Noa'h, la grâce et le mérite face au déluge
Élohim et Hachem : la justice selon la nature et la justice selon Dieu qui s'adresse à l'homme.
Rav Oury Cherki
Ensuite : La tour de Bavel et la dispersion des peuples, 56 min
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## Le personnage de Noa'h et l'énigme du texte
Béréchit, et nous sommes au chapitre Vav. À la fin de la paracha de Béréchit, dans les versets Vav, Zayin, Het, et nous verrons la suite. Il est question ici d'un personnage extrêmement central, le personnage de Noa'h, qui, en vérité, pose une énigme. Lisons le texte. Au verset Zayin: Vayomer Hachem, Dieu dit:
« Je veux effacer l'homme que j'ai créé de la surface de la terre, de l'homme jusqu'à la bête, jusqu'aux reptiles et aux oiseaux du ciel, car je regrette de les avoir faits, ainsi que Noa'h. »
Il y a ici une liste de tout ce qui est candidat à l'extermination, et quand on lit le texte, on voit qu'il y a également Noa'h, qui est candidat à ces disparitions. Je lis ici à la manière du Talmud, c'est ainsi que le Talmud a lu le verset. Bien que le mot Noa'h apparaisse au début d'une nouvelle phrase, d'un nouveau verset, si l'on lit les taâmim, la vocalisation du texte, on voit qu'au-dessus du mot ve-Noa'h
il y a un signe que l'on appelle zaqef gadol, qui est presque équivalent à un point, à une fin de phrase. C'est comme si l'on disait: Ki nihamti, car j'ai décidé de le détruire. Ve-Noa'h: il en est de même pour Noa'h. Mais le verset dit autrement: Ve-Noa'h matsa hen be-einei Hachem, et Noa'h a trouvé grâce aux yeux de Dieu.
Trouver grâce, dans l'esprit biblique, il y a un très beau verset du livre de Michlé, un proverbe qui dit: « Cheker Hachem », la grâce c'est le mensonge.
C'est-à-dire que, quand on dit que quelque chose a de la grâce, hen en hébreu, cela signifie que c'est quelque chose qui, objectivement, n'est pas beau, mais qui, pour une raison qui nous échappe, reçoit la même relation que recevrait quelque chose de beau. Par exemple, le Talmud, dans le traité de Méguila, nous dit que la reine Esther n'était pas belle. Et d'où savons-nous qu'elle n'était pas belle ? Puisqu'il est dit qu'elle trouvait grâce aux yeux de tout le monde: Batei Esther noset chen. Elle trouvait grâce aux yeux de tout le monde.
Le terme de grâce n'est pas positif; il est même, pour le dire ainsi, d'une certaine manière péjoratif. Donc Noa'h n'avait pas le mérite d'être sauvé du déluge, mais il en a quand même été sauvé, parce qu'il a trouvé grâce. Et la question se pose: mais pourquoi ? Il y a ici tout le problème de la grâce, qui est un thème extrêmement central dans la pensée chrétienne.
Dans la théologie chrétienne, la grâce trouve d'ailleurs des arguments dans ce qui est dit dans nos versets. Nous allons devoir comprendre quelle est la lecture chrétienne de ces versets et ce que dit la tradition juive de ces mêmes versets. Il y a ici un problème. Oui ? Non, mais pas de problème, on peut poser des questions. Il y a ici un problème: lorsqu'il y a une catastrophe, qui va être sauvé ? Et l'on a souvent cette idée qui nous traverse la tête:
s'il y a une catastrophe et qu'il y a des rescapés, celui qui est rescapé, c'est le juste. C'est notre exigence morale. On se dit: ceux qui n'avaient pas de mérite ont été emportés par la catastrophe, et les méritants sont sauvés. Mais la réalité, par contre, c'est que ceux qui sont sauvés, ce sont ceux qui savent nager, ou qui ont trouvé une bouée de sauvetage, ou une chaloupe. Et ceux qui sont emportés, ce sont ceux
qui ne savent pas nager. Il y a donc ici un écart entre l'exigence morale et la réalité de la nature, et c'est là qu'il va falloir trouver la réponse au problème. Noa'h ne méritait pas d'être sauvé, et pourtant il a été sauvé. Mais pourquoi ? Était-il juste ou ne l'était-il pas ? Si l'on s'en tient au verset Het, où il est dit que Noa'h a trouvé grâce, cela veut dire que Noa'h n'était pas
tsadik, ce n'était pas un juste. Or, contrairement à cela, le verset Tet, qui ouvre la paracha de Eleh toledot Noa'h, nous dit le contraire: Eleh toledot Noa'h, voici les engendrements de Noa'h. Noa'h ish tsadik, Noa'h était un homme juste. Il y a donc contradiction. Ce qu'a voulu conclure la théologie chrétienne de cela, c'est qu'être juste ne sert à rien pour être sauvé.
On ne peut être sauvé que par la grâce. Mais la tradition juive, vous le savez bien, pense exactement le contraire. La tradition juive exige le mérite, le mérite des actes, pour être sauvé. Que signifie donc ici la grâce de Noa'h ? Comment comprendre la contradiction entre le verset Het, qui nous dit que Noa'h n'était pas un tsadik, et le verset Tet, qui nous dit qu'il l'était ? Ce sera le sujet de notre étude. Regardez d'ailleurs ce que dit Rachi, par exemple, sur Noa'h ish tsadik:
Hoïl vezikaro siper bichfro. Puisqu'on en a parlé, alors on a dit son mérite. Où a-t-on parlé de Noa'h ? Au verset Het. Quand a-t-on dit son mérite ? Au verset Tet. Cela veut donc dire que le verset Het, qui dit que Noa'h a trouvé grâce, n'était pas son mérite, mais c'était justement le contraire. La clé de notre difficulté est de considérer
aux yeux de qui Noa'h a-t-il trouvé grâce ? Si l'on regarde attentivement la lecture du texte, on voit qu'il a trouvé grâce aux yeux de Hachem, Youd, Hé, Vav, Hé. Mais il était tsadik selon les critères de qui ? Voyons ces textes: la Torah nous dit: Et ha-Elohim hithalekh Noa'h. C'est avec Elohim que Noa'h avançait.
C'est-à-dire qu'il était tsadik du point de vue des exigences de Dieu en tant qu'Elohim, mais il n'était pas tsadik selon les critères exigés par Dieu en tant que Hachem. Ce n'est donc pas la même chose. Qui est Elohim ? Qui est Hachem ? Lorsqu'on lit la Torah, tout au début, Elohim apparaît comme celui qui a créé la nature. Il a créé le monde et lui a donné une loi,
la loi de la nature. Tandis que Hachem, Youd-Hé-Vav-Hé, c'est le nom de celui qui s'adresse à l'homme. C'est le même à l'origine, mais il y a deux manifestations. Celui qui s'adresse à l'homme a pour critères de comportement des critères moraux. Il y a une moralité exigée par Hachem, d'un niveau supérieur. Il semble qu'il ne suffise pas d'être tsadik selon les critères d'Elohim pour être sauvé lors d'une catastrophe naturelle,
car Elohim est celui qui a créé la nature, et il ne va pas changer les lois de la nature parce que quelqu'un est juste. Il lui faut une bouée. Sans bouée, il ne peut pas s'en sortir. Tandis que si quelqu'un arrive à être tsadik selon les critères d'Hachem, c'est qu'il surmonte la nature. Il a alors un mérite particulier qui lui permet d'échapper à la catastrophe naturelle lorsqu'elle se produit, n'est-ce pas ? Et il faut pour cela être plus que tsadik.
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