu de la Terre. « *Asher lo …
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