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Noa'h a trouvé grâce aux yeux de Dieu

Pourquoi Noa'h, qualifié de juste, a-t-il besoin d'une grâce, et ce que cette tension révèle sur le mérite et la conformité.

54 min

Rav Oury Cherki

Ensuite : La tour de Babel, la langue et le territoire, 52 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Chapitre Vav, au verset Hé. Vayar Hachem ki rabba ra'at ha-adam ba-aretz. Dieu vit que la méchanceté de l'homme était abondante sur la terre. Vekhol yetzer mahchevot libo rak ra kol hayom. Et que toute l'intention de ses pensées n'était que de faire le mal tout le jour. Ce n'est pas un mal accidentel, c'est un mal qui vient d'une racine profonde.

Et Dieu regretta d'avoir fait l'homme sur la terre. Il s'affligea en son cœur. Et Dieu dit: je vais effacer l'homme que j'ai créé de la surface de la terre.

Et jusqu'aux oiseaux du ciel, car je regrette de les avoir faits, ainsi que Noa'h. Il y a écrit Noa'h ?

— Oui.

— Merci. Tu dis que dans la suite il y a écrit Noa'h. D'abord, ça veut dire que tu sais lire la suite. Mais il y a une petite difficulté dans ta lecture. Sur le mot, il y a un ta'am qu'on appelle le Zakef Gadol. Le Zakef Gadol, du point de vue des ta'amim, représente une grande interruption. C'est comme si la phrase finissait à ce moment-là. C'est comme s'il y avait une phrase: Ve-Noa'h. Il y a aussi la coupure des psoukim. Donc il y a ici, en fait, trois psoukim: Ki hinamti ki assitim, point. Je regrette de les avoir faits. Ve-Noa'h, et Noa'h. Matsa be-einei Hachem, a trouvé grâce aux yeux de Dieu. Donc il y a ici un verset, et c'est comme s'il y avait une phrase qui ne comportait qu'un seul mot: Ve-Noa'h.

Ce qui veut dire qu'en fait ce mot appartient au verset antérieur et au verset postérieur. C'est qu'à la fois il mérite la destruction et que, d'autre part, il a trouvé grâce. Vous avez compris ? Il y a donc ici quelque chose de problématique. Une seconde, une seconde, une seconde. Il y a beaucoup de questions. Mais passons d'abord au problème de trouver grâce. Trouver grâce signifie qu'il n'a pas de mérite. Si on est gracié, c'est qu'on est coupable.

D'accord ? Conclusion: même sans couper le verset comme je l'ai coupé, le fait même que le verset dise « Ve-Noa'h matsa hen » et « Noa'h a trouvé grâce » signifie déjà que Noa'h est coupable. Et donc il ne mérite pas d'être sauvé du déluge. S'il a trouvé grâce parce qu'il avait de bonnes actions, c'est une absurdité. On ne peut pas trouver grâce parce qu'on a fait de bonnes actions. Soit on trouve grâce, soit on fait de bonnes actions. Si on fait de bonnes actions, on est tsadik.

Et si on est tsadik, donc juste, on mérite, on n'a pas besoin de grâce. Le mot grâce, en français, est à rapprocher du mot gratuit, n'est-ce pas ? En hébreu, le mot hen est à rapprocher du mot hinam, gratuit. Donc c'est gratuitement que Noa'h est sauvé. Du point de vue de son mérite, il devrait être emporté par la tourmente. Alors pourquoi lui a-t-il été sauvé et pas un autre ?

Gros problème théologique, s'il en fut. Ça pose un problème, ce qu'il dit là. Noa'h a trouvé grâce. Et il y a un problème, c'est que si vous regardez le verset juste après, le verset Het, on dit: Éleh toledot Noa'h, voici les engendrements de Noa'h. Noa'h ish tsadik, Noa'h était un homme juste. Donc il y a contradiction. Dans le verset Het, on nous dit qu'il était gracieux, c'est-à-dire qu'il n'avait pas de mérite. Dans le verset Tet, on nous dit qu'il était juste, qu'il avait des mérites.

Il y a donc une contradiction entre le verset Het et le verset Tet. Nous avons bien fait de lire comme nous avons lu auparavant, Ve-Noa'h. Noa'h aussi aurait dû être emporté, mais il a trouvé grâce, dit la Guemara. Et là, il y a un verset dans le livre de Michlé: Cheker ha-hen, c'est un mensonge que la grâce, veHével ha-yofi, c'est une vanité que la beauté.

Conclusion: la beauté, c'est une vanité. C'est quelque chose qui existe, mais qui est vain, qui est éphémère, qui fait peur, enfin, peu importe. En tout cas, la… Quoi ? Une vanité, c'est quelque chose qui n'a pas de but. Hével. C'est quelque chose qui existe, mais qui n'a pas de but. La grâce, par contre, c'est quelque chose qui est un mensonge.

Quand on dit que quelque chose a de la grâce, ça veut dire que c'est une chose qui n'est pas belle. Il y a donc une antithèse entre grâce et beauté. Quelque chose qui trouve grâce aux yeux de quelqu'un, c'est quelque chose qui, objectivement, n'est pas beau, mais qui, pour des raisons secondaires ou subjectives, trouve grâce. Par exemple, la Guemara nous dit dans le traité de Méguila que la reine Esther n'était pas belle. Elle était verdâtre, en tout cas jaunâtre. Bref, elle était moche.

Mais d'où est-ce qu'on sait qu'elle était moche ? Parce qu'il est dit: Esther trouvait grâce aux yeux de tous ceux qui la voyaient. Ça veut donc dire qu'elle n'est pas belle, mais qu'elle trouve grâce. Elle a du charme, comme on dit. Elle a quelque chose, quand même, d'accord ? C'est comme un type qui fait un énorme tableau entièrement blanc, et les critiques viennent et disent: il y a quelque chose. Quoi ? C'est le … ? Miró ? Il y a quelque chose, hein ? Voilà, c'est pas mal. Alors on n'a pas envie d'être un plouc, on dit: non, c'est très bien, j'ai vu une exposition, c'est génial. Alors, comment vous trouvez ça ? Eh bien, je trouve ça blanc. Oh là là, c'est un esthète.

Bon. Un enfant est gracieux, ça ne veut pas dire qu'il est beau. Un enfant est gracieux parce qu'on l'aime bien, il gazouille, etc., c'est sympathique. Mais en fait, ce n'est pas beau du tout ce qu'il fait. D'abord, il a des exigences insatiables. Il veut absolument son… son aîné. Il veut absolument qu'on lui change son ange et qu'on lui fasse de la musique et qu'on lui donne un peu de chaleur humaine. C'est une exigence.

— C'est quoi ? Le donner au Kohen ?

— Pourquoi ? Pour qu'il y ait une aversion commune… un Kohen, c'est ça ?

— Non, mais pas du tout. Il est très bien, commun. Oui, oui, très bien. Non, il y a des progrès, je sais, oui.

Bon, en tout cas, chez Noa'h, il y a un problème. Noa'h trouve grâce. Maintenant, la Torah nous dit juste après qu'il était tsadik, qu'il avait un mérite. Alors on ne peut pas, ici, faire abstraction de la lecture chrétienne de ce texte. Qu'est-ce que disent les chrétiens ? Ils disent: puisqu'on dit qu'il avait besoin de la grâce alors qu'il était juste, ça veut dire que ce ne sont pas les actes qui sauvent. Être tsadik ne sert à rien, il faut la grâce. C'est prouvé par là.

Comment obtient-on la grâce ? Eh bien la grâce, justement, c'est un caprice. Un caprice de Dieu. Comme un fromage, d'accord ? C'est-à-dire qu'il n'y a pas de mérite, mais il y a un arbitraire, un arbitraire …

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